Fanny Darbus - Université de Nantes : Dans notre formation, nous favorisons l’observation participante
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Dans notre formation, nous favorisons l’observation participante

TRAVAIL ET RELATIONS SOCIALES || Formation
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02/02/2021
Fanny Darbus  - Université de Nantes
Fanny Darbus
Maître de conférences en sociologie et co-responsable du master Santé et conditions de travail (SCT)
Université de Nantes

Ouvert en 2017, le master en sociologie Santé et conditions de travail (SCT) de l’Université de Nantes est une des rares formations de son genre dans l’enseignement supérieur. Sa co-responsable, Fanny Darbus, revient sur ses spécificités et les précautions à prendre face à l’avenir.

En quoi consiste votre formation ?
À la création du master, l’idée de départ était de répondre à une demande sociale et économique, ainsi qu’à de nombreuses évolutions législatives et mises en lumières médiatiques apparues dans les années 2010. Nous avions constaté qu’il n’y avait que très peu de formations dédiées à la SST et à la QVT à l’université, en dehors des parcours de psychologie. Il nous semblait important de répondre à ce manque, avec nos propres moyens. Notre objectif aujourd’hui, c’est de former des étudiants aux métiers de l’expertise et du conseil dans le domaine de la santé au travail, des risques psycho-sociaux, de la qualité de vie au travail, en leur permettant d’adopter une posture réflexive et critique sur les jeux d’acteurs complexes présents dans les organisations. Lorsque l’on se forme à être professionnel de la santé au travail, on se destine à occuper une position très difficile. Il faut rester très vigilant, patient et imaginatif pour répondre aux besoins des salariés et des employeurs, tout en prenant conscience de ses propres limites. Cela demande généralement un gros travail de « traduction » de savoirs sociologiques à la réalité du terrain, et au langage des entreprises.

Quel est le profil de vos étudiants ?
Étant encore un jeune master, nous restons sur de petites promotions. Nous souhaitons contrôler la jauge, donc nous limitons à 15-20 étudiants. La plupart sont titulaires d’une licence de sociologie, et sont originaires de l’ouest de la France. Mais nous avons également des élèves issus de licences ou de masters de droit. Généralement, ce sont des personnes issues d’une formation en droit social, qui ont été mises en appétit par la matière ou des intervenants, et qui éprouvent le besoin de dépasser le cadre juridique. Il y a également un pourcentage d’étudiants qui intègrent le master via la formation continue, et entament un processus de reconversion professionnelle. Nous sommes très attachés à cette mixité. Beaucoup de nos étudiants partent avec l’idée de devenir consultants en RPS, plutôt que de rester attachés à une seule entreprise.

Comment vous adaptez-vous aux nouvelles dispositions législatives ?
Nous ne formons pas des juristes, donc l’aspect juridique pur n’est pas notre obsession. Nous avons tout de même des cours sur le sujet en M1 et M2. Mais pour nous, ce qui compte c'est plus de suivre l'esprit des lois que leur application à la lettre. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur la dimension empirique de notre formation ; il est important de faire ses propres observations, de s’adapter, et ne pas être dupes sur les stratégies de « socialwashing » en entreprise pour toujours agir en faveur des salariés. Un des premiers exercices demandés aux étudiants, c'est de faire de l'observation participante. L'élève occupe la position de ceux qui étaient observés juste avant. Donc il fait une journée, quelques jours, ou une semaine en travail posté, pour rédiger ensuite un compte rendu d'observation. Et cela marche très bien, car les contraintes de chaque salarié sont ainsi mieux comprises.

Quelles évolutions constatez-vous ces dernières années ?
Notre master a la particularité d’ouvrir sa deuxième année à l’alternance, et cela semble plaire aux entreprises. Actuellement, tous nos étudiants de M2 sont en contrat pro, et sont assez demandés. Sans surprise, nous retrouvons de grosses entreprises du CAC, mais nous observons également une tendance ; une demande renforcée dans le secteur agroalimentaire, notamment en PME. C’est intéressant pour nos étudiants, qui peuvent ainsi faire plus de terrain que dans de grands sièges sociaux. Nous voyons aussi émerger des demandes de secteurs très accidentogènes. Je pense notamment à celui de l’aide à domicile, qui cherche à recruter dans notre master.
Pour la suite, il faut voir comment la crise sanitaire rebat les cartes. Il y a un intérêt, et une demande de desserrer l’étau de l’intensification du travail qui n’a jamais été aussi forte. Cependant, il y a aussi beaucoup d’opérations de communication dont il faut se méfier, et des améliorations de façade. Il est difficile d’avoir une visibilité à long terme sur l’évolution de la QVT, mais il est sûr que notre formation a de l’avenir.