Pouvez-vous expliquer ce que sont les mobilités dites « nouvelles » ou « alternatives » ?

Dans le cadre de notre activité, nous parlons de « nouvelles mobilités » ou de micro-mobilité : les vélos, les trottinettes ainsi que la catégorie EDPM. Tout ce qui permet de se déporter de ce que le salarié français typique a l'habitude d'utiliser au quotidien, c'est-à-dire la voiture et les transports en commun. Nous nous adressons aux employeurs bien sûr mais surtout aux collaborateurs car l’enjeu principal est le trajet domicile-travail.


Selon vous, pourquoi ces mobilités intéressent de plus en plus de travailleurs ?

La voiture est de plus en plus délaissée sur ce trajet pour plusieurs raisons : le besoin de décarbonation, le sujet du coût et du pouvoir d'achat, les enjeux géopolitiques ou bien sûr la crise climatique. Les travailleurs français sont amenés à aller chercher autre chose que l’automobile. Le Covid-19 a également été un déclencheur pour notre domaine d’activité même s’il n’a pas mis toute la France à vélo. Attention, nous n’avons rien contre la voiture ou le transport en commun. Nous sommes plutôt pour la multimodalité. Par exemple, beaucoup de nos clients mettent leur vélo ou leur trottinette dans le train ou dans le bus et terminent ensuite leur trajet en micro-mobilité. On remarque aussi, globalement, un sujet de santé physique et mentale autour du transport classique, surtout dans les grandes villes. Les transports en commun bondés ou les retards stressent et fatiguent. Une récente étude a notamment montré que les nouvelles mobilités diminuaient les arrêts maladie. Il y a donc un intérêt pour les collaborateurs comme l’employeur de se mettre au vélo. 


Malgré la prise de conscience, l’emploi de ces mobilités nouvelles ne semble pas être globalisé, notamment dans le monde professionnel…

Nous avons plus de 500 entreprises clientes pour à peu près 150 000 salariés inscrits sur notre service ; avec plus de 60 000 véhicules. Toutes les entreprises ne mettent pas en place de plan vélo pour des raisons aussi bien pratiques qu’économiques ou générationnelles. Alors on fait principalement de l'évangélisation autour de cette nouvelle pratique : clarification sur les dispositifs, les coûts, les bienfaits etc. C’est normal car ce sont de nouvelles habitudes et donc un tout nouveau marché. On connaît le vélo, l’objet, mais moins la mobilité du quotidien à vélo en France. Le changement se fera essentiellement sur la durée et c’est pour cela qu’avec nos partenaires et avec les entreprises, nous discutons surtout avec les collaborateurs.


Comment intégrer les mobilités alternatives dans le fonctionnement de son entreprise ?

Car il y a un gros travail à faire côté utilisateur, l’important est que ce soit le salarié qui choisisse de s'équiper. Il faut donc les convaincre, les rassurer sur les financements et la sécurité que représentent ces nouveaux moyens de déplacement. Nous sommes en contact avec des milliers de travailleurs tous les jours pour les mettre au vélo. Cela peut passer par de la communication interne, des ateliers ou des évènements externes que nous animons, avec tests des véhicules. Il faut rendre le projet vivant, donner du sens à cette démarche. L’employeur, lui, doit se faire accompagner par des professionnels pour connaître tous les détails techniques (prévention et sécurité, accessibilité). L’idée, on le rappelle, notamment via le Forfait mobilité durable, c’est de proposer une deuxième option de déplacement au salarié. Et ça, c’est cadré par la loi et assez simple finalement une fois que l’on a le doigt dans l’engrenage.


Êtes-vous optimistes quant au déploiement de ces mobilités dans le monde du travail ?

Oui je suis confiant. C'est une question de temps et d'habitude. Nous nous projetons davantage sur un changement de paradigme dans les 10, 15, 20 prochaines années. Les mobilités alternatives ne le seront bientôt plus car la dualité auto-transport en commun ne peut plus perdurer. La société évolue. Nous avons encore beaucoup à faire, surtout en termes d’appui public et de prévention, d’évangélisation. Mais le sujet est déjà là et nous aussi, pour longtemps.  

 


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