Pour rappel, 670 000 personnes décèdent chaque année en France. 

 

Souffrance au travail : qui sont les professionnels concernés ?

 

Le monde du travail n’échappe pas à cette réalité. 

 

Face au deuil, tous les salariés exposés

Comme cité dans un précédent dossier, les éléments statistiques fournis par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) montrent que tout le monde est concerné par le deuil et la souffrance au travail. Un Français sur deux vivra un deuil entre 45 et 54 ans, quand un salarié sur deux a déjà été confronté à un deuil dans son environnement de travail. Selon la note fournie par le Cercle vulnérabilités et société aux entreprises en novembre 2024, 80 % des salariés sont touchés par le deuil au moins une fois au cours de leur carrière. 

 

Les agents face à la souffrance de terrain

Mais effectivement, certaines professions et secteurs d’activité sont plus concernés. Par exemple, selon le cardiologue Thibaud Damy, à l’origine du rapport national « Les Survivants », « 60 % des décès en France surviennent dans les hôpitaux ». Les soignants sont donc « confrontés à la mort » et « doivent gérer des patients et des familles dans un contexte de fin de vie difficile ». Cela vaut également, dans une certaine mesure, pour les vétérinaires. Certains métiers exposent donc les professionnels à la souffrance, aux traumas des personnes accompagnées ainsi qu’à la vision de blessures physiques particulièrement marquantes. Selon Anna Pic, députée socialiste de la Manche lors d’une question écrite à l’Assemblée nationale en juin 2025, « ce phénomène est prégnant au sein des forces de l'ordre ainsi que chez les sapeurs-pompiers, exposés à une forte pression opérationnelle, à des situations traumatisantes, à des agressions répétées ».  

 

 

Au travail : la souffrance spécifique des travailleurs sociaux

 

Selon l’Inserm, être en bonne santé mentale, « c’est se sentir bien et s’accomplir, être en mesure de surmonter les tracas de la vie quotidienne ». La santé mentale dépend donc des événements que nous vivons ou du stress que nous subissons. 

 

Le social, facteur de souffrance au travail

Ainsi, les métiers de l'humain (ou sociaux), exposent spécifiquement les travailleurs à des situations difficiles à gérer du fait de la porosité de leurs sentiments face aux malheurs de ceux qu’ils aident. Le métier de travailleur social, dit « usant », requiert un certain équilibre personnel au moment d’affronter des situations de grande détresse. La surcharge de travail est aussi à prendre en compte, sans oublier les menaces, agressions ou insultes lancées par les usagers eux-mêmes.

 

La souffrance accentuée par l’organisation du travail

Mais attention, comme l’avançait également Anna Pic, les tensions internes liées à l'organisation du travail peuvent ajouter à la souffrance déjà ressentie. Cela vaut particulièrement pour les défaillances des institutions et au délitement des services publics qui empêchent les travailleurs de ce secteur d’activité à mener à bien leurs missions. Comme nous vous l’expliquions dans un autre dossier, « une souffrance psychologique peut découler d’une difficulté à concilier les exigences déontologiques avec les ressources disponibles et les frictions hiérarchiques ». Un surinvestissement dans la mission couplé à un sentiment d’impuissance pousse malheureusement à se dévaloriser.

 

 

Conséquences et solutions pour la santé des salariés


Mort et souffrance au travail : de lourdes conséquences

Le deuil et la souffrance prolongée au travail peuvent avoir de nombreuses conséquences pour le collaborateur. D’abord, le contrecoup peut être physique : troubles digestifs, maux de tête, problèmes de peau, dérèglements hormonaux, accidents cardiovasculaires, hypertension artérielle etc. À ce sujet, les troubles musculosquelettiques représentent une part non négligeable des conséquences de l’exposition à ces situations difficiles. Cependant, le risque pour la santé mentale, comme nous l’évoquions plus haut, est tout aussi important. La mort et la souffrance au travail peuvent engendrer une grande souffrance psychique, pouvant aller jusqu'au suicide. Les risques psychosociaux sont logiquement fortement représentés : problèmes de concentration, épuisement, stress, culpabilité, fatigue intense, difficulté relationnelle. Autant d’éléments qui, si ils ne sont pas prises au sérieux peuvent avoir de lourdes conséquences pour l’activité professionnelle du salarié concerné, ainsi que pour son entreprise.

 

Accompagner et protéger les collaborateurs exposés

Toujours selon les données du Credoc, 80 % des actifs en deuil auraient souhaité un soutien plus spécifique de la part de leur entreprise au moment d’un deuil ou d’une souffrance, quand 60 % des endeuillés disent avoir songé à la quitter dans les 2 ans. Si des dispositifs de soutien existent donc, c’est leur efficacité et leur accessibilité qui posent question. Mais alors, comment soutenir un collaborateur affecté ? D’abord, il faut informer : un tiers des personnes  concernées ne sont pas au courant du nombre de congés auxquels elles ont droit. Pour rappel : un collaborateur a le droit à 3 jours d’absence pour le décès d’un conjoint, du père ou de la mère, du beau-père ou de la belle-mère, d’un frère ou d’une sœur. Il a droit à 12 jours d’absence pour le décès d’un enfant âgé de plus de 25 ans, à 14 jours d’absence pour le décès d’un enfant âgé de moins de 25 ans (article L3142-1 du Code du travail). Mais surtout, rien n’empêche l’entreprise d’aller au-delà en augmentant la durée des congés. Cela peut constituer un premier geste lourd de sens pour le salarié. Et une fois de retour au travail, des aménagements peuvent être faits sur les horaires, les missions ou le poste. Enfin, l’organisation peut accompagner le collaborateur dans ses démarches administratives qui sont dures et lourdes à gérer. Elle peut mettre en place une ligne d’écoute psychologique ou bien une permanence psychologique sur site en cas de trauma. Un employeur peut également faire intervenir des professionnels externes pour aider ou pour former des référents sur place. Car bien souvent, la détection des signes de mal-être est elle-même rendue difficile par la persistance de tabous sur les questions de santé mentale.

 

 

 

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