Syndrome de l’imposteur : de quoi parle-t-on ?

Définition et rappel historique d’un syndrome insidieux
Le syndrome de l’imposteur consiste en une représentation anormalement négative d’aspects de notre vie. Se dévaloriser, douter de ses qualités, penser ne pas mériter son statut… Autant de symptômes qui attestent d’un état d’esprit déstabilisant, voire d’un mal être profond. À l’origine, le concept du syndrome de l’imposteur a été façonné dès 1978 par les psychologues américaines Pauline Rose Clance et Suzanne Imes. Selon elles, en se basant sur les résultats de leur étude menée ces dernières années, elles définissent ce trouble comme la sensation désagréable de douter de soi chez les femmes, ce qui les empêche de « s’approprier ses succès ». Ensuite, en 1985, le Dr Clance a développé la Clance Impostor Phenomenon Scale (ou « échelle de Clance »), un outil d'évaluation qui mesure l'intensité du syndrome selon six dimensions clés : le cycle de l'imposteur, le besoin de perfection, la peur de l'échec, le déni de ses aptitudes, le sentiment de culpabilité etc. Mal compris mais répandu, notamment dans le monde du travail, le syndrome de l’imposteur a également touché des personnalités célèbres telles Albert Einstein, qui se qualifiait lui-même d’ « escroc involontaire » attendant d’être « démasqué ».
Un syndrome global mais spécifique
Vous l’aurez compris grâce au rappel historique, le syndrome de l’imposteur touche particulièrement les femmes, dont le parcours professionnel fut longtemps largement délégitimé au profit de profils masculins. Une étude menée auprès de 640 femmes professionnelles par HEC Montréal a par exemple montré que le syndrome entraînait une réticence à s’exprimer en réunion et une tendance à se dévaloriser systématiquement. Néanmoins, ce trouble peut survenir chez n’importe qui, dans tous les domaines, y compris en dehors du strict monde professionnel (sport, domaines artistiques). En effet, selon un article paru dans l'International Journal of Behavioral Science, environ 70 % des personnes ressentent ce syndrome à un moment ou un autre de leur vie.
Conséquences du syndrome de l’imposteur

Collaborateur, dirigeant… tous concernés
Dans le monde du travail, tout le monde est aussi concerné. Le syndrome de l’imposteur peut affliger un salarié ou un collaborateur brillant, parti du bas de l’échelle, comme un cadre ou un chef d’entreprise. Mais bien souvent il arrive lors d’une promotion ou d’un massif succès professionnel. Statistique méconnue : en 2024, un sondage mené auprès de 400 PDG américains a révélé que plus de 70 % d’entre eux avaient déjà souffert du syndrome de l’imposteur (« Workforce 2024 global insights report », Korn Ferry). En effet, peu importe le statut professionnel, puisque le mal du syndrome se situe dans le « sentiment d’insécurité » qu’il insinue, selon France Travail. Enfin, lorsque l’on est aux manettes d’une entreprise ou d’une équipe, le syndrome peut devenir paralysant et constituer un obstacle à l’action stratégique. France Travail toujours évoque même un « effet bloquant dans une recherche d’emploi ou au-devant d’opportunités professionnelles ».
Des effets puissants sur la santé mentale
C’est le cœur du problème. En plus de gâcher la vie professionnelle de la personne qui en souffre, le syndrome de l’imposteur peut très vite causer des dégâts sur sa santé mentale (culpabilité, anxiété, stress, surmenage etc.). Selon une étude Indeed de 2024, 42 % des travailleurs sondés ayant ressenti le syndrome de l’imposteur souffraient d’épuisement professionnel. Cela peut non seulement annihiler l’épanouissement au travail de la personne concernée, mais également créer du découragement et donc de l’absentéisme. Sur le long terme, le collaborateur comme son entreprise en seront affectés.
Que faire face au syndrome de l’imposteur ?

Prévenir le syndrome avant qu’il ne soit trop tard
Pour se prémunir d’un tel trouble, il existe des solutions didactiques, presque ludiques, permettant de remettre du concret face à de l’abstrait. L’un des premiers conseils qui sont souvent donnés est de faire preuve d’objectivité vis-à-vis de soi-même : se force à identifier ses points forts, lister ses compétences, et en faire tout autant pour ses points faibles. Il faut traiter les retours positifs que l’on reçoit de la même manière que les critiques : comprendre comment on les a obtenus. Enfin, le syndrome de l’imposteur se nourrit de nos propres problèmes de communication, vis-à-vis de nous-mêmes et des autres. Ne vous isolez pas, parlez-en avec vos collègues, à un psychologue du travail. C’est en changeant de perspective, en partageant les points de vue que l’on peut se protéger du syndrome de l’imposteur.
Soutenir la personne en proie au doute
Certes, un employeur ne peut pas éradiquer ce syndrome, mais il peut créer un environnement propice à la confiance en soi et à la reconnaissance des compétences. Il peut bannir les situations d’évaluation, ou à l’inverse inciter les personnes concernées à se mettre en avant. Comme à se faire aider, auprès de médecins psychologues du travail, d’associations ou lors d’ateliers dédiés dans les murs de l’entreprise. Dans le cadre même de ses missions, il peut être plus pertinent de proposer des défis progressifs, qui permettent d’accumuler des succès et de renforcer la confiance en soi : une reconnaissance basée sur le progrès et pas sur la performance. L’on note donc le besoin clair de former les gestionnaires sur ce sujet.
En savoir plus :
- « Quatre règles d’or pour surmonter le syndrome de l’imposteur au travail », article du Service européen de l’emploi, avril 2023
- « 7 personnes sur 10 sont atteintes du syndrome de l’imposteur », enquête Bpifrance, octobre 2023
- « Entrepreneurs : éviter le burn-out », interview Préventica, octobre 2024