Comment présenteriez-vous cette nouvelle réglementation ?
Solène Garcin Charcosset : Pour faire simple, la nouvelle réglementation CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive, ndlr) va imposer aux entreprises de plus de mille salariés et 450 millions euros de chiffre d’affaires de publier un rapport de durabilité. Ce dernier doit éclairer les investisseurs sur la durabilité des entreprises sur lesquelles ils pourraient investir. Les sociétés concernées vont donc devoir publier des informations importantes au regard de leur activité, de leur organisation et de leur structure. Potentiellement, ces informations matérielles peuvent représenter des enjeux économiques pour elles et avoir des effets sur l’environnement ou les travailleurs.
Qu’est-ce que cela implique pour les entreprises ?
Solène GC : Dans ce processus d’identification des sujets matériels pour les grandes entreprises, la difficulté pourrait être la collecte de ces informations. Les entreprises vont devoir vraiment jouer le jeu de l’analyse des défis et opportunités par rapport à des critères climatiques, environnementaux, sociaux et de gouvernance.
Christophe Rémy : La nouvelle réglementation impose de prendre un peu de recul pour voir quels sont les enjeux à 360°. Elle devrait avoir un impact bénéfique. Car toute la chaîne du groupe va être observée et analysée : en interne, en intérim, les prestataires et sous-traitants. Premièrement, cette démarche globale et plus cohérente pour le périmètre du groupe va permettre de mutualiser les bonnes pratiques isolées ou individuelles. Former un référentiel d’indicateurs homogènes et cohérents créera des déclinaisons opérationnelles, notamment au service de la prévention des risques.
Comment tout cela pourrait-il concrètement influencer la santé au travail ?
Solène GC : C’est inévitable, durant l’exercice, les enjeux majeurs de la RSE vont s’imposer. On le voit dans les enquêtes de reporting ESG. Le thème du changement climatique concernera 98 % des entreprises, 95 % pour les sujets sociaux tels que la santé et la sécurité ou même la QVCT.
CR : En plus de réfléchir à ce qu’elles ont déjà faits sur ces sujets, les entreprises vont avoir une démarche proactive en termes de prévention. Elles vont chercher à savoir comment éviter des événements indésirables sur ces enjeux.
Les entreprises ont-elles intérêt à soigner leur reporting ESG ?
Solène GC : Effectivement, la réglementation demande une vision rétroviseur mais aussi une vision perspective. Les entreprises vont devoir montrer qu’elles sont résilientes, qu’elles anticipent bien le futur. Les sujets ESG sont de plus en plus pris en compte pour la valorisation financière.
CR : On le constate aujourd’hui, en termes d’attractivité, ne pas avancer sur ces sujets-là produit un effet, plutôt négatif.
Peut-on également dire que le reporting ESG devient un levier de fidélisation en interne ?
Solène GC : Il y a beaucoup d’attentes vis-à-vis des entreprises sur ces sujets. Les rapports développement durable sur les sites internet des entreprises sont consultés par les candidats par exemple. Mais en interne aussi, les salariés ont envie d’évoluer dans des entreprises concernées et conscientes sur les enjeux écologiques et sociaux.
CR : Dans le recrutement, les sociétés sont de plus en plus interrogées sur les conditions de travail et l’impact énergétique et environnemental sur le monde. On sent une évolution, une meilleure appréhension, nourrie par la réglementation. Les entreprises ne sont pas parfaites mais elles avancent sur tout un tas de sujets. Il y a une prise de conscience et un vrai changement des mentalités, notamment en France.
En savoir plus :
- Site internet de Tennaxia
- « CSRD : Tout comprendre à la directive européenne sur le rapport de durabilité », décryptage par Tennaxia