Pourquoi avoir dédié un guide au sujet de la santé mentale dans les EHPAD ?

Xavier Feuvrier : Nous avons effectivement publié un Livre blanc sur la thématique des EHPAD ainsi qu’un Baromètre sur la santé mentale et la QVCT dans les secteurs de l’action sociale. Car en toile de fond nous avons noté un besoin, une forte demande sociétale de bien vieillir. De cela nait un double enjeu, celui des personnes qui accompagnent les résidents accueillant des personnes âgées. Sur le secteur du « care », nous notons un fort engagement des personnes encadrantes mais un secteur en tension, qui connaît des difficultés de recrutement, un fort taux d’absentéisme, des non-remplacements de postes etc. 

 

Christelle Crémas : Le personnel et les équipes qui évoluent dans ces environnements ont en effet besoin d’un soutien particulier, matériel, organisationnel comme psychologique. En effet, la Covid-19 ou encore les récents scandales de grandes enseignes d’EHPAD ont terni l’image de ce métier et ont créé du désengagement comme du désintérêt.

 

 

Quels effets ont les mauvaises conditions de travail et la perte de sens sur les professionnels du « care » ?

XF : Évidemment, cela a un fort impact sur les salariés. Selon notre baromètre, 30 % des salariés dans le secteur social et médico-social disent avoir une santé mentale fragilisée ; 69 % disent être témoins de la souffrance d’autrui (résidents comme collègues, ndlr). Tout le monde est concerné.

 

CC : Dans ce milieu déjà, l’usure physique est précoce en raison de la manipulation des résidents. L’on constate par exemple une explosion des troubles musculosquelettiques. Ensuite, les souffrances et affections psychologiques sont fréquentes. Voici quelques données : 1 soignant sur 3 déclare un risque de burn-out ; 60 % disent vivre une fatigue quotidienne ; 70 % estiment que le lien avec les résidents est source de satisfaction et de tension émotionnelle. L’on comprend ainsi la difficulté du milieu médico-social, et pourquoi le turnover est entre 15 et 20 %.

 

 

Mais alors, que faire ?

CC : L’idée est de redonner du sens à un secteur, de redonner envie aux professionnels de se réinvestir dans ce métier si engageant. Nous prônons, chez Qualisocial, la combinaison de la prévention primaire, secondaire et tertiaire pour faire en sorte que les acteurs aient envie de rester dans le milieu. Nous recommandons d’effectuer des diagnostics, et d’orienter ensuite les actions en fonction des indicateurs faibles. Mais cela, et c’est incontournable, en donnant la parole aux collaborateurs concernés. Par exemple,  échanger sur le vécu au travail et sur les leviers d’actions potentiels lors de groupes de travail ou d’ateliers. Il faut mettre en avant la reconnaissance des tâches accomplies, donner le sentiment que le travail est bien. On ne va pas révolutionner le secteur, mais simplement montrer comment valoriser le métier à nouveau. 

 

XF : Pour changer le ressenti des professionnels sur leurs conditions de travail, la solution ne viendra pas d’en haut. Elle sera coconstruite avec les équipes sur le terrain. Donner une dimension participative et collaborative à la QVCT, c’est ça qui fait la différence. À partir du moment où on rentre dans l’EHPAD, on vit avec les personnes résidentes. Beaucoup de professionnels parlent des problématiques des personnes qu’ils accompagnent avant les leurs. Notre approche QVCT doit donner un accompagnement 360 vertueux pour le résident et le travailleur. Il ne faut pas oublier que nous parlons des métiers du « care ». 

 

 

En savoir plus :