Le travail évolue, le métier de préventeur va devoir suivre ce mouvement et s’adapter. Patrick LACONTE, Responsable de la Sécurité et de la Santé au Travail chez Cola-Cola, tient compte de ces nouveaux paramètres dans son travail au quotidien. Déchiffrons avec lui ces enjeux, appliqués à une grande entreprise.
De quelle manière appréhende-t-on la prévention des
risques chez Coca-Cola Entreprise ?
Nous avons une vision très européenne de la prévention. Comme
dans beaucoup d’entreprises, nous sommes dans une phase de
changement : il s’agit maintenant d’élaborer des programmes
de management des risques s’appuyant sur des compétences locales
pour répondre à des cibles et des objectifs européens. Nos
actions, ancrées sur le moment présent, doivent avoir un effet
sur le long terme, tenir compte des incidences sur la
productivité, mieux identifier le risque et rendre l’opérationnel
acteur. Cette manière de vivre la prévention donne des
résultats : le taux de fréquence des accidents n’a jamais
été aussi bas depuis 10 ans.
Quelles sont vos actions prioritaires pour les prochaines
années ?
Sur un plan technique, nous allons nous intéresser de plus près
aux valeurs limites d’exposition (CMR, bruit, éclairage,…), non
plus pour les identifier, mesurer et répondre aux exigences
légales mais pour les supprimer ou apporter des améliorations
significatives. Nous sortons également des systèmes de management
trop contraignants : les process et les normes ont aidé la
prévention des risques mais nous sommes sans doute allés un peu
trop loin. Maintenant, il s’agit de rendre les procédures plus
fluides, lisibles, opérationnelles et Européennes. A l’heure de
l’Europe, les préventeurs doivent améliorer leur capacité
d’échange avec leurs homologues européens : l’expérience de
certains pays est à prendre en compte. Il est intéressant de
comprendre pourquoi ça fonctionne (ou pas) pour adapter notre
démarche.
L’actualité a mis le stress au travail
au cœur des débats. Vous développez une approche beaucoup plus
globale de cette problématique.
Expliquez-nous ?
Le stress au travail ne doit pas être abordé en tant que tel car
le corps de ne peut pas être dissocier de la tête. Il faut penser
la prévention des risques dans son ensemble. Le métier de
préventeur est appelé à changer. La santé (angle opérationnel)
prendra une place importante dans son quotidien. Il sera
garant d’un travail collaboratif entre diverses expertises,
confronté à de nouvelles contraintes : maintien dans
l’emploi des seniors, nouvelle génération de salariés et de
préventeurs avec une perception du travail différente, départs en
retraites massifs des médecins du travail non remplacés… Il est
nécessaire de déchiffrer ces nouvelles situations de travail, de
les lier à des situations personnelles parfois compliquées, pour
comprendre les risques. Sans cela, il n’y aura pas d’efficience à
long terme des actions réalisées et donc toujours des salariés en
souffrance. Forts de ce constat, nous appliquons, en interne, des
méthodes déjà existantes (INRS, CRAM, ARACT) en impliquant
l’ensemble des acteurs locaux intervenants sur le site pour
identifier et mesurer les pistes d'améliorations, selon les trois
contraintes physiques, mentales et psychosociales. Nous sommes
dans une phase de mise en œuvre de la méthodologie tenant compte
de tous les paramètres de «l’humain au travail». Pour ce faire,
le débat d’idées est primordial