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L'EC3, la task force européenne de lutte contre la cybercriminalité

Michel Quillé dirige le Département des Opérations d'Europol, l'Agence Européenne de Police basée à La Haye. Il était le 8 avril à Casablanca pour le premier rendez-vous international du Forum TAC (Technology Against Crime) consacré aux nouveaux enjeux mondiaux de la sécurité, dans le cadre de Préventica Maroc. En exclusivité pour Préventica, Michel Quillé détaille la stratégie mise en place par Europol pour mieux lutter contre la cybercriminalité

Quelles sont les missions d'Europol dans le domaine de la cybercriminalité ?
Début 2013, la commission européenne a demandé à Europol de créer l'EC3, L'European Cybercrime Center. Face à la montée en puissance très forte des phénomènes criminels sur internet, l'objectif est de donner plus de ressources, plus de cohérence et plus de visibilité à la politique européenne de cyberdéfense.
Notre action se focalise sur trois domaines prioritaires : la pédopornographie via internet, la fraude aux cartes de crédit et comptes bancaires et les intrusions dans les systèmes d'informations.
Le cybercrime modifie complètement les paramètres du travail policier classique, notamment en ce qui concerne l'administration de la preuve. Nous avons donc modifié nos méthodes de travail pour apporter une réponse adaptée à ces nouvelles formes de délinquance.

Quels moyens particuliers avez-vous développés dans le cadre de vos enquêtes ?
La lutte contre la cybercriminalité implique d'avoir une grande ouverture.
Ouverture sur le monde car le cybercrime n'a pas de frontières, ce qui nécessite d'ouvrir des coopérations à l'international. Interpol va très prochainement ouvrir son centre mondial de lutte contre la cybercriminalité à Singapour, nous serons bien évidemment en connexion étroite avec leurs équipes pour coordonner les efforts, échanger les informations, mutualiser les moyens sur nos enquêtes respectives.
Egalement ouverture sur le secteur privé. D'une part parce que les grands opérateurs privés de l'internet sont victimes ou supports de la cybercriminalité, d'autre part parce que ces opérateurs travaillent de manière permanente à améliorer les techniques de sécurité et de détection des fraudes. Nous avons donc tous intérêt à mettre nos compétences en commun pour accroître notre efficacité. 
Nous venons d'ailleurs d'inaugurer en octobre le Cyberlab dans lequel travaillent des experts extrêmement pointus de tout ce qui touche à l'internet. A l'égal de la politique scientifique et technique dans le monde "réel", ces experts doivent être capables de retrouver des preuves que les cybercriminels mettent à l'abri de dispositifs de sécurité très sophistiqués. Nous nous devons d'être un référent en matière de technicité pour l'ensemble des polices européennes.

Au-delà du travail d'enquête, vous avez un rôle de veille au service des forces de police des états membres ?
Tout à fait, la capacité à partager l'information est essentielle pour endiguer les phénomènes de cybercriminalité. Nous jouons un rôle de vigie et de courroie de transmission pour l'ensemble des forces de police. Par exemple, si une cyberfraude à la carte bancaire est détectée en Allemagne et qu'elle est susceptible d'affecter la France, nous alerterons immédiatement la France. Par ailleurs, dès qu'une nouvelle technique de fraude ou de piratage se révèle, nous adressons une note d'alerte à tous les services de police. De la même façon, nous développons le partage des bonnes pratiques en matière de cybersécurité, notamment pour les pays les plus novices dans ce domaine. Enfin, nous organisons des sessions de formation destinées aux policiers des états membres afin de les faire bénéficier de notre expertise. L'objectif est que les pays de l'Union européenne puissent, avec notre appui, mieux se protéger contre la cyberdélinquance.

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