Pourquoi vous être intéressé à ce sujet ?
Dans le cadre des pathologiques chroniques que je gère, associées au vieillissement, mon équipe et moi avons été confrontés à un grand nombre de décès dus aux pathologies graves. Pour rappel, il y a 668 000 décès par an en France, 60 % d’entre eux surviennent dans les hôpitaux. Et dans 80 % des cas, les personnes décèdent en dehors des soins palliatifs. C’est un fait, les soignants sont confrontés à la mort. Ils doivent gérer des patients et des familles dans un contexte de fin de vie difficile, tourmentée parfois.
Quelles sont les conséquences pour le personnel soignant ?
Il existe une réelle difficulté concernant l’appréhension de la mort chez les soignants. Les situations auxquelles ils sont confrontés jouent sur leurs émotions, sur leur culpabilité. Car faire face à la souffrance et à la violence de la mort peut altérer les conditions de travail, en plus de déclencher un impact plus personnel. Les soignants sont très empathiques, ils ne pensent pas beaucoup à eux. Il arrive même que la mort réactive des choses très personnelles en arrière fond.
Pourquoi dites-vous que les soignants, face à la mort, manquent de soutien ?
La maladie, la souffrance et la mort constituent le paroxysme des émotions. Elles sont présentes dans le soin mais ont été trop longtemps niées, masquées. La plupart des médecins ou soignants n’ont pas de formation sur la gestion des émotions. L’on conseille même aux paramédicaux de les laisser aux vestiaires en prenant leur blouse. La mort n’est tout simplement pas reconnue dans l’hôpital. La toilette comme la chambre mortuaire, l’accompagnement des familles ne sont pas considérés comme des actes médicaux et ne sont donc pas financés par l’Etat. Pourtant, ce sont bien les équipes qui s’en occupent. Cela illustre un non rapport à la mort. En conséquence, lors d’un décès, rien n’est mis en place pour soutenir les soignants : aucune quantification, aucune procédure, aucune évaluation. 64 % des soignants interrogés dans le cadre du rapport se disent sans accompagnement après un décès. Et 1,6 % seulement se disent formés et préparés à la fin de vie.
C’est ce qu’il faudrait changer selon vous ?
Il faudrait que les actes liés à la mort soient financés, que des parcours de fin de vie communs soient élaborés pour que les patients et familles soient pris en charge. Bien sûr, il faut une prise en charge psychologique pour les soignants quand il y a beaucoup de décès dans un service ou en cas de mort marquante. Il faut intégrer la mort dans les formations initiales et continues avec un volet émotionnel et relationnel, développer des programmes institutionnels pour la santé mentale des soignants. Par définition, tous nos patients vont décéder un jour et nous aussi. Nous ne sommes pas là pour sauver tous les patients mais pour les accompagner dans leur parcours de vie. C’est donc essentiel de valoriser les compétences émotionnelles des soignants dans le parcours et le recrutement du personnel de santé. Le soin, ce n’est que de l’émotion.
En savoir plus :
- Consulter le rapport
- Découvrir le site internet des « Sûrvivants »