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Dans la guerre économique, les entreprises françaises sont des cibles vulnérables

Ancien chef de l'Office Central de Répression du Banditisme, Charles Pellegrini sera le Grand Témoin du Dîner des Acteurs de la Sécurité, le 17 juin à Préventica Marseille. Spécialiste de l'intelligence économique et de l'analyse des risques, il nous livre son regard sur la face cachée des stratégies concurrentielles.

Comment définiriez-vous l'intelligence économique ?
Ce que l'on appelle communément intelligence économique recouvre en fait plusieurs réalités.
Le terme français d'intelligence économique vient du terme anglosaxon "intelligence" qui signifie renseignement. Dans les multiples moyens auxquels peut recourir une entreprise pour protéger son patrimoine, certains sont plus ou moins légaux.
Pour moi, la véritable intelligence économique, c'est la face visible de l'iceberg avec la veille  économique, l'analyse stratégique, l'anticipation et l'innovation, ce que l'on appelle dans notre jargon le renseignement ouvert.

Quelle différence alors entre intelligence économique et espionnage industriel ?
A la frontière entre légalité et illégalité, il y a le renseignement gris qui concerne des informations que la veille ne permet pas d’obtenir. On utilise alors des moyens plus « subtils ». Par exemple, dans un cocktail, faire parler un salarié sur les projets de son entreprise, ou s’assurer de la bienveillance d’un parlementaire…
Le stade au dessus, c'est le renseignement pur et dur, recruter un journaliste vénal pour qu'il publie de fausses informations sur un concurrent, utiliser des informations confidentielles sur la vie privée d'une personne pour la faire chanter, se servir des charmes d'une demoiselle pour recueillir quelques confidences sur l'oreiller…
Tout cela n'est pas l'invention d'un scénariste imaginatif mais bien la réalité d'un monde économique de plus en plus dur où tous les coups sont permis.

Les entreprises françaises sont elles bien armées face à l'espionnage industriel ?
Traditionnellement les entreprises françaises qui travaillent dans le secteur de la défense sont rompues à ce genre de pratiques et sont extrêmement vigilantes sur la diffusion d'informations stratégiques. Les grands groupes qui sont victimes de contrefaçons ont mis en place des méthodes inspirées des services de police : pénétration de réseaux, renseignements via des indics, infiltration de containers au port d'Anvers…

Et les plus petites entreprises ?
Nous avons tout un tissu de TPE et PME innovantes qui sont beaucoup moins sensibilisées. Sans parler des sous-traitants et prestataires qui peuvent avoir accès à des documents confidentiels en avant-première : les agences de publicité, les imprimeurs, les entreprises de nettoyage, les prestataires de gardiennage. J'ai connu un balayeur titulaire d'un doctorat en sciences physiques ! Avec le développement des moyens numériques, l'exposition des entreprises est encore plus grande et la cyberdélinquance a pris un essor considérable dans le monde et dans des pays que nous n'arrivons pas à atteindre. Il y a urgence à agir : le pillage de notre capacité d'innovation, c'est la mort de l'économie. C'est donc à l'Etat de prendre le relais pour mieux protéger le patrimoine économique de nos entreprises.

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