Les ressources au travail : un champ divers et varié

Pendant longtemps, le travail a été étudié sous le seul angle des contraintes (charge, délais, pression..). Pourtant, certaines caractéristiques du travail ne servent pas uniquement à amortir les effets des demandes ou à protéger de l’épuisement. Elles soutiennent l’apprentissage, le développement et le bien-être. Ainsi les organisations qui souhaitent concilier santé et performance durable doivent créer des contextes favorisant :

 

  • Un cadre de travail sécurisant, reposant sur un accès à l'information, une clarté des rôles, des décisions stables et la limitation des jeux de pouvoir.
     
  • L’autonomie, c’est-à-dire une latitude réelle pour organiser son activité, choisir certaines méthodes de travail et participer aux décisions qui le concernent. 
     
  • Le soutien social managérial, des collègues ou des clients. Il renforce notre capacité à faire face aux demandes. Il repose sur l’écoute, la coopération, l’entraide et la reconnaissance.
     
  • Le feedback, qui permet d’évaluer la qualité de son travail, d’ajuster favorablement ses pratiques, et  de renforcer son sentiment de compétence.
     
  • Les opportunités de développement. Le travail devient une véritable ressource lorsqu’il favorise de nouveaux apprentissages et le développement de compétences.
     
  • Une organisation équilibrée des journées de travail, notamment grâce à  :

- des pauses de qualités, qui restaurent les capacités de réflexion, de décision et de concentration ;

- la diversité des tâches, qui limite l’usure liée à la répétition en alternant les sollicitations cognitives, émotionnelles et physiques.

 

De nombreux chercheurs[2] ont montré que les collaborateurs bénéficiant de ressources organisationnelles suffisantes développent un sentiment d'autonomie plus élevé, des relations interpersonnelles de meilleure qualité et un sentiment de compétence renforcé. La satisfaction de ces trois besoins psychologiques fondamentaux est associée à davantage de vigueur et d'engagement, et à un risque plus faible d'épuisement professionnel.

 

 

Les ressources personnelles : récupérer ne signifie pas seulement se reposer

La récupération correspond au renouvellement des ressources affaiblies. Elle désigne le processus par lequel les systèmes fonctionnels de l’organisme retrouvent leur niveau de base après une période de forte sollicitation. Les travaux de Sonnentag et Fritz[3] ont identifié quatre expériences de récupération favorables à la restauration de nos ressources psychologiques.

 

Le détachement psychologique consiste à ne plus être mentalement mobilisé par son travail. Ruminer une réunion, anticiper les tâches du lendemain ou répondre à des courriels le soir empêche cette récupération. À l’inverse, être capable de « couper » constitue un facteur protecteur contre la fatigue et l’épuisement professionnel.

 

La relaxation correspond aux moments où notre organisme quitte progressivement son état de vigilance. Une promenade, la lecture, la musique, la méditation ou simplement l’observation d’un paysage diminuent l’activation physiologique et favorisent la récupération. 

 

Les expériences de maîtrise : Apprendre une langue, pratiquer un instrument, jardiner ou relever un défi demandent des efforts, mais mobilisent des ressources différentes de celles utilisées au travail. Ces activités renforcent progressivement notre sentiment de compétence et d’épanouissement.

 

Enfin, le choix des activités de loisirs joue un rôle essentiel. La récupération est plus efficace lorsque nous choisissons librement des activités correspondant à nos envies, au moment et de la manière qui nous conviennent. Une activité pourtant agréable peut perdre une grande partie de son effet récupérateur lorsqu’elle devient une contrainte.

 

Ces quatre expériences sont complémentaires. Associées à un sommeil de qualité et à une alimentation équilibrée, elles restaurent nos ressources psychologiques, renforcent notre bien-être et contribuent durablement à notre santé.

 

Nous pouvons tous agir sur nos ressources. Mais aucune stratégie individuelle ne peut durablement compenser un contexte qui les épuise. La santé au travail dépend autant des ressources individuelles que de la capacité des organisations à les préserver et à les développer.


Fabrice Gatti 

Chercheur - Auteur - Dirigeant 
Cabinet Mamkle
 


En savoir plus : 
 

  • [1] Bakker, Demerouti 2007, The Job Demands–Resources Model: State of the Art
  • [2] Citons Deci & Ryan, Van den Broeck, Demerouti,Gagné
  • [3] Sonnentag, S., & Fritz, C. (2007). The Recovery Experience Questionnaire: