« One Health » : de quoi parle-t-on ?

Aujourd’hui, cette appellation fait référence à un principe visant à promouvoir une approche pluridisciplinaire et globale des enjeux sanitaires.
Aux origines d'un concept révolutionnaire
Si le concept a fait l’objet d’un accord tripartite signé en 2010 entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), ce fut le Docteur William Karesh qui fut, dès 2003, celui qui popularisa le terme « One Health ». L’idée était de comprendre l'écologie des maladies zoonotiques à l'interface homme-animal tout en intégrant divers savoirs : la médecine vétérinaire, l'écologie, la sociologie puis la microbiologie. Néanmoins, l’on trouve des traces encore antérieures de pensées dédiées aux liens entre la vie des humains et de l’environnement : notamment via les médecins Rudolf Virchow ou Calvin Schwabe au XIXe et au XXe siècle.
Santé de chacun, santé pour tous
L’approche « One Health » ou « une seule santé » en français, tient compte des liens complexes entre la santé animale, la santé humaine et l’environnement. Selon l’Inrae, « c’est penser la santé à l’interface entre celle des animaux, de l’Homme et de leur environnement, à l’échelle locale nationale et mondiale » via une approche intégrée et systémique. En effet, il apparaît essentiel de prendre conscience des interdépendances qui lient le fonctionnement des écosystèmes, les pratiques socioéconomiques et la santé humaine. Pour plus de précision, le groupe « Une seule santé », qui réunit des experts de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), de l'OMS et de l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a livré sa propre définition du concept, consultable ici : « une approche fédératrice qui vise à équilibrer et optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Elle reconnaît que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement au sens large est étroitement liée et interdépendante.»
« One Health » : un concept actuel

Covid-19 : prise de conscience face au danger
Les grands principes de l’idée « d’une seule santé » sont aujourd’hui largement appuyés par la Recherche, qui a depuis longtemps montré que dans le contexte de la mondialisation et d'une surexploitation de l'environnement, les personnes en contact régulier avec les faunes sauvages et/ou domestique et l'environnement jouaient un rôle important dans la diffusion des épidémies. L’activité humaine produit elle-même (en réaction en chaîne) des pathologies qui peuvent représenter une menace. La recrudescence de maladies infectieuses comme le virus de l'influenza aviaire H5N1, les différentes crises Mpox ou encore la récente pandémie de Covid-19 « ont montré qu’il fallait s’intéresser à ces facteurs environnementaux », rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ainsi, pour prévenir et même anticiper de nouvelles crises sanitaires infectieuses, le concept « One Health » a été redéfini en 2022 par les mêmes acteurs que lors de l’accord de 2010. L’on parle désormais d’une approche intégrée et unificatrice dont il faut trouver des actions concrètes.
Accélération au carrefour des risques
Depuis que le concept « One Health » fut théorisé pour la première fois, de nombreuses études et recherches sont venues attester du lien entre la santé de l’environnement, la santé des animaux, et la santé humaine. Par exemple, l’Organisation mondiale de la santé indiquait qu’environ 60 % « des maladies infectieuses émergentes notifiées dans le monde provenaient d’animaux ». Mais l’un des éléments les plus déterminants récemment mis en lumière est le phénomène d’accélération. En raison du dérèglement climatique et de la pression humaine, les effets produits par les intersections au sein de la biosphère se multiplient. Toujours selon l’OMS, plus de 30 nouveaux agents pathogènes humains « ont été détectés au cours des 30 dernières années », dont 75 % sont d’origine animale. Se profile alors une fragilisation des institutions humaines.
Les applications du concept « One Health »

Quels impacts du “One Health” sur le travail ?
Selon l’OMS depuis 2003, « plus de 15 millions de décès et 4 000 milliards de dollars de pertes économiques ont été enregistrés dans le monde en raison de maladies et de pandémies, ainsi que des pertes considérables dues aux risques liés à la sécurité sanitaire des aliments et de l’eau ». Ces données attestent des enjeux majeurs concrets liés à l’approche « One Health ». De ce fait, certains calculs de la Banque mondiale évoquent – en cas d’adoption de cette philosophie – un bénéfice estimé à plus de 30 milliards de dollars par an dans un pays comme les États-Unis par exemple. Il faudrait donc aller chercher la santé partout où elle se trouve et interroger sa place dans nos politiques publiques, dans nos échanges commerciaux… et bien sûr au travail.
Une seule santé au travail : vers des actions fédératrices
Comportements agricoles et alimentaires, utilisation des pesticides à questionner, ne plus s’équiper en matériaux provenant de zones proches de la faune sauvage pour son activité ou son aménagement, éducation des enfants… tout est potentiellement à ré-imaginer avec l’approche « One Health ». Selon un dossier de l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae), « cette manière d’aborder la santé permet de raisonner l’ensemble du système et trouver des solutions qui répondent à la fois à des enjeux de santé et des enjeux environnementaux. Face à la complexité et aux interconnections entre santé des animaux, des Hommes et leur environnement, c’est le système dans son intégralité qui est à repenser ». Des mots du ministère de la Santé, « elle nécessite un changement de paradigme » dans nos pratiques, mais également dans la formation des professionnels de santé ou des décideurs. Car oui, en bout spécifique de chaîne, cette approche idéologique et logistique devrait avoir des répercussions palpables. C’est ce que nous avons évoqué avec Jean-Paul Thonier, expert santé au travail et président du cabinet de conseil en santé Cheers!, dans une récente interview. Selon lui, les acteurs de la santé peuvent « jouer un rôle » déterminant dans la prévention des troubles (psychiques ou physiques). « Si on n’arrive pas à faire en sorte de faire travailler ensemble des bipèdes humanoïdes les uns en santé au travail et les autres en santé tout court, on est mal partis », ironise-t-il. « Il faut coopérer et décloisonner les mentalités pour bâtir des programmes appropriés. Si on généralise cette maxime dans nos pratiques, si on la systématise, ce qui était possible en prévention il y a 30 ans de façon expérimentale pourrait être demain démocratisé et accessible. » Ce principe « pourrait devenir ambassadrice de nombreux autres enjeux à impact sociétal déterminants » selon l’Inrae. Mais comment cela se traduirait alors concrètement dans les autres domaines de la vie et du travail ? Cela reste délicat à anticiper avec clarté et précision. Une chose est sûre toutefois, l’approche « One Health » doit mobiliser de multiples secteurs, disciplines et communautés à différents niveaux de la société. Nous sommes tous concernés.
En savoir plus :
- « ‘One Health’ – Une seule santé humaine, animale, environnement : Les leçons de la crise », dossier santé.gouv, février 2022
- « One Health : une seule santé pour les êtres vivants et les écosystèmes », article de l’Anses, février 2023
- « One Health, une seule santé », article de l’Inrae, octobre 2024
- « One Health », article de l’Organisation mondiale de la santé, octobre 2023
- « Qu’est-ce que One Health ? Paroles d’experts », article Région Nouvelle-Aquitaine, février 2023
- « One Health, une seule santé pour la Terre, les animaux, et les hommes », Dossier de presse Inrae, juillet 2020