Comment avez-vous découvert votre TDAH ?

En fait c’était là depuis longtemps, depuis toujours même à l’école. Des retards, du mal à tenir des délais…  je voyais tout cela comme du caractère, des défauts à corriger. Je me disais qu’il fallait que je prenne sur moi ou que je change. Quand on a un TDAH, on met en place beaucoup de techniques qui servent de compensations, certaines conscientes d’autres non. Relire un mail cinq fois avant d’appuyer sur « Envoyer » par exemple. Mais en conséquence le TDAH est un handicap doublement invisible : il ne se détecte pas facilement mais, pendant longtemps, les personnes concernées arrivent à le compenser. Et c’est ce qui a tout déclenché pour mon cas. Tous ces efforts m’ont fait accumuler de la fatigue que j’ai finie par ne plus supporter.

 

 

Comment définiriez-vous le TDAH ?

On dit TDAH pour « Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité ». Comme beaucoup de personnes, avant mon diagnostic, je n’en avais entendu parler qu’au travers des réseaux sociaux. Pour moi, cela concernait surtout les petits garçons de 5 ans qui sautaient au fond de la classe. Mais justement, je considère que le terme définitionnel induit en erreur. De l’attention, on en a même avec un TDAH. Le véritable problème est que l’on ne sait ni la diriger ni la maintenir. J’ai constaté nombre de paradoxes. On n’arrête jamais de bouger mais pourtant c’est compliqué de passer à l’action s’il n’y a pas d’urgence. Et surtout, on pense tout le temps, sans arrêt. Cela induit une charge cognitive très lourde à porter dans tous les aspects au quotidien. Il ne faut pas avoir peur de le dire, le TDAH est un handicap.

 

 

Après votre diagnostic, comment êtes-vous parvenue à vous adapter dans votre métier ?

J’ai d’abord fait une demande de RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, ndlr). Cela a tout de suite permis d’instaurer un dialogue transparent avec l’employeur. Je n’avais pas besoin de me justifier sans cesse ou de prouver ma légitimité. L’entreprise a ensuite impliqué le Cap Emploi qui, dans un rôle de médiation et de conseil entre les RH, managers et moi, nous a accompagnés dans un processus d’adaptation de poste pour maintien dans l’emploi. Ça a fait toute la différence. C’est important pour une entreprise d’être accompagnée par des entités externes sensibilisées sur le sujet. Nous avons pu imaginer, en fonction des besoins du groupe et de mes difficultés spécifiques, un plan d’aménagement, une fiche de poste sur mesure. Certaines de mes missions ont changé ; mon espace de travail et mon équipement ont pu être aménagés pour mettre à profit mes qualités et m’éviter cette charge cognitive.

 

 

L’accueil du diagnostic fait-il aussi la différence ?

Mon diagnostic ayant été tardif, cela a été un petit choc. Je me suis dit que si cela m’arrivait, il devait y en avoir d’autres. C’est pourquoi l’on constate une explosion des diagnostics récemment. Je dirais qu’il faut avoir une posture d’accueil de la parole en entreprise. Beaucoup ont peur de parler de leur TDAH. On peut se sentir stigmatisé. Le rôle des RH et managers peut effectivement être déterminants. Il faut également prendre le temps de sensibiliser le plus grand nombre, comme nous le faisons aujourd’hui.

 

 

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