Catherine Pinchaut - CFDT : Le télétravail, et le travail en général, doivent être des objets de dialogue dans l’entreprise

Le télétravail, et le travail en général, doivent être des objets de dialogue dans l’entreprise

management-sst - Organisation du travail
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23/07/2020 - Magali Rossignol
Catherine Pinchaut - CFDT
Catherine Pinchaut
Secrétaire nationale
CFDT

Pendant le confinement, le télétravail est devenu le quotidien de nombreux Français. Une solution d’urgence qui a permis aux entreprises et aux salariés de découvrir les avantages de cette forme d’organisation de travail, mais aussi ses inconvénients.
Alors que la négociation interprofessionnelle sur le sujet va s'ouvrir le 3 novembre, retour sur les idées fortes défendues par la CFDT.

Dès la sortie du confinement, les syndicats ont sollicité l’ouverture de discussions sur la question du télétravail. Le télétravail, ce n’est pas une bonne chose pour les salariés selon vous ?
Il n’est pas question d’affirmer de façon catégorique que le télétravail, c’est bien ou ce n’est pas bien. Durant le confinement, certains salariés ont découvert le télétravail et en ont apprécié les bénéfices en termes de gains sur les temps de transport, fatigue, … D’autres ont ressenti plus durement l’isolement ou pâti d’un manque d’équipements à domicile et d’un environnement mal adapté.
On doit donc se garder de succomber à la tentation du tout télétravail, il faut encadrer cette pratique et proposer des repères pour mettre en place cette organisation dans un dialogue social concerté et équilibré.
C’est ce que nous avons proposé au travers d’une négociation interprofessionnelle avec l’ensemble des partenaires sociaux afin de poser dans un premier temps un diagnostic partagé, l’objectif étant de revisiter l’accord de 2005 et de donner un cadre de référence à la mise en place du télétravail, sans qu’il soit trop rigide ou contraignant.


Quelles sont les principales revendications des syndicats dans ces échanges ?
Sur la forme, nous souhaitons que ces discussions aboutissent à quelque chose de plus ambitieux qu’une synthèse paritaire comme le souhaite le patronat. Nous venons de rencontrer la nouvelle Ministre du travail, Mme Elizabeth Borne et elle est également favorable à un projet d’accord.
Sur le fond, nous avons plusieurs points de discussion qui nous semblent très importants. Nous avons d’ores et déjà énoncé en partenariat avec l’UNSA et la CFTC un certain nombre de préconisations. Par exemple, les conditions de mise en oeuvre de cette nouvelle organisation doivent pour nous être négociées dans les entreprises et être encadrées, a minima dans le cadre d’une charte ou mieux encore avec un accord d’entreprise. Autre élément d’importance, le télétravail est une forme d’organisation du travail parmi tant d’autres. Pour réussir sa mise en œuvre, il est important de questionner toute l’organisation de l’entreprise afin que l’ensemble s’article correctement. Et puis cette mise en œuvre nécessite de lister tous les postes éligibles : pendant le confinement et situation d’urgence obligeant, on s’est aperçu que le télétravail pouvait être adapté à tous les niveaux de l’entreprise.
Enfin, il est important de rappeler que le télétravail doit être un choix volontaire pour l’entreprise et pour le salarié. Ce n’est ni un droit ni une obligation.


Du côté de la réforme de la santé au travail, les négociations ont enfin débuté, c’est une bonne nouvelle ?
Oui c’est bien parti, en espérant que cela ne s’arrête pas en route. Depuis la publication du rapport Lecoq il y a 2 ans, nous appelons à l’ouverture des négociations. La crise sanitaire et les dysfonctionnements de notre système de santé au travail qu’elle a mis en exergue ont permis d’accélérer les choses.
Pour la CFDT, la réforme de la santé au travail doit porter sur 3 points majeurs : la prévention, la qualité de vie au travail et la qualité du travail et enfin la gouvernance du système.
Nous souhaitons que cette réforme soit l’occasion d’une véritable réflexion en profondeur sur le travail et pas seulement un petit coup de neuf sur la tuyauterie.
Pour cela, nous militons pour sortir d’une approche médicale et médicalisée de la santé au travail pour avoir une approche plus globale incluant notamment des aspects organisationnels, la prévention des risques psychosociaux sur laquelle le patronat est très frileux.
Nous allons peser sur la négociation pour que ces éléments soient pris en compte dans les négociations, afin que la proposition de loi soit véritablement porteuse de changement.