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Définir le phénomène

DOSSIER
TRAVAIL ET RELATIONS SOCIALES || Addictions / 20/11/2013

L’INRS définit l’addiction comme « l’impossibilité répétée de contrôler un comportement et la poursuite de ce comportement en dépit de la connaissance des conséquences négatives ». L’institut lui préfère tout de même l’expression « pratiques addictives » qui englobe toutes les facettes du phénomène :

  • l’usage simple : pratique à risque à long terme mais qui est ponctuelle ou bien n’occasionne pas d’effet dangereux à court terme,
  • l’abus (ou usage nocif) : consommation plus fréquente qui a des effets nocifs sur la santé et la sécurité, que cela soit au travail ou sur le plan privé,
  • la dépendance/l’addiction : la survenance des conséquences liées à la surconsommation de substances psychoactives ou l’adoption d’un comportement addictif (au travail par exemple) n’empêche pas l’individu de continuer.

Pot entre collègueLes addictologues distinguent plutôt les trois types d’usage suivants :

  • les usages importés dans l’entreprise : les salariés ayant des pratiques addictives en dehors du travail qui ont des conséquences sur l’entreprise,
  • les usages effectués lors des pots et repas d’affaires,
  • les usages découlant des conditions de travail.


Des études ont démontré que le travail en tant que source de pression professionnelle
(des objectifs très élevés...) et/ou sociale (valorisation de la consommation d’alcool...) pouvait conduire à l’adoption ou l’aggravation de pratiques addictives.

Une étude sur la consommation de substances addictives de travailleurs français depuis 1986 a donné ses résultats en 2009 :

  • 20 % des salariés utiliseraient des médicaments psychotropes pour être performant au travail,
  • 12 % pour se soulager d’un « symptôme gênant »
  • 18 % pour se détendre quand la journée s’avère difficile.

On parle même de « pilules de la performance » que certains travailleurs prennent pour faire face aux exigences de plus en plus importantes et supporter le quotidien, une situation comparable à ce qui est observé pour certains sportifs de haut niveau.

Quels sont les produits addictifs

alcoolL’OFDT définit un produit psychoactif comme étant une substance « qui agit sur le psychisme en modifiant le fonctionnement du cerveau, c’est-à-dire l’activité mentale, les sensations, les perceptions et le comportement ».
Parmi celles-ci, nous trouvons donc : l’alcool, les amphétamines, les produits dérivés, la caféine, le cannabis, les hallucinogènes, la nicotine, les opiacés, la phencyclidine, les sédatifs, les hypnotiques et les anxiolytiques ou encore les solvants volatils. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies précise que de nombreuses substances produisent ces effets sans être nécessairement problématiques. Le café en est un exemple.

En 1991, Pellicier et Thuillier classaient les produits psychotropes en 3 familles :

  • dépresseurs : procurent un sentiment d’apaisement
  • stimulants : suppriment les sensations de fatigue
  • perturbateurs : modifient les perceptions

L’OFDT classe les substances psychoactives problématiques en trois catégories qui s’apparentent à celles retenues par Pellicier et Thuillier : les sédatifs, les stimulants et les hallucinogènes.

On notera également que l’OFDT attribue la même signification aux termes psychotropes et psychoactifs, hormis lorsqu’il s’agit de médicaments psychotropes. L’OFDT attribue à ces derniers un effet recherché de modification du psychisme. Parmi ces médicaments, nous retrouvons les hypnotiques (les somnifères), les anxiolytiques (les tranquillisants), les antidépresseurs, les neuroleptiques, les thymo-régulateurs (ou régulateurs de l’humeur) et enfin, les psychostimulants. Nous comprenons alors que les médicaments psychoactifs forment une catégorie plus large que les substances psychotropes.

Afin de comprendre les effets de ces substances, l’INRS  a édité ce document :

Principaux effets des substences psychoactives

Addictions sans produit

Il s’agit de l’accomplissement par la personne d’une séquence comportementale précise, répétitive et nécessaire pour elle. Parmi ces dépendances comportementales, nous pouvons citer la dépendance au travail, la dépendance affective, la techno-dépendance, le jeu pathologique, les achats compulsifs ou encore les addictions sexuelles.

Ces addictions se manifestent par des symptômes comme l’envie irrépressible d’adopter de nouveau ce comportement, l’abandon d’autres activités, des effets négatifs sur l’individu ainsi que son environnement familial, social et professionnel, de l’anxiété, une sensation de manque ou de malaise en cas d’arrêt du comportement qu’elle a besoin d’adopter.

Comment naît une addiction ?

fumeurPour comprendre une addiction, il est nécessaire de comprendre la façon dont elle s’installe chez une personne. Selon le psychiatre français Claude Olievenstein, celle-ci résulte de « la rencontre entre un produit (ou un comportement) et un individu dans un moment socioculturel donné ».
Chacune de ces trois entités doivent réunir des conditions que l’on pourrait caractériser de la manière suivante :

  • l’individu doit posséder des vulnérabilités, que cela soit au niveau physique, génétique, psychologique ou psychosocial,
  • le produit (ou le comportement) doit avoir une capacité addictogène et des propriétés pharmacodynamiques, doit être accessible et doit posséder des effets rapides (d’après l’INRS, « 10 % des consommateurs d’alcool ou de cannabis deviennent dépendants » contre 90 % des consommateurs d’héroïne),
  • le contexte socioculturel comprend un environnement économique, social et familial donné (un évènement malheureux au cours de sa vie, des habitudes de consommation familiales...) ou encore des contraintes particulières dans son environnement professionnel.

La marmite du docteur Boudreau peut aider à comprendre ce phénomène. L’utilisation d’une substance psychotrope intervient comme une soupape « artificielle » qui accompagne les soupapes naturelles que sont généralement la famille, l’argent, l’espoir, les loisirs, les activités sociales et pourquoi pas le travail. Ces soupapes aident à évacuer les tensions (le feu) que sont :

  • pour les tensions externes : l’argent, la profession ou la vie familiale
  • pour les tensions internes : l’isolement, l’ambition, les échecs, l’ennui ou encore l’anxiété

Les risques

conduit addictive et violence
Un salarié soumis à des pratiques addictives peut-être un danger pour lui-même mais aussi pour les autres
. A terme, des conséquences plus ou moins graves pour l’entreprise peuvent se produire. Différents risques peuvent se présenter : manque de vigilance et de réflexes, trouble des fonctions cognitives et de la mémoire, hallucinations, problèmes de santé, troubles du comportement (qui peut devenir violent), perception affaiblie des risques environnants, etc.



Nous pouvons classer les risques dans différents groupes :

  • détérioration du climat interne : surcharges des collègues, désorganisation des équipes, réactions imprévisibles, agressivité, violence, somnolence,
  • conséquences économiques : journées de travail perdues, absentéisme, retards, défauts de qualité, détérioration de l’outil de travail,
  • dévalorisation de l’image de la collectivité,
  • mise en danger de la sécurité individuelle et collective : risque d’accidents, violation des consignes de sécurité,
  • dégradation de l’état de santé de l’agent : dépression, maladies, décès.

Quelques chiffres

Tous les secteurs d’activité sont concernés. Simplement, la nature et la fréquence des consommations sont différentes selon le secteur concerné. Selon l’Inserm, le travail en plein air, les postures pénibles, la manutention ou encore l’exposition à des secousses poussent plus facilement à la consommation. La non-activité est aussi un facteur significatif puisque les personnes sans emploi sont plus affectées que les actifs occupés.

16 % des actifs occupés consommeraient de l’alcool au travail en dehors des repas et des pots entre collègues (baromètre santé 2010 de l’INPES), c’est presque autant que les consommateurs de médicaments psychotropes au travail. Avec le cannabis, ces deux types de substances sont les plus consommées dans le cadre du travail.
Ces comportements sont inquiétants tant ils peuvent être lourds de conséquences pour les salariés et les entreprises. Selon l’Inserm, 10 à 20 % des accidents du travail seraient causés par l’alcool avec une majorité concernant des personnes qui ne sont pas dépendantes. Sans compter les accidents de la route.

Même si ces comportements peuvent trouver des causes externes au travail, le travail y trouve tout de même une place importante. En effet, selon le baromètre santé 2010 de l’INPES, 36,2 % des fumeurs réguliers, 9,3 % des consommateurs d’alcool et 13,2 % des consommateurs de cannabis déclaraient avoir accru leur consommation à cause de problèmes professionnels survenus au cours des 12 derniers mois.

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