Parlez-nous de cette charte sécurité qui vient d’être
signée.
L’idée de la charte pour le Groupe ADP est de prendre un rôle
actif dans la construction de la sécurité de ses projets. Cet
aspect « sécurité » semble nous manquer dans le pilotage de nos
projets, d’un point de vue maitre d’ouvrage, maitre d‘œuvre.
C’est pourquoi nous avons défini toute une politique, qui vise à
mettre la sécurité en priorité de nos préoccupations, à réfléchir
comment nous pouvons mieux concevoir, avoir un œil avertir sur
nos chantiers, détecter nos anomalies.
D’un point de vue règlementaire, il n’y a rien de nouveau. C’est
plutôt la culture sécurité de l’entreprise que nous travaillons.
Quand vous dites « nous » de qui s’agit-il ?
Nous avons travaillé sur cette politique sécurité avec des
collaborateurs du groupe, de la direction de l’ingénierie et de
l’aménagement, depuis septembre 2020. Nous avons travaillé
d’arrache-pied, sous le patronage de la direction, qui a validé
les résultats de ce travail. Ce n’est donc pas quelque chose
venue de consultants externes.
C’est un beau sujet la sécurité. Nous voulions avoir une charte
qui vient de nous, qui nous parle, qui nous permet d’avoir notre
propre mode de fonctionnement.
Nous sommes satisfaits que des groupes comme Vinci et Demathieu
Bard se soient reconnus dans une telle démarche et nous aient
symboliquement rejoint le jour du lancement de cette nouvelle
politique.
Comment est venue l’idée de cette charte ?
Nous sommes partis d’un constat : nous n’avons pas zéro accident.
Alors, comment faire pour atteindre cet objectif ? Si nous
faisons comme d’habitude, ça va continuer comme ça, mais si nous
voulons aller plus loin, il faut s’investir davantage.
La charte vise un objectif de zéro accident grave au 1er janvier
2023. Il faut le temps que notre politique se mette en place,
qu’elle porte ses fruits. C’est ça qui doit nous porter.
Evidemment nous ne tolérons aucun accident, dès maintenant.
Quels sont les 10 engagements qui composent la charte
sécurité ?
La charte commence par acter la mobilisation de tous les
collaborateurs sur la sécurité, y compris les managers. Nous
avons la conviction que la sécurité n’est pas quelque chose qui
se fait tout seul, il faut l’implication de ceux qui sont au
contact du terrain, bien sûr, mais aussi du management de
l’entreprise qui doit porter le sujet depuis la direction
jusqu’aux opérationnels. Même le comité exécutif est concerné et
reçoit nos indicateurs sécurité. Les entreprises avec qui nous
travaillons sur les chantiers sont également comprises dans cette
nouvelle politique.
La charte dit aussi qu’au-delà d’être vigilant, d’être force
d’alerte au quotidien, il faut avoir des points de sécurité à
chaque réunion de service, avoir des visites de sécurité
organisées par chacun et qui visent à analyser ce qui semble être
une anomalie, la faire remonter à ceux qui pilotent le
projet.
La charte prévoit aussi de former nos collaborateurs. Il ne
s’agit pas d’en faire des experts mais leur donner la possibilité
d’avoir un bon niveau de culture sécurité, pour pouvoir faire des
remarques pertinentes, être attentif et savoir de quoi nous
parlons. Nous voulons que tout le monde soit en
alerte. La charte prévoit d’ailleurs la remontée
d’informations et le traitement systématique et pérenne des
risques et situations dangereuses.
Puisque nous sommes concepteurs de nos ouvrages, la charte nous invite à nous poser la question, dès la conception de la constructibilité de ce que nous concevons, au sens sécurité. Autrement dit, se demander « qu’est-ce qu’on a fait qui a généré des risques dans la construction ou en tout cas qui a imposé des mesures de prévention parfois lourdes, alors qu’un œil avisé de concepteur on aurait pu simplifier des choses pour avoir des modes opératoires mieux maitrisés ? »
Enfin, la charte reprend aussi nos 12 standards de sécurité qui vont de l’interdiction de consommation d’alcool au port complet des EPI notamment.
Quels sont les accidents les plus fréquents sur les
chantiers du Groupe ADP ?
Ce sont souvent les mains qui sont exposées. Il y a beaucoup de
manœuvre de levage où les mains viennent essayer de retenir les
charges. Il en résulte des doigts pincés par exemple. Les
accidents surviennent plutôt lors de modes opératoires atypiques,
par exemple lors du démontage d’une tour dans des conditions plus
complexes que d’habitude.
Nous avons aussi des spécificités, qui dépendent d’où est le
chantier. Les risques peuvent être liés aux flux de véhicules, de
piétons, etc. L’environnement est dense. Lors d’un ouvrage côté
piste, il faut faire attention à ne pas interférer sur la
circulation des avions et la sécurité aérienne. Lors d’une
extension d’ouvrage – sur des terminaux par exemple -, nous nous
raccordons sur de l’existant, autrement dit, quelques mètres plus
loin il y a des passagers, du bagage, de la frontière.
Tout cela demande de la rigueur. Mais il y a des procédures, les
compagnons savent ce qu’il faut faire et ne pas faire. Ce sont
presque des dangers « évidents » qui ne posent pas débat.