Violences conjugales : chiffres clés et éléments d’identification

Rappel statistique des violences conjugales
Les violences conjugales constituent malheureusement un phénomène statistique concret et croissant. En 2023, 271 000 victimes de violences conjugales ont été recensées en France, d’après le ministère de l’Intérieur, dont 86% de femmes. Cela vaut pour toutes les situations et catégories socioprofessionnelles. Ces violences peuvent être décrites comme des crimes ou des délits commis par une personne étant ou ayant été le partenaire de la victime : que ce soit des violences physiques (coups, blessures, homicides), sexuelles (viols ou attouchements) ou psychologiques (harcèlement, insultes, propos humiliants, menaces, contrôle ou intimidation). Dans tous les cas, les violences conjugales permettent à un membre du couple de dominer et contrôler l’autre.
Violences conjugales & travail : de quoi parle-t-on ?
Et cela ne s’arrête évidemment pas à la porte du monde professionnel. Selon des éléments édifiants fournis par la Newsletter Égalité professionnelle n°8 de la Dreets Nouvelle-Aquitaine, si « 1 salarié sur 5 a déjà indiqué subir des violences sur son lieu de travail », plus de 10 % des salariés ont déclaré « connaître un collègue victime de violences conjugales » et avoir observé des signaux faibles (voir ci-après).
Violences conjugales : une réalité visible dans le monde du travail

Quels signaux de violences conjugales en entreprises ?
Même éloignée physiquement de son agresseur, une victime de violences conjugales peut être harcelée, menacée, recevoir des messages ou des appels téléphoniques, être surveillée et mise sous pression. Cela serait le cas pour près d’une salariée victime sur cinq selon une étude menée en 2019 par les entreprises du réseau européen One in Three Women et la Fondation Face. Cela se concrétise notamment dans un comportement inhabituel : manque de concentration, émotions négatives, retards, absentéisme etc. Bien sûr, cela peut être délicat de détecter les signaux faibles de violences : nombre de victimes gardent le silence au moins dans un premier temps. Mais cela n’est pas une fatalité, 42% des femmes victimes de violences en parlent à leurs collègues.
Conséquences des violences conjugales au travail
C’est inévitable, la souffrance des femmes affecte leur santé physique (blessures, douleurs) et mentale (troubles psychologiques, psycho traumatismes, stress, anxiété, dépression). Elle effrite également, par l’isolement, leur lien social avec autrui. Les femmes victimes sont souvent isolées, marginalisées professionnellement. Une situation de violence conjugale avérée peut également, en bout de chaîne, perturber les activités professionnelles. Cela vaut pour la victime (stress, fatigue, anxiété, difficultés de concentration, perte de productivité) qui voit ses revenus chuter, comme pour les équipes (impuissantes et soumises au stress). Selon l’étude « Évaluation économique des violences conjugales en France », (Santé publique nº 22, 2010), les pertes de production imputables aux violences s’estiment à 1 099 millions d’euros, ce qui représente 44 % du coût global des violences.
L’entreprise face aux violences conjugales : entre protection d’urgence et responsabilité durable

L'employeur a un rôle crucial à jouer dans le repérage et l'accompagnement des salariées victimes.
Le rôle de l’employeur face aux violences
Il faut d’abord rappeler un fait important. Face aux violences conjugales massives, 1/4 des victimes se signale. Bien évidemment, les entreprises et leurs salariés ne sont pas épargnés. Statistiquement, chaque employeur est donc en contact avec des victimes de violences conjugales. C’est ainsi que celui se doit de faire de son entreprise une « safe place » pour les travailleurs. En effet, l’employeur est « garant de la préservation de la santé et de la sécurité de ses salariés » selon l’article L. 4121-1 du Code du travail. Et à côté de cette obligation générale de sécurité se trouve l’obligation spécifique de prévenir le harcèlement (moral et sexuel), prévue par les articles L 1152-1 et L 1153-1. Si des violences conjugales connues sont commises sur le lieu de travail et que l’employeur en est informé, la responsabilité de l’employeur pourrait éventuellement être recherchée. Car l’employeur a une obligation de porter assistance à une personne en danger. Pour cela, il peut prendre des mesures afin d’assurer la santé physique et mentale des travailleurs.
En entreprise : protéger efficacement et s’engager durablement
Tout d’abord, l’entreprise doit garantir la sécurité immédiate de la victime. Cela passe par exemple par un filtrage des entrées, ou bien l’écoute empathique de la parole. L’employeur peut aussi orienter sa salariée vers le Service de prévention et de santé au travail ACMS et demander pour la victime une visite auprès du médecin du travail. Ce dernier pouvant évaluer les répercussions de ces violences sur la santé physique et psychique, sur le travail ; puis proposer des conseils appropriés à chaque situation personnelle. Selon un communiqué du Medef, « les victimes de violences domestiques doivent pouvoir se sentir en sécurité et écoutées sur leur lieu de travail. Il est recommandé que le sujet soit porté par la direction de l’entreprise ». Ensuite, pour accompagner durablement sans stigmatiser, le dirigeant peut afficher les numéros d’urgence (39 19, 17), ou relayer les campagnes nationales de sensibilisation sur le sujet des violences conjugales. Et selon la Convention 190, accompagnée de la recommandation nº 206, l’Organisation internationale du travail affirme que les employeurs peuvent « jouer un rôle déterminant » pour en limiter les incidences sur le travail. Toutefois, prendre contact et inviter des associations spécialisées dans les violences domestiques pourrait profiter à l’ensemble des collaborateurs.
En savoir plus :
- « Violences conjugales : guide repère à destination des entreprises », dossier Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles, 2020
- « Violences domestiques : que peut faire l’entreprise », dossier Mouvement des entreprises de France (Medef), 2022
- « Faire de l’entreprise une safe place », guide Association des directeurs des ressources humaines, 2024
- « Quand la Violence conjugale impacte le travail : le rôle clé des employeurs publics », webconférence Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH), mai 2025
- « Violences sexistes et sexuelles, la responsabilité de l’employeur est engagée… », Fiche CFDT Education Formation Recherches publiques, novembre 2025
- « Les chiffres de référence sur les violences faites aux femmes », article arretonslesviolences.gouv, 2024
- « Violences conjugales : les entreprises ont un rôle à jouer ! », podcast Préventica, décembre 2021
* Si vous êtes cible ou témoin de violences au sein du couple, appelez le 3919. En cas d’urgence, appelez le 17.