En quoi les femmes sont-elles particulièrement touchées par les maladies cardiovasculaires ?
Nous espérons informer et sensibiliser sur la santé cardiovasculaire chez la femme, encourager les approches de prévention et de repérage. Parmi les maladies ischémiques auxquelles je fais référence, vous trouvez notamment l’infarctus du myocarde et l’accident vasculaire cérébrale. Or, selon le dernier bulletin épidémiologique de Santé publique France, les AVC et les infarctus constituent la 2e cause de mortalité chez les femmes. En réalité, il y a une augmentation constante du nombre d’infarctus chez les femmes. L’on constate 5 % d’augmentation des hospitalisations pour ces raisons chaque année chez les femmes de moins de 60 ans. Les AVC et infarctus tuent 72 000 femmes contre 64 000 hommes, 1 femme toutes les 7 minutes.
Comment expliqueriez-vous ce constat édifiant ?
Les facteurs de risque traditionnels, communs aux deux sexes, impactent plus les femmes (tabac, cholestérol, hypertension, diabète etc.). Le risque de développer une pathologie cardiovasculaire chez les femmes est 30 % supérieur au risque chez les hommes. L’on peut expliquer cela par exemple par la vie hormonale et gynécologique des femmes qui les expose d’avantage au danger (complication de grossesse, diabète gestationnel, pré éclampsie, ndlr). Des événements comme le Syndrome des ovaires polykystique l’endométriose ou des traitements hormonaux peuvent aussi augmenter la probabilité de survenue de fragilités cardiovasculaires. Et vous pouvez ajouter à cela des facteurs émergents auxquels les femmes sont plus exposées : précarité, stress chronique, violences. L’on a tendance à sous-estimer les risques encourus par les femmes parce que l’infarctus reste plus important, numériquement, chez les hommes ; ou bien parce que l’on a longtemps cru que les femmes étaient protégées par leurs œstrogènes. C’est une réalité mais l’évolution hormonale au cours de leur vie dessine un profil métabolique plus défavorable.
Que peuvent faire les femmes pour se prémunir ? Comment les entreprises peuvent-elles aider leurs salariées dans leur parcours de prévention ?
Le socle de la santé cardiovasculaire est, à tout âge, une alimentation équilibrée, la non consommation de produits transformés, une activité physique, l’évitement du stress, un bon sommeil etc. À cela s’ajoute la nécessité de connaitre ses chiffres : d’intolérances, d’hypertension, son taux de cholestérol. Et si l’on constate des anomalies, il faut les corriger. L’information permet de connaitre ces facteurs de risque et donc de les enrayer. Un employeur peut s’emparer de cet enjeu en proposant des dépistages sur les facteurs mesurables et évitables par exemple, ou bien encourager l’activité physique. Il y a une opportunité pour le monde travail d’être à la fois facilitateur et protecteur pour améliorer la santé globale des femmes.
Il est, selon vous, essentiel de sensibiliser sur le sujet et ce, à tous les niveaux…
Oui c’est important, car il y en a de plus en plus d’infarctus ou d’AVC mais qui peuvent être prévenus. La plupart des facteurs sont modifiables, on peut faire des choses pour se prémunir, mettre fin à cette inertie thérapeutique chez la femme. Et puis, en plus d’une meilleure qualité d’information, reste à avoir les moyens de mettre en place cette réelle prévention. Le grand public doit être mieux informé sur cette question et les médecins mieux formés. Il y a une grosse lacune dans la formation initiale des médecins quant aux spécificités des facteurs de risque cardiovasculaires chez la femme. Or, c’est important de pouvoir adapter une prise en charge corrélée aux différences qui existent pour améliorer le pronostic vital. On commence à s’éveiller un peu, mais il y a une marge de progression.
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