Monique Pierson - : Le confinement a été une expérience positive pour le management

Le confinement a été une expérience positive pour le management

management-sst - Organisation du travail
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08/09/2020 - Magali Rossignol
Monique Pierson -
Monique Pierson
consultante en management

Le confinement a bouleversé à marche forcée les pratiques de management. Monique Pierson est convaincue que cette expérience est une opportunité pour les entreprises de mettre en œuvre un mode de management plus responsable et plus performant.

En quoi le confinement a-t-il changé notre rapport au travail ?
Autant pour les managers que les collaborateurs, le confinement et l’expérience du télétravail nous ont amenés à réfléchir sur notre relation au travail et sur ce que nous en attendions. Le fait, pour certains, d’être privés de travail durant plusieurs semaines les a fait prendre conscience de leurs attentes de sens par rapport à ce qui occupe une grande partie de nos journées. Beaucoup sont sortis du confinement avec une revendication claire « Mon travail doit avoir du sens ».
Cette quête de sens avait émergé depuis une petite dizaine d’années avec l’arrivée de nouvelles générations sur le marché du travail. Des jeunes qui ne veulent plus vivre le travail comme uniquement une source de revenus mais qui en attendent une utilité « on travaille pour servir une cause qui nous dépasse, on s’inscrit dans un grand mouvement «. Aujourd’hui, cette recherche de sens dépasse le seul cercle de ces jeunes et il appartient à l’entreprise de répondre à ces nouvelles exigences. Ce point que François Duvergé et moi avions présenté dès 2014 comme l’un des fondamentaux du management dans l’ouvrage « Management : en finir avec les idées reçues » prend toute sa dimension.

Vous défendez l’idée que le confinement est une expérience positive en termes de management, comment ?
Dans l’entreprise, on réfléchit parfois longtemps sur les changements de mode d’organisation avant d’oser les mettre en œuvre. Avec le confinement, on n’a pas eu le temps de réfléchir, il a fallu agir. Ce qui n’était pas possible avant : déléguer, faire confiance, responsabiliser est devenu possible en 48h avec le recours massif au télétravail.
A cette occasion, les salariés ont pris goût à l’autonomie et les managers ont découvert de nouvelles manières de manager. Les petits chefs d’avant le confinement sont restés avec leurs travers mais pour beaucoup, cette situation de travail inédite les a poussés à passer d’un management contrôlant à un management responsabilisant. Les études réalisées à l’issue du confinement ont d’ailleurs montré que cette période avait permis de renforcer les relations de confiance entre managers et managés.
Autre enseignement de cette expérience : l’importance du lien social. L’homme est un animal social et sans relations, il s’étiole. Privé de liens sociaux durant ces semaines de confinement, nous avons dû mettre en place de nouveaux modes de communication avec les réunions zoom ou les points téléphone, l’occasion de rappeler que le lien est essentiel pour faire fonctionner une équipe.

Ces enseignements du confinement vous paraissent-ils désormais ancrés dans les pratiques des entreprises ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Il est certain qu’il faudrait capitaliser sur tout ce que nous avons appris durant cette période, ce regain de confiance, ces nouvelles pratiques de management pour que l’entreprise d’après ne soit pas celle d’avant.
Mais ces bonnes résolutions vont se heurter au mur de la réalité de la crise économique ? Comment les entreprises vont-elles se comporter face à l’environnement économique ? Je n’ai pas encore la réponse.
Le contexte actuel avec les peurs entretenues par les médias est générateur de beaucoup d’anxiété. La priorité pour les managers est d’entendre ces peurs et de calmer le jeu. Après, il faudra tirer les leçons de l’expérience : évaluer ensemble ce qui a fonctionné et ce qui ne l’a pas pour développer un management plus participatif, plus collaboratif, plus épanouissant pour les managers et les collaborateurs.