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L’alcoolodépendance n’est pas une fatalité

Bien que cette pathologie existe depuis des années, les tenants et aboutissants de l’alcoolodépendance peinent à être connus et maîtrisés. Comment établir qu’une personne est dépendante ? Comment la soigner ? Comment les entreprises peuvent-elles appréhender ces addictions à l’alcool ? Pierre Veissiere, psychosociologue membre de la Société française d’alcoologie, nous éclaire.


Comment réagir si l’on suspecte un problème d’alcool chez un collègue ou un salarié ?
Tout d’abord, ne pas se voiler la face et réagir. Une récente étude de l’INPES a mis en avant que 20 à 30% des accidents du travail seraient dus à l’abus d’alcool ou de drogues.
Quelqu’un qui consomme de l’alcool en quantité excessive est un individu en souffrance. Si on ne l’aide pas, cette souffrance ne fera que croître, pour entraîner irrémédiablement la personne vers une série de catastrophes, tant au niveau professionnel que personnel.
Si l’on s’aperçoit que son collègue a un problème d’alcool, il ne faut pas avoir peur de lui en parler, avec bienveillance et affection, sans a priori, pour l’inciter à consulter le médecin du travail ou son médecin traitant.
Lorsque l’on est employeur, interviennent les questions de lois, de dangerosité pour le salarié et ses collègues et d’efficacité au travail.
Sur ce constat, et toujours dans une attitude d’écoute, la perspective de sanction n’a pas à être éludée, et fait partie des conséquences à évoquer. L’important est d’arriver à un déclic pour la personne qui a un problème de boisson : qu’elle puisse consulter, et se faire aider.

Quand on a un problème d’alcool, c’est irrémédiable ?
Pour vous répondre, je vais distinguer deux profils de personnes en difficulté avec l’alcool : le buveur excessif et l’alcoolodépendant. C’est lors d’un entretien entre le médecin et le salarié que le diagnostic va pouvoir être posé.
Pour le buveur excessif, de simples mesures d’hygiène alimentaire et un soutien psychologique ponctuel vont probablement suffire à résoudre la difficulté.
Pour s’en sortir, l’alcoolodépendant va devoir s’engager dans un cheminement long,  pas toujours facile mais qui va lui retirer tout de suite un grand poids, avec l’espoir, réaliste, d’une vie nettement meilleure qu’actuellement.
On peut décider d’y aller seul, mais on a beaucoup plus de chances de réussir si l’on est accompagné. Cet accompagnement va se faire au travers des structures de soins notamment. En complément, j’encourage fortement les malades alcooliques à intégrer un groupe d’entraide, qui va permettre de partager, de s’exprimer, et progresser ensemble, sans se sentir jugé.

Comment savoir si quelqu’un est alcoolodépendant et comment le devient-on ?
Quelques chiffres pour souligner l’importance du phénomène. En France chaque année 45 000 personnes meurent à cause de l’alcool : maladie, accident de la route, suicide… On estime que 4 à 5 millions de personnes ont un problème avec l’alcool, et 1,5 millions sont dépendants.
C’est vous dire combien ce problème de santé publique est considérable. Pourtant ni le buveur ni la société ne perçoivent ce risque.
Pourquoi devient-on alcoolodépendant, on ne le sait pas vraiment. Sur 10 personnes qui « rencontrent » l’alcool, 9 n’auront pas de problème, et 1 deviendra alcoolodépendante. On retrouve certains facteurs communs chez ces personnes : dérèglement des processus neurologiques liés à la récompense et à la satiété, vulnérabilité psychologique, causes héréditaires… mais aucune étude scientifique n’a donné de résultats probants pour déterminer une cause bien nette. Une seule certitude : il n’y a pas de retour en arrière possible, la dépendance à l’alcool est immuable.
En revanche, il y a de l’espoir : on peut se soigner et bien vivre sans alcool.

Justement, comment, dans les entreprises aider les personnes qui sont alcoolodépendantes ?
C’est un véritable changement de culture qu’il faut opérer. Sachant que la dépendance ne guérira jamais, il faut juste accepter leur particularité : éviter tout contact avec l’alcool. A part cela, les nouveaux abstinents ne sont pas des êtres tristes, sans volonté, « à fuir », ce sont juste des gens comme vous et moi, qui ont besoin d’être considérés et intégrés comme les autres. Par exemple le pot d’entreprise est un moment typique de convivialité. S’il n’y a que champagne ou eau plate, comment ne pas se sentir exclu ? Pour retrouver ce plaisir du partage, proposons des boissons sans alcool, colorées et festives, donnons des solutions alternatives gaies à l’alcool !

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