Marc Ventura - : Il y a une très grande souffrance parmi les proches aidants

Il y a une très grande souffrance parmi les proches aidants

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Marc Ventura  -
Marc Ventura
Kinésithérapeute retraité, auteur du livre "Aider les aidants - Prévenir les risques physiques des aidants, assurer la sécurité et le confort des aidés"

Entre 9 et 11 millions de Français apporteraient quotidiennement leur aide à un proche malade ou en perte d’autonomie. Pourtant, un grand nombre n’ont reçu aucune formation sur les gestes ou le matériel utiles, et mettent potentiellement en danger leur santé, ainsi que celle de leur proche aidé. Dans son dernier ouvrage, Marc Ventura essaye de donner des outils pratiques et utiles pour ce public.

De quel constat êtes-vous parti avant de rédiger votre ouvrage ?
Parallèlement à mon activité de kinésithérapeute, j’ai été amené à faire des formations auprès de divers organismes pour la prévention des risques liés à l’activité physique dans le secteur sanitaire et médicosocial. Dans ce cadre, j’ai pu rencontrer différents aidants et constater un gros manque de formation, en particulier pour les aidants familiaux. Pour les professionnels, des formations sont prévues dans le cadre du contrat avec l’employeur, car celui-ci est tenu d’assurer la sécurité de son personnel. Mais pour les proches aidants, rien n’est prévu, et il y a une très grande souffrance. Celle-ci intervient à différents niveaux, mais je me suis surtout intéressé à la détresse physique. Il y a une grande ignorance sur toutes les possibilités offertes en termes d’aide, de matériel, etc. à leur disposition. Cette situation engendre notamment des TMS chez les proches aidants, mais nuit aussi à la sécurité de l’aidé. Une personne âgée qui s’occupe de son compagnon ou de sa compagne par exemple peut entrainer des situations très complexes.

Comment mieux protéger aidants et aidés ?
Une meilleure protection, c’est d’abord le bon geste, ensuite le matériel. Mais avant tout cela, il y a une chose importante : l’évaluation. Le grand problème des proches aidants, c’est qu’ils ont une relation très proche avec la personne aidée. Donc ils sont dans le don, et parfois un peu dans l’oubli de soi. Or, il faut savoir ce qu’ils sont capables de faire sans danger. Ce dont ils ne sont pas capables, il faut le déléguer à des professionnels. Mais beaucoup d’aidants familiaux ont du mal à faire cela, puisqu’ils ont un peu l’impression d’abandonner quelqu’un lorsqu’ils délèguent. Pourtant, c’est important de le faire pour préserver la sécurité de l’aidé et leur propre santé.
Il y a bien sûr des impacts psychologiques, mais je ne traite que des risques physiques dans mon ouvrage. Je voulais un petit livre simple, facile, pratique et accessible. C’est pourquoi nous avons fait appel à des illustrateurs pour montrer les bons gestes. Il était absolument indispensable que ce soit le plus clair possible. Ensuite, comme je l’évoquais, le matériel est très important. Par exemple, je constate souvent des fauteuils, notamment des fauteuils roulants, inadaptés. Souvent, celui-ci est prescrit donc on prend le premier qui passe. Mais un fauteuil, c’est comme une chaussure : celui-ci doit être « à la bonne pointure », il doit être adapté à la personne pour des raisons de confort et de sécurité et demande une attention particulière.
Ensuite, il faut simplifier les formations. La formation PRAP pour les professionnels est déjà relativement compliquée pour certains. Je suis pour une formation vraiment pratique. Mais pour les proches aidants, je pense qu’une formation de deux demi-journées permettrait déjà de bien avancer.

Quelle suite envisagez-vous ?
Pour ma part, j’ai 69 ans, donc je ne vais pas me lancer dans une grande entreprise. Mais je veux bien être là en support et mettre à disposition mon savoir. L’idéal serait d’accompagner l’ouvrage de vidéos pour une meilleure illustration des gestes. Maintenant, c’est aux associations de prendre le relai et de lancer des initiatives.