Une étude internationale publiée par l’Institute for Work & Health, organisme indépendant menant des recherches pour aider les décideurs, les employeurs et les travailleurs à créer des milieux de travail plus sains et épanouissants. Avec ce rapport, l’institution entend « donner des clés pour anticiper les enjeux à venir ».
Le travail en 2040 : des bousculements à anticiper

Premier constat dévoilé dans le rapport, « d’ici 2040, des transformations rapides dans les domaines de la technologie, du climat, de l’économie, de la politique et de la société vont remodeler le paysage » : à commencer par celui de la santé au travail.
Mi-siècle au travail : un carrefour de changements technologiques
Effectivement, comme le note le travail des chercheurs, « la technologie redéfinit le travail ». Que ce soit l’intelligence artificielle, les changements algorithmiques, l’automatisation ou l’apparition de systèmes quantiques dans tous les aspects de nos vies professionnelles, les incompréhensions et hésitations des travailleurs se constate déjà. « Les milieux de travail redéfinissent et reconfigurent les emplois, les relations et les risques », note le rapport. Dans les secteurs de la santé au travail par exemple, « le flou de la délimitation entre le rôle des travailleurs et celui des machines pourrait changer radicalement notre conception de l’imputabilité en cas d’accident de travail ou de maladie professionnelle ». Dans ce contexte inédit, il est donc urgent d’aborder les questions de santé, de sécurité d’emploi, d’équité, de justice, et de la place de l’humain dans ce nouveau monde du travail.
Vers l’érosion de la confiance institutionnelle d’ici 2040
En conséquence, que ce soit pour les domaines de la prévention ou dans le monde du travail en général, ces balbutiements rapides et brutaux pourraient entraîner une « érosion de la confiance institutionnelle » selon les rapporteurs de l’étude. Avec l’affaissement de l’autorité des institutions, l’ascension des influenceurs et la propagation de la désinformation, prendre les bonnes décisions dans le cadre de son activité comme de sa santé devrait s’avérer extrêmement difficile. Seule « l’adoption de nouvelles façons de communiquer » et la justification des mesures par des canaux de confiance fiables et pédagogiques pourront donner du sens aux années qui se profilent.
Enjeux générationnels du travail pour 2040

Et à ce phénomène de basculement technologique pourrait bien s’ajouter un bousculement générationnel.
Appréhender une fracture générationnelle au travail
Le rapport acte un fait depuis longtemps pressenti, « le vieillissement démographique, le prolongement de l’espérance de vie et l’augmentation de l’âge de la retraite sont autant de facteurs » qui changeront le visage de la main d’œuvre. En quelques mots, avec cette longévité, « cinq générations sociales à se côtoyer au travail », non sans frôler la « fracture générationnelle ». C’est un peu le serpent qui se mord la queue, précise le rapport. « La technologie joue un rôle central dans le maintien de la santé, de la sécurité et de la productivité des travailleurs qui vivent de plus en plus vieux. Les générations se distinguent les unes des autres (au travail) par leur différence d’exposition à la technologie et aux changements culturels, ce qui pourrait se traduire par des attentes et pratiques différentes de leurs activités professionnelles. »
En 2040 : le monde du travail face au dérèglement climatique
Mais cela pourrait être peu de chose en comparaison de la menace nette qui apparaît à nos horizons professionnels : le dérèglement climatique. « Les changements climatiques sont inévitables », affirme le rapport. Et face aux aléas environnementaux qui s’annoncent de plus en plus violents, « les travailleurs seront confrontés à des risques sanitaires directement liés à la chaleur, à la fumée et aux conditions météorologiques extrêmes, ainsi qu’à des perturbations généralisées dans les secteurs économiques, les infrastructures et les systèmes de santé publique ». Les collaborateurs seront donc « exposés à de nouveaux risques physiques » et verront potentiellement leur santé mentale en raison de « leurs craintes face à l’avenir » augmentent. Ainsi, pragmatiquement, l’Institute for Work & Health prévient que « la sauvegarde du climat, l’industrie à faible émission de carbone et l’adaptation aux changements climatiques » seront « au cœur » de la résilience des milieux de travail.
En 2040 : un nouveau monde qui fragilise les travailleurs

En réaction en chaîne, l’instabilité mondiale « gagnera le monde du travail », martèle le rapport. Les tendances analysées pourraient être le point d’origine d’un ensemble de « changements interreliés » rapides qui forceront la redéfinition des structures d’emploi, des avantages sociaux et des parcours professionnels, avec des répercussions probables sur la santé des travailleurs.
Un risque de déstabilisation des collaborateurs
Car inévitablement, une « augmentation de la déconnexion sociale », la détérioration de la santé mentale ou des fragilisations externes changeront « le rapport des travailleurs à leurs pairs et aux institutions, précise le texte. La hausse du coût de la vie, l’instabilité des emplois et les coupures dans les services publics ont fait de l’insécurité économique un trait caractéristique des périodes de changements économiques, sociaux et technologiques ». La précarité continuera d’être « un déterminant de la vie professionnelle », sans doute encore plus accentué. Cela mettra en lumière « les effets profonds » qu’auront ces multiples facteurs « sur les décisions en matière d’emploi, les avantages sociaux et la santé des travailleurs ».
De nouvelles tensions au travail en 2040
En récapitulant, avec une « main d’œuvre et des milieux de travail sont en mutation », une « augmentation de la précarité », l’apparition de problèmes externes au travail et à grande échelle, un « tissu social qui s’effrite »… les travailleurs pourraient subir de nouvelles mais terribles problématiques. Entre tension sur le marché du travail, tensions en interne ou à l’inverse fort sentiment « d’isolement », une « montée de l’hostilité » s’affiche en perspective, que ce soit avec les pairs, les clients ou les prestataires. Mais alors, que faire? En ouverture, le rapport note « une lueur d’espoir au milieu de l’incertitude ». D’une certaine façon, les décideurs ne vont plus avoir le choix. Ils vont devoir penser « des milieux de travail plus inclusifs », une utilisation vertueuse de la technologie pour « garantir la sécurité des travailleurs », « des environnements de travail plus sains » ainsi que « l’intégration d’une plus grande flexibilité pour tenir compte des attentes de changement des modèles de travail ». Non, « l’avenir de la santé au travail n’est pas figé ».
En savoir plus :
- Consulter le rapport « Santé et travail en 2040 : Anticiper les changements à venir en santé et sécurité des travailleurs », Institute Work & Health, janvier 2026