L’intelligence artificielle est-elle un sujet aujourd’hui pour le monde du travail dans son ensemble ?

Le constat est clair : aujourd'hui, l’IA est utilisée. C'est un fait. Toutefois, cette technologie n’est pas encore réellement pilotée. Dans la grande majorité des cas, en entreprise, les dirigeants se demandent comment l’intégrer dans leur fonctionnement et comment rassurer les équipes dès le lundi matin. Pour faire simple, on sait qu'il faut y aller, mais on ne sait pas toujours comment. Tout le monde n’est pas forcément formé ou sensibilisé sur cet enjeu. 


Vous expliquez que le rôle des managers va être grandement transformé suite à l’arrivée de l’IA…

Le rôle du manager va évoluer. Avant, c'était surtout quelqu'un qui organisait, qui planifiait, qui calculait. Demain, ces tâches seront largement prises en charge par l'IA. Les missions attribuées aux managers et responsables vont donc se déplacer. Celui qui saura piloter l'IA aura un vrai avantage.


Certains travailleurs craignent de ne devenir que des données traitées par l’IA…

Le livre répond à cette problématique, celle du pilotage de l'IA et de ses forces. J’y développe le concept d'intelligence hybride, une nouvelle compétence cognitive, résumée par une équation : IH = IA + IN. Une IA qui exécute, capable d'analyser de gros volumes d'informations, alliée à une intelligence naturelle (certains diraient « humaine ») qui apporte le discernement pour juger de la qualité, de la pertinence d'une idée ou d'une mesure. C'est la complémentarité des deux intelligences qui permet d'être performant et juste. Et, bien sûr, dans le livre j’explique ce qui peut être délégué à l'IA et ce qui ne doit pas l'être pour éviter les risques. Le phénomène d'« AI brain fry », une fatigue mentale liée à l'usage intensif et à la supervision d'outils d'IA, a d'ailleurs été documenté dans la Harvard Business Review.


Les compétences sociales et empathiques de responsables d’entreprise vont donc devenir très importantes ?

Déchargé des tâches répétitives, un manager aura plus de temps pour créer du lien avec ses équipes et devra faire preuve de plus d’empathie dans sa gestion. C’est le cœur de son rôle. Si avec l’IA on gagne du temps, alors l’idée c’est de réorganiser le temps de travail. Après tout, une IA ne remplacera pas l'attention d'un manager aux signaux faibles d'épuisement. Daron Acemoglu, prix Nobel d'économie 2024, a développé  le concept de « technologies médiocres », des outils qui remplacent des tâches sans vraiment améliorer la productivité. Pour éviter cet écueil, le travail doit être réorganisé, repensé par les dirigeants et les DRH. Les gains de l’IA devraient profiter aux salariés ou en tout cas à l'environnement de travail. 


Êtes-vous optimiste quant à notre capacité à intégrer humainement l’IA au travail ?

Ma conviction, c'est que l'IA, aujourd'hui, va devenir incontournable. L'impact sur la compétitivité sera sans précédent. Des métiers vont entièrement se transformer. Mais oui, je suis plutôt optimiste. La plupart des emplois vont évoluer plutôt que disparaître. Je conseillerais de ne pas rester dans la défiance, de comprendre l’intelligence artificielle pour ne pas tomber dans ses pièges. L'acculturation est la responsabilité des dirigeants et des RH. Il faut organiser des formations, des ateliers de sensibilisation pour mener à bien les transformations. L'IA va nous délester de tâches fastidieuses et répétitives et nous permettre de développer des compétences plus humaines.

 


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