De quoi parle-t-on en évoquant le heurt engin-piéton ?

 

Sébastien Marie : L’on parle de collision, de choc direct entre un engin de chantier et un travailleur piéton. Le heurt engin-piéton c’est 10 à 20 accidents graves et mortels par an en France. Grâce aux travaux de l’OPPBTP s’appuyant sur l’analyse de l’accidentologie et de la sinistralité, nous avons pu mettre en lumière certains éléments qu’il faut avoir à l’esprit. 70 % de ces accidents ont lieu dans les Travaux publics, et 30 % dans le Bâtiment. Les gros œuvres sont particulièrement concernés, mais également les lieux de terrassement, de pose de canalisations ou de travaux routiers (près de 50 %, ndlr). L’autre caractéristique de ce risque est qu’il touche tout le monde, toutes les tailles d’entreprises. Il y a même une forte létalité pour les petites entreprises. Et les victimes peuvent être aussi bien très expérimentées que des juniors. Cela interpelle.

 

 

Sommes-nous assez vigilants sur le sujet ?

 

SM : Nous constatons une habituation aux risques, certes. Mais même des entreprises aux environnements et aux pratiques très structurés sont touchées. Dans ce contexte, nous avons lancé avec nos partenaires une grande enquête sur la perception du risque de heurt engin-piéton sur le terrain. Il en ressort principalement de l’inattention, la perte de vigilance, ainsi que des problèmes d’organisation cités par la moitié des répondants. Mais nous sommes loin de mettre trop de pression et de responsabilités sur les épaules des seuls individus. Car quand nous posions la question « êtes-vous assez sensibilisés ? », 85 % ont répondu par l’affirmative. Or, en creusant, nous avons constaté que seulement 40 % des entreprises et responsables avaient une formation pour l’obtention du Caces, quand un pourcentage encore moindre nous parlait de briefings réguliers (15%). Et à peine 10 % organisaient des ateliers « Angles morts » en interne.

 

 

Quel est alors l’objet de cette nouvelle campagne ? 

 

SM : Notre intime conviction est qu’un chantier bien organisé, comme une partition bien écrite, se joue sans couac. L’essence de cette campagne est d’actionner un levier de prise de conscience par des rappels. C’est au préventeur de rabâcher et rabâcher les risques pour améliorer et encourager une meilleure organisation des chantiers.

 

Julien Asselin : Au regard de ce risque majeur, il fallait mettre en place une campagne très forte orientée autour de la prise conscience. Le heurt engin-piéton n’est pas un petit risque qui occasionne de la bobologie.

 

 

En quoi consiste-t-elle ?

 

JA : La campagne est pensée sur plusieurs plans. De la communication classique à l’aide d’affiches et visuels pour marquer les esprits (« Le chantier n’est pas un crash test », ndlr). Nous voulons rappeler qu’avec les engins de chantier nous n’avons pas le droit à l’erreur. Le volet sensibilisation sera permis grâce à des webinaires. Le premier dissociant la partie Travaux publics et Bâtiment pour que les entreprises se reconnaissent visuellement dans leurs environnements de travail. Le deuxième pour lister et recommander 15 pratiques d’excellence pour des chantiers plus sûrs. Ce guide est l’élément socle de cette campagne à destination de toutes les entreprises. Nous organiserons également des événements avec nos partenaires et les services de santé au travail, ainsi qu’un challenge national pour inciter les entreprises à réaliser des « Quarts d’heure sécurité » en interne. Les entreprises engagées auront la possibilité d’obtenir une attestation officielle de l’OPPBTP indiquant le nombre de compagnons sensibilisés. Voilà notre objectif : créer de l’émulation autour de la prise de conscience d’un risque majeur mais sous-estimé. 

 

 

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