François Tison / Marie Floccia - CHU de Bordeaux : L’hypnose et la méditation de pleine conscience au service du personnel du CHU de Bordeaux
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L’hypnose et la méditation de pleine conscience au service du personnel du CHU de Bordeaux

MANAGEMENT RH / QVT ||
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25/04/2022
François Tison / Marie Floccia  - CHU de Bordeaux
François Tison / Marie Floccia
*Responsable de IMIC / *Cheffe du service Douleur et Médecine Intégrative
CHU de Bordeaux

Inauguré en mars dernier, l’Institut de médecine intégrative et complémentaire (IMIC) du CHU de Bordeaux propose des consultations d'hypnose clinique et thérapeutique et des programmes de méditation de pleine conscience à ses patients, ainsi qu’au personnel du centre hospitalier. François Tison et Marie Floccia reviennent sur les origines du projet et ses avantages pour le personnel soignant.

Pourquoi avoir développé cet institut ? De quel constat êtes-vous partis ?
François Tison (FT) : La volonté qui a poussé à la création de cet institut est d’abord née d’une rencontre entre plusieurs personnes pratiquant l’hypnose - déjà bien établies au sein de l’institution - avec des praticiens utilisant la médiation de pleine conscience. Ils et elles ont pu mesurer l’effet bénéfique que peuvent avoir ces approches sur la vie de médecin, la façon d’exercer son métier, mais aussi la façon d’être dans son travail.
Concernant la méditation de pleine conscience, cela a commencé par l’idée de proposer ça aux étudiants en médecine et aux internes. Très vite, nous avons également pris la mesure des difficultés que rencontrent les soignants depuis de nombreuses années. Cela nous a menés à avoir une réflexion là-dessus, et à proposer à l'institution de développer ces approches de médecines complémentaires, qui sont à la fois vertueuses pour le soignant comme pour le patient.

Marie Floccia (MF) : L’hypnose a commencé à se développer au sein du CHU vers 2007, essentiellement pour la prise en charge des patients. Petit à petit, quelques études ont prouvé que cela permet de retrouver de la satisfaction dans le soin, de sortir momentanément de la technicité pour réhumaniser le patient. Au sein de l’hôpital, nous avons un groupe « hypnose » assez important, qui essaye de se regrouper, d’échanger… Cela fait très longtemps que nous rêvions de ce centre, qui nous permettrait à la fois d’accueillir les patients, mais aussi de réfléchir à notre qualité de vie au travail.

FT : Au sein de l’IMIC, pour la méditation, nous proposons des ateliers de découverte sous la forme de demi-journées. Nous proposons un programme de réduction du stress basé sur la pleine conscience, en huit semaines, aux agents du CHU. Nous proposons également aux médecins un programme un peu plus adapté à leur temps, en six semaines. Il existe aussi des « suites » à ces programmes initiaux, soit sous la forme de programmes pour s’approprier et diffuser la méditation de pleine conscience dans son équipe, soit par un programme basé sur les approches compassionnelles. Aujourd’hui, près de 650 agents ont eu une forme d’accès à cette approche.

Quels sont les avantages de l’hypnose et de la méditation de pleine conscience pour le personnel soignant ?
FT : En ce qui me concerne - et c’est un constat partagé par de nombreuses personnes - j’ai pu mesurer l’effet que la méditation a eu sur la façon dont j’exerçais mon métier, sur la manière dont je l’envisageais. Concernant l’hypnose, je suis encore en cours de formation, mais cela est aussi pourvoyeur de changement profond dans notre façon d’être. Cela amène à changer de posture en tant que soignant. J’ai observé une régulation de mon stress, des effets sur la compassion, l’empathie… Et ces aspects sont primordiaux dans la relation avec le patient, notamment dans la prévention des RPS.
MF : Ce qu’il faut garder en tête, c’est que l’hypnose est vraiment un outil thérapeutique complémentaire. La méditation, c’est plutôt un mode de vie, une façon d’être. Mais nous ne travaillons que sur des choses que nous connaissons, sur lesquelles nous avons déjà travaillé, avec des bases scientifiques solides.

Ces méthodes sont-elles exportables à d’autres organisations, dans les secteurs public ou privé ?
MF : Pour notre part, nous sommes très soutenus par la direction, mais celle-ci avait parfaitement conscience que la méditation n’est pas une fin en soi. Cela peut permettre d’améliorer certaines choses, mais la QVT passe par plein de paramètres, dont le travail lui-même. En ce qui concerne l’hypnose, cela reste un outil thérapeutique, donc cela n’a pas de sens dans des institutions qui n’ont pas de besoins en soin spécifiques. Plus globalement, ces approches ne doivent pas être des « pansements », et il ne faut pas que leur mise en place soit trop descendante ; elle doit venir de besoins réels et d’une envie des travailleurs.

FT : Pour la méditation, cela est très développé dans de nombreux secteurs en Amérique du Nord : éducation, management, militaire… Mais cela pose la question de l’utilitarisme. La méditation de pleine conscience n’est pas faite pour soigner ou prévenir le stress ou le burnout dans une équipe qui serait dans une souffrance extrême parce qu’il n’y a plus de soignants. Il faut être très vigilant sur l’intention derrière. Donc cela peut être développé et utile, mais il faut prêter attention au respect des valeurs que cette façon de faire et d’être véhicule à la base.

Quelle suite envisagez-vous pour l’IMIC ?
FT : C’est un grand sujet qui nous anime actuellement. Le premier objectif, c’est d’atteindre un peu plus de personnes au sein de notre institution, mais aussi un peu au-delà. La deuxième chose, c'est notre conviction que nous vivons un changement assez profond dans la façon d'exercer le soin médical, qui ne pourra plus être purement technique. Qui doit l'être, parce que c'est primordial. Mais les patients comme les soignants attendent aussi autre chose. Notre crédo, c’est de contribuer à ces évolutions-là et de fédérer de nombreuses approches validées du point de vue scientifique.
MF : Nous sommes contents de tout ce que nous avons mis en place jusqu’à maintenant. Il y a encore beaucoup de choses à mettre en place pour optimiser l’institut, mais nous entamons une vraie réflexion, à moyen et long terme, sur les actions que nous devons mener prochainement.

En savoir plus

 

*François Tison : Praticien hospitalier neurologue et professeur de neurologie au CHU de Bordeaux et à l’Université de Bordeaux, spécialiste des maladies neurodégénératives. Responsable d’unité de l’Institut de médecine intégrative et complémentaire (IMIC)
*Marie Floccia : Praticien hospitalier, gériatre et algologue. Cheffe du service Douleur et Médecine Intégrative.