Selon vous, la santé au travail doit faire sa part dans l’élaboration du processus globalisé qu’est « One Health »…
Souvent, quand on parle de cette approche, on reste sur la théorie, des grandes idées. Mon objectif est de s’extraire des considérations disons « métaphysiques ». Je cherche à comprendre comment la santé au travail peut apporter sa pierre à l’édifice. Et ma grande idée, c’est d’intégrer ou plutôt de faire fonctionner le domaine de la santé publique au sens large avec celui, plus spécifique, de la santé au travail.
En quoi cela constituerait un tournant majeur pour la santé de nos concitoyens ?
Les principaux leviers pour une vie psychique et physique sereine sont la prévention et le dépistage de potentielles pathologies, à tout âge. Quand on parle de santé en France, on parle surtout d’offre de soins et de moyens, et on ne va pas plus loin. Or, en périphérie de notre système de santé, la santé au travail (notamment les Services de prévention et de santé au travail interentreprises, « SPSTI », ndlr) nous accompagne pendant 40 ans, quasiment toute notre existence, de la fin des études à la retraite. Ces acteurs peuvent jouer un rôle déterminant dans la prévention des troubles. Il est tout à fait possible d’imaginer des bilans de santé, des examens de prévention ou des dépistages plus précis et plus efficaces que ce que l’on a connu jusqu’à aujourd’hui. Il faut ancrer cette dynamique de prévention organique et unificatrice très en amont dans les politiques publiques et dans la formation même des acteurs de santé. Si on n’arrive pas à faire en sorte de faire travailler ensemble des bipèdes humanoïdes les uns en santé au travail et les autres en santé tout court, on est mal partis.
Mais alors comment faire ?
Effectivement, le plus difficile c’est de savoir par quoi on commence concrètement pour lancer la machine. L’approche « One Health » questionne de façon globale, pêle-mêle, l’éducation que l’on donne aux enfants, nos comportements alimentaires ou économiques, notre gestion de l’environnement etc. Nonobstant les corporatismes de notre secteur, cela ne pourrait être qu’intéressant de l’intégrer dans cette approche. Nous devrions essayer de décloisonner les administrations, les mentalités pour que chacun travaille ensemble ; et ensuite bâtir des programmes de prévention appropriés pouvant être diffusés via les SPSTI. Ces derniers gèrent 20 millions de salariés pendant toute leur vie professionnelle. Ca fait du monde.
Vous semblez parfaitement convaincu des bienfaits de l’approche « One Health »…
Je vais vous raconter une anecdote. Au milieu des années 1990, mon employeur avait passé un accord avec l’Hôpital Brousset à Paris pour que les salariés puissent bénéficier de bilans de dépistage cardiovasculaire. Ce fut mon cas et, après avoir découvert certaines choses, j’ai pu être pris en charge dans de bonnes conditions. Je n’avais à l’époque aucun symptôme. Depuis, je continue à réaliser des bilans régulièrement. Cela montre bien que le lien entre santé au travail et santé publique est parfaitement bénéfique et peut éviter de graves complications. Si on généralise cette maxime dans nos pratiques, si on la systématise, ce qui était possible en prévention il y a 30 ans de façon expérimentale pourrait être demain démocratisé et accessible.
Préventica, référence en santé, sécurité et qualité de vie au travail, s’est positionné sur l’approche « One Health » depuis près de trois ans. Ses table-rondes dédiées ont donné la parole à des intervenants de haut niveau, contribuant ainsi à la diffusion et à la compréhension de cette thématique complexe.
Cette dynamique se poursuivra lors des éditions Préventica 2026, avec des échanges autour de la santé des humains, des animaux et de l’environnement. Inscrivez‑vous et découvrez prochainement le programme des tables‑rondes : |
En savoir plus :
- Découvrir l’activité de Jean-Paul Thonier
- « SANTÉ AU TRAVAIL : vers une dimension globale ? », interview vidéo de Jean-Paul Thonier pour Préventica, avril 2025
- Consulter le dossier Préventica “One Health”