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L’impact des réorganisations et restructurations sur la santé des salariés

Par Claude-Emmanuel Triomphe, Directeur Europe, ASTREES

DOSSIER
ORGANISATION DE LA PREVENTION || Management SST / 21/03/2013

Claude-Emmanuel Triomphe, Directeur Europe, ASTREES (Association Travail Emploi Europe Société) exprime comment l’augmentation des risques psychosociaux est étroitement liée à la vague récurrente de réorganisations et restructurations.


La santé au travail relève d’une triple dimension : le bien-être physique, mental et social.

Notre association travaille sur beaucoup de choses, sur les mutations du travail et de l’emploi liées au social en France et en Europe.
Je vais saisir une série de travaux que nous avons conduits depuis l’année 2008 : « health and restructuring », santé et restructuration dans les services privés et publics. Aujourd’hui, penser la question de « l’organisation » du travail ne peut pas être abordé sans penser à la vague récurrente de « réorganisations » et « restructurations ».
Les restructurations ce n’est pas seulement les réductions d’effectifs, les plans sociaux. C’est également les questions d’externalisation, de sous-traitance, de fusion, d’acquisition, de mobilité interne et de réorganisation interne.
Notre enquête, réalisée avec nos partenaires européens, montrait par exemple que le secteur des soins de santé est aujourd’hui le plus touché par la question de l’intensification du travail. Une autre enquête française menée par le groupe Malakoff-Médéric montre que, par exemple aujourd’hui, dans les entreprises de plus de 500 salariés, on note une augmentation de la fréquence des réorganisations et des restructurations.
La santé au travail :bien-être physiqueDes travaux sur la conséquence de la perte d’emploi indiquent que cela n’induit pas seulement du stress psychologique, de la dépression et de l’anxiété, qui ne sont déjà pas rien, mais également des troubles du sommeil, une perte de l’estime de soi et de la stabilité affective.
Deuxièmement, nous avons réalisé une série de travaux sur les suites des restructurations. Une augmentation du travail temporaire ou à durée limitée dégrade les conditions de santé.

Une troisième série de travaux a démontré que, dans les réorganisations ou restructurations, ceux qui restent ne sont pas les plus chanceux d’un point de vue de la santé. Une série de travaux montre combien les « survivants » souffrent parfois autant, voire même plus, que ceux qui partent, en tout cas sous l’angle de la santé.


La France est en retard sur la question des risques psychosociaux

Dans tous les pays européens, les entreprises et les entités publiques, ont bien sûr des responsabilités légales sur la santé des salariés, avec des systèmes assez précis de surveillance. Cependant, des pays sont très avancés comme les pays du Nord ou même l’Allemagne, voire l’Angleterre. La France se situe dans une moyenne et pas en tête de peloton.
Nos évaluations des risques sont menées de manière très variable : Monsieur Benlezar parlait de son Document Unique dont je ne doute pas que chez Air France, il mène à des plans d’action, mais qui, dans combien de pays, le Document Unique c’est simplement des papiers qui ne servent à rien.
Je rappelle quand même que l’Europe a été pilote sur ce qui concerne le stress, le harcèlement et la violence dans le travail, qui a été traduit en France dans des accords interprofessionnels ou bien les recommandations du dernier rapport de 2010 de Monsieur Lachmann, Madame Penicaud et Monsieur Larose sur le bien-être et l’efficacité au travail.
La question santé et restructuration n’est pas la question des professionnels de la santé au travail. C’est-à-dire que si c’est le cas, c’est terminé. Pourquoi ? Parce que cela veut dire que le management d’une entreprise n’aura pas vu la question et ne l’aura pas traitée, n’en aura pas fait une priorité. Non pas simplement par conscience morale, mais parce qu’il y va tout simplement de la compétitivité globale des organisations.
Dans le secteur public, on est encore largement sous l’angle du déni. C’est-à-dire qu’on dit qu’il faut réorganiser et on ne se pose même pas la question des effets. Le management, dans le secteur public, est, parfois, encore plus éloigné de la conscience de ces problèmes que peut parfois l’être le management dans le secteur privé, d’autant qu’on lui demande, en même temps, de conduire cela avec une certaine éthique du service public. Jusqu’à présent, on a voulu faire en sorte que les restructurations du secteur public ressemblent complètement à celles du secteur privé en disant : « c’est ça, la bonne méthode. » Je n’en suis pas sûr. 

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