La CARSAT Bretagne succède à la CRAM de Bretagne depuis le
1er juillet 2010, avec les mêmes prérogatives et champs d’actions
: retraites (40% de l’effectif), action sociale et risques
professionnels. Elle compte 900 agents, dont une centaine
affectée au champ des risques professionnels et est au service de
830 000 assurés du régime général, employés dans plus de 110 000
établissements.
Thierry BALANNEC, Ingénieur Conseil Régional, revient sur les
chiffres en demi-teinte des accidents du travail et maladies
professionnelles pour l’année 2009 et les axes d’actions
prioritaires du réseau Prévention. Dans ce contexte, l’édition
rennaise de Prévent’Ouest, en mai 2011, que la CARSAT Bretagne
co-organise aux côtés des CARSAT Pays de Loire et Normandie, de
l’INRS et de Communica, s’annonce comme un challenge : celui de
réunir l’ensemble des réseaux régionaux autour de la question
cruciale des risques professionnels et de santé au travail et
prendre les engagements nécessaires pour enfin réduire la
sinistralité professionnelle en Bretagne.
Vous avez annoncé, avec Mme Palmier, Directrice de la Carsat
Bretagne, le 3 novembre, les dernières statistiques Accidents du
Travail et Maladies Professionnelles en Bretagne et celles-ci
apparaissent médiocres. Pouvez-vous nous en parler ?
De part notre position d’assureur social, nous gérons une base de
données "employeurs". Ainsi, nous avons à disposition des données
que nous consolidons pour établir, chaque année, des statistiques
précises d’accidents du travail et de maladies professionnelles.
Nous présentons ces chiffres à l’automne et, en effet, ceux de
l’année 2009 ne sont pas bons.
En ce qui concerne les accidents du travail, la Bretagne se place
au 2e ou 3e rang des régions les plus sinistrées depuis une
20aine d’années. Chaque indicateur montre que nous sommes 15 à
20% au dessus des statistiques nationales, tous secteurs
d’activités confondus. Aucun élément précis ne semble pouvoir
expliquer à lui seul une telle situation et une étude, qui
pourrait associer des universitaires et des sociologues, est
envisagée pour tenter d’apporter des éléments de réponse.
Quand aux maladies professionnelles indemnisées, la Bretagne
totalise 10% du volume total national, pour seulement 5% du
volume de salariés. 90% de celles-ci sont des TMS (contre 80 % en
moyenne nationale). L’importance de l’industrie agro-alimentaire
dans la région et l’extrême sensibilisation des acteurs de la
filière à ces pathologies expliquent en partie ces mauvais
chiffres (40% des TMS indemnisés).
Les entreprises bretonnes ont indéniablement un vrai défi à
relever dans les prochaines années pour inverser la tendance.
Mais si la situation n’est pas enviable, il faut néanmoins
souligner les efforts importants réalisés depuis plusieurs années
par bon nombre d'entreprises de la région en matière de
prévention, avec de vrais résultats. Il faut amplifier le
mouvement.
La réforme de la tarification, abordée également durant
votre conférence de presse, va-t-elle avoir une incidence sur les
statistiques AT/MP ou poser des difficultés aux employeurs
?
Cette réforme n'apportera l'intégralité de ces effets qu’à partir
de 2014. D’ici là, les données vont être enregistrées et les
offres de service aux employeurs, pour une meilleure maîtrise de
leurs coûts, vont être multipliées. Il ne faut pas croire que
cette réforme va complètement révolutionner le système.
Concrètement, les modifications vont nous permettre de gagner en
réactivité : des coûts forfaitaires seront appliqués en fonction
de la durée de l’arrêt de travail ; le mode de calcul sera
simplifié et plus lisible pour les employeurs (le système restant
globalement équilibré). Ces changements, synonymes de
simplification de la gestion et de plus grande transparence, ne
coûteront pas plus cher aux employeurs et n’auront pas
d’incidences sur le calcul des statistiques AT/MP.
A ce propos, quels sont vos axes de travail prioritaires
?
La question est vaste. En premier lieu, il faut préciser que la
logique de réseau nationale est beaucoup plus affirmée depuis
deux ans ; nous travaillons sur un ensemble de mesures communes à
l’ensemble des CARSAT. Ces plans d’actions coordonnées portent
sur quatre familles de risques (risques routiers, cancers
professionnels, TMS et risques psycho-sociaux) et trois secteurs
d’activités (BTP, Grande Distribution et Intérim).
En complément, la CARSAT Bretagne développe un ensemble d’actions
adaptées à ses spécificités régionales. Un travail de fond est
par exemple engagé avec les administrateurs et membres de CTR de
la Carsat, ainsi qu'avec des partenaires régionaux dans des
domaines précis : l’industrie agro-alimentaire, le secteur de
l'aide à domicile, la conception des lieux de travail et des
équipements de production.
Ces plans se traduisent par des actions directes en entreprises
et des démarches de capitalisation des données, en collaboration
avec la CNAMTS et l’INRS. Le fond documentaire (études,
synthèses, statistiques, dossiers méthodologiques) que nous
mettons à disposition des entreprises entre tout à fait dans le
cadre de notre mission d'information-formation et de vecteur de
communication. C’est essentiel pour faire avancer la prévention.
Prévent’Ouest 2011 aura lieu à Rennes dans quelques mois.
Dans quelle mesure la manifestation, que vous co-organisez,
sera-t-elle le relais de ces actions ?
Prévent'Ouest est événement majeur de la prévention dans le
Grand-Ouest et le point d’orgue de notre communication envers les
entreprises, que nous ne pouvons pas toutes rencontrer chaque
année (moins de 5 % d'entre elles sont visitées chaque année par
nos équipes). Le Congrès/Salon a l'ambition de réunir l’ensemble
des acteurs de la santé au travail en un même lieu et nous donne
l’occasion d’expliquer nos démarches à ceux qui ne nous
connaissent pas encore très bien ou ne sont pas acquis aux
questions de prévention. Prévent'Ouest permet de créer du lien
entre les entreprises, les préventeurs, les médecins du travail,
les pouvoirs publics, les partenaires sociaux et plus globalement
les acteurs socio-économiques clés de l'inter-région. Ce travail
en réseau est, à mon sens, la principale voie de progrès que nous
souhaitons acter lors de l'édition 2011. Seul, nous passons à
côté des choses ! Ainsi, portés par une volonté de mutualisation
des compétences, nous avons décidé pour la 1ère fois d'unir nos
efforts à 4 : Carsat Bretagne, Carsat Pays de la Loire, Carsat
Normandie et INRS. Ensemble, nous allons rechercher des angles de
réflexion nouveaux. Nous recherchons un nouveau souffle de
mobilisation régionale et nous espérons que Prévent'Ouest 2011
illustrera cette volonté. Car, au delà de l’événement lui même,
nous souhaitons que Prévent'Ouest soit un carrefour d’idées, un
point de convergence de l’ensemble des acteurs de la prévention.
L’amélioration de la qualité de vie au travail et la réduction de
la pénibilité
passent par la pluridisciplinarité de compétences et l’expression
soutenue de tous, y compris des partenaires sociaux que nous
allons largement inviter dans le débat. Prévent'Ouest 2011
s’annonce d’ores et déjà comme un grand rendez-vous !