Le 19e Congrès mondial sur la sécurité et la santé au travail –
le plus vaste rassemblement mondial d'experts de la santé et de la sécurité au
travail (SST) – s’est ouvert le 11 septembre à Istanbul.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’actualité, teintée
d’incertitudes économiques, s’est invitée dans les débats. Preuve
en est le message du propos introductif d’Assane Diop, directeur
de la protection sociale à l'Organisation internationale du
travail (OIT), organisateur de l’événement : « Il est
inacceptable que la croissance économique et le développement
puissent amener la résignation concernant la sécurité et la santé
au travail, nous ne devons pas baisser la garde ».
Les quelques 3000 experts, chercheurs, représentants de
gouvernements, organisations patronales et syndicales, réunis
dans la capitale turque, se sont donné pour objectif d’observer
les dernières tendances et enjeux de la santé et sécurité au
travail et de poursuivre les engagements pris à Séoul en 2008
(18e Congrès). Parmi ceux-ci la reconnaissance d’un milieu de
travail sûr et salubre comme droit humain fondamental.
Mais la crise économique qui a éclaté depuis cette date ne
facilite pas les choses.
Des chiffres qui font peur :
Chaque année, on dénombre :
- 6 300 décès liés au travail,
- 317 millions de travailleurs blessés (soit 850 000 accidents de travail par jour entraînant un arrêt de 4 jours ou plus).
L’OIT, dans son rapport présenté lors du Congrès révèle que
certes les accidents du travail diminuent, mais les maladies
professionnelles mortelles sont en constante augmentation. Sur la
période 2003 - 2008 :
- le nombre d’accidents mortels a baissé de 358 000 à
321 000 cas,
- le nombre des maladies mortelles est passé de 1,95 million à
2,02 millions.
Prévenir coûte moins cher que guérir
Si d’importants progrès ont été réalisés en matière de SST au
cours des dernières décennies, le rapport de l’OIT observe que «
la récession économique mondiale a eu un impact considérable sur
la santé et la sécurité des travailleurs et sur leurs conditions
de travail. S'il est trop tôt pour dire quels seront ses effets à
long terme sur la fréquence des accidents et des maladies, les
faits montrent que certains des progrès récents en terme de
promotion de la SST sont anéantis parce que les entreprises
luttent pour préserver leur productivité ».
Or, dans un contexte économique difficile pour les entreprises, les AT/MP coûtent plus cher que la prévention. C’est ce que révèle une étude pilote, menée par l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS) et présentée le 12 septembre à Istanbul : « l’investissement dans la sécurité et la santé joue un ‘rôle déterminant’ dans les performances économiques ». « Le ratio coût-bénéfices des investissements dans la prévention peut atteindre 2,2, voire plus pour les mesures directes comme les investissements dans les examens médicaux préventifs et les programmes de formation à la sécurité. » La Turquie, pays hébergeur, s’est par la voix de son premier ministre Recep Tayyip Erdogan, associée à ce constat en déclarant : « Notre objectif est d'être dans les dix premières économies du monde, nous avons créé 1,5 million d'emplois en un an, et nous devons considérer la sécurité et la santé au travail comme un outil pour la productivité, un atout pour l'économie. »
En savoir plus :
- Le rapport de l’AISS : http://www.issa.int/fre/Breves-et-evenements/News2/L-investissement-dans-la-securite-et-la-sante-joue-un-role-determinant-dans-les-performances-economiques-confirme-une-etude-de-l-AISS
- Site de l’Organisation Internationale du travail : http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/press-and-media-centre/news/WCMS_162659/lang--fr/index.htm