Christophe Girard - l’association Police Entraide Prévention Suicide (Pep’s)/SOS policiers en détresse : Policiers en détresse : une association pour briser le silence
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Policiers en détresse : une association pour briser le silence

TRAVAIL ET RELATIONS SOCIALES ||
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Christophe Girard  - l’association Police Entraide Prévention Suicide (Pep’s)/SOS policiers en détresse
Christophe Girard
Vice-président et cofondateur (Enquêteur à la brigade des stupéfiants)
l’association Police Entraide Prévention Suicide (Pep’s)/SOS policiers en détresse

Créée officiellement en septembre 2019, l’association Pep’s/SOS policiers en détresse soutient et accompagne les policiers en souffrance psychologique. Son vice-président et cofondateur, Christophe Girard, revient sur la situation alarmante au sein des forces de l’ordre et les solutions qu’apporte l’association.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette association ? Quel était le constat initial ?
Le constat, c’était qu’en 27 ans d’expérience, j’ai perdu plus de collègues et d’amis par suicide que sur des interventions, même si certaines étaient particulièrement délicates. Cela m’a amené à me poser des questions. Nous avons regardé des chiffres, pour comprendre un petit peu la situation. Nous sommes partis de 1996, puisque cela correspond à la création du Service de soutien psychologique opérationnel, le SSPO, qui existe encore annuellement. Il s’agissait aussi d’une année noire, puisqu’il y a eu 70 suicides cette année-là. Puis nous sommes remontés sur 25 ans. Et il se trouve que depuis 25 ans, nous avons une moyenne de 45 suicides par an. En comparaison, nous avons chaque année entre huit et dix collègues qui meurent en service. En nous tournant vers l’INSERM, nous avons découvert que dans la police nationale, il y a 41% de suicides en plus que dans la population active française. C’est donc un phénomène vraiment important, qui ne peut pas simplement s’expliquer par la présence d’un moyen létal à disposition. Sachant que le taux de suicide en France est déjà l’un des plus élevés d’Europe, c’est dire si notre profession est particulièrement touchée.

Avec tous ces éléments, nous étions bien obligés de reconnaître que le SSPO, tel qu’il est structuré, ne fonctionne pas. Dans un premier temps, nous avons créé un groupe Facebook secret, qui ne fonctionnait que par le bouche-à-oreille, pour libérer la parole. Puis la page a rencontré un succès assez important, et les collègues étaient de plus en plus nombreux à se confier. Nous avons commencé à rencontrer des situations de plus en plus compliquées, sans avoir les compétences pour en gérer certaines. Il y avait un besoin de formations, et donc de financements. De plus, sans structure, il était impossible de parler publiquement. C’est pourquoi nous avons décidé de nous structurer en association.


En quoi consistent vos actions ?
L’idée c’est de libérer la parole. Que les collègues se disent qu’ils ne sont pas seuls à souffrir, pas seuls à parler et qu’il existe toujours des solutions. Actuellement, nous sommes 26 bénévoles, tous formés à la gestion de la crise suicidaire et aux premiers secours psychologiques d’urgence. Au quotidien, nous recevons des appels ; en 2021, nous avons dépassé les 6000 appels. Suivant le degré de mal-être, nous avons différentes réponses à apporter :

  • Nous dédramatisons le fait d’aller voir un psychologue, et nous accompagnons vers la prise de rendez-vous avec un professionnel de santé.
  • Nous avons une équipe de 10 psychologues, un médecin spécialisé psycho-trauma et deux infirmières psychiatriques bénévoles qui peuvent prendre notre relais 24h/24 7j/7. Nous assurons une véritable continuité dans la prise en charge.
  • En ultime recours, nous avons la possibilité de localiser le collègue pour diriger les secours chez lui.


Nous avons également un partenariat avec plusieurs cliniques psychiatriques qui peuvent accueillir un collègue dans un délai extrêmement court, en chambre individuelle et sans dépassement d’honoraire dans des espaces un peu à part. Ce point est important pour nous, car certains collègues refusent – à juste titre – d’aller dans un environnement psychiatrique, parce que l’on peut y retrouver des personnes qu’on a potentiellement déjà interpellées, qui sont placées là d’office.
 

Comment mieux prévenir ces risques ?
Nous nous battons pour qu’il y ait plus de psychologues de proximité. Actuellement, il y a moins de 100 psychologues pour 150 000 policiers en France. Nous nous battons aussi pour que le protocole SIX’C, sur lequel nous avons été formés, soit développé auprès de tous les policiers de France. Selon nous, une des premières causes du mal-être, c’est le stress post-traumatique par accumulation. C’est une pathologie qui coupe la parole ; il est donc important de savoir comment aider ses collègues dans cette situation. Nous avons également proposé une notation à 360°, permettant à la hiérarchie de savoir comment les chefs sont perçus par les gens qu’ils commandent. Après il y a une chose toute simple, c’est d’en parler. À la demande de plusieurs directeurs départementaux et directeurs régionaux, nous allons à la rencontre de collègues pour leur parler, pour les inviter à faire attention aux autres.
Depuis que nous nous sommes ouverts au monde extérieur et que nous communiquons sur ces sujets, énormément de gens nous contactent pour nous proposer leur aide, notamment des professionnels. Et je trouve ça dommage que, jusqu’à présent, nous nous soyons privés d’aide extérieure en restant entre nous ou en masquant le problème. Il n’y a aucune honte à avoir, et nous mettons un vrai point d’honneur en tant qu’association à voir comment nous pouvons collaborer avec toutes les structures qui souhaitent nous aider.

En savoir plus

  • Si vous êtes en souffrance ou bien si vous vous inquiétez pour un proche, voici le numéro national de prévention du suicide : 3114. Gratuit, ce service propose une écoute professionnelle et confidentielle 24h/24 7j/7, par des infirmiers et psychologues spécifiquement formés.
    -    Site de l’association
    -    Site du numéro national de prévention du suicide