Comment avez-vous intégré les collaborateurs dans cette démarche réflexive ?

Nous avons vu arriver l’IA comme tout le monde. Très vite, la direction a voulu préserver la singularité sociale et sociétale de la MAIF. Il fallait borner ce sujet et choisir quelle empreinte voulait laisser l’entreprise derrière cette nouvelle technologie. En 2024, nous avons donc constitué une Convention salariée composée de 30 salariés tirés au sort. Ils ont travaillé pendant des jours et des jours, appuyés par des experts du sujet, afin de suggérer des propositions d’engagements de l’entreprise sur l’utilisation et l’intégration de l’IA. À la suite de cela, l’entreprise s’est engagée sur 39 points. Nous avons pris des engagements très forts. Le plus important étant qu’il n’y aurait « pas de licenciement pour motif économique du fait du déploiement de l’IA ». Très peu d’entreprises ont pris un engagement similaire. Cela ne veut pas dire que des emplois ne vont pas être transformés avec l’arrivée de cette technologie, mais les salariés resteront et seront accompagnés dans ce changement. 

 

 

Vous avez désormais signé un accord d’entreprise, sur le même sujet, avec les organisations syndicales… pourquoi ?

Les organisations syndicales ont bien vu ce travail et ont naturellement voulu conclure un accord sur le sujet. Nous étions aussi partants et avons lancé fin 2025 des discussions en ce but sans savoir à l’avance où cela allait aboutir. Chacun avait ses craintes et ses attentes sur le sujet. Evidemment, les organisations syndicales voyaient surtout l’enjeu social de cette intégration, c’est normal. Nous avons voulu enclencher un dialogue social à froid, qui a duré plusieurs mois, pour peu à peu dissiper les méfiances. Nous avons abouti à cet accord socle, fondateur. À l’intérieur, nous définissons les différents types d’IA, évoquons notre responsabilité devant ces technologies, assurons l’accompagnement des collaborateurs dans les projets de transformation ainsi que des démarches systématiques d’études d’impacts pour les risques cognitifs ou psychosociaux. Avoir participé à la formation de nos OS depuis plus de 6 mois fut un pari, celui du dialogue continu et de la transparence. En leur montrant les outils de demain et en récoltant des témoignages de collègues salariés ayant sauté le pas, nous avons pu chasser certains biais.  Rassurer par la transparence. Les organisations ont compris que nous aspirons à des collègues augmentés mais pas remplacés. Chez nous, l’IA est un outil au service de l’humain et non l’inverse. Nous avons été naturellement challengés par les interrogations des représentants et salariés mais c’était très important.

 

 

Cet accord est-il l’aboutissement de ce processus d’encadrement de l’IA au sein du groupe ?

Quand vous avez six organisations syndicales signataires de l’accord, c’est bon signe. Ce n’est pas un jouet RH. Nous avions besoin que tous les métiers soient rassurés pour intégrer l’IA dans nos processus de travail. Ce n’est pas en se cachant qu’on gagne dans le dialogue social. Il est exigeant oui, mais c’est surtout un investissement collectif. Les représentants sont tous fiers d’avoir signé l’accord. Maintenant, il va se déployer au fil de l’eau. Même si c’est le premier accord de ce type, il n’est pas non plus le dernier. Nous posons les bases pour une durée de 2 ans et demi, car l’IA va tellement vite qu’il faudra régulièrement se réinterroger.  Restons modestes, nous n’en sommes qu’au début. Cet accord on va le faire vivre, mais c’est plutôt bien parti.

 

 

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