Pouvez-vous expliquer ce que sont les conduites addictives ?

Les conduites addictives concernent tout type de substance psychoactive, licite ou illicite. Le tabac par exemple fait 68 000 morts par an. Aujourd’hui, 22 % des adultes dépassent les critères de consommation d’alcool à moindre risque, alors que l’alcool cause 41 000 morts par an. Nous parlons également du cannabis, drogue la plus consommée en France ou encore de la cocaïne, que près d’1,1 million de Français ont consommé au moins une fois en 2025. Mais ce n’est pas tout, des conduites addictives peuvent aussi concerner les écrans (ordinateurs ou smartphones) ou les jeux de hasard. 

 

 

Les addictions sont souvent perçues comme tues ou cachées dans la sphère privée, à tort ?

Ces substances sont consommées dans nos milieux de vie privée, certes, mais également sur le lieu de travail. Car les addictions ne s’arrêtent pas à la porte des entreprises. Au bout d’un moment, même au boulot, il y a un manque. Même si c’est vrai qu’en théorie le milieu professionnel est un facteur protecteur des personnes, il peut aussi constituer un facteur de risque en fonction des secteurs, de la fonction en elle-même ou de l’organisation du travail. Certains métiers encouragent la culture de performance, favorisent le stress. D’autres proposent des conditions difficiles ou des horaires atypiques. Il existe même des professions où les travailleurs vont avoir accès à des substances pouvant entraîner des addictions. Tout le monde est potentiellement concerné par les conduites addictives, d’où l’importance d’une prise de conscience.

 

 

La Charte ESPER a-t-elle été créée dans cette optique ?

L’idée est de mobiliser les employeurs et les hiérarchies sur ce sujet, de leur rappeler qu’ils ont un rôle à jouer. La Charte ESPER inscrit dans ses fondations la sensibilisation au plus haut niveau, l’encouragement à la création d’un projet global et collectif de prévention des conduites addictives. Les signataires s’engagent aussi à instaurer un dialogue sécurisant, à accompagner les travailleurs vulnérables tout en prévenant la désinsertion professionnelle. Depuis 2021, 111 organisations se sont engagées, 45 % provenant du service public et le reste du privé, tous secteurs confondus.

 

 

Vous semblez insister sur le dialogue plutôt que sur la répression ?

L’addiction reste un tabou. Et donc en privé comme au travail, personne n’en parle. Or, si on ne peut pas se parler, on ne peut évoluer soi-même ou faire changer les choses. Le dialogue doit donc être dépassionné. Les employeurs doivent s’emparer du sujet à l’échelle de leur entreprise et de leurs moyens. Mais au moins, ouvrons la discussion.

 

 

Quel intérêt les entreprises ont-elles à signer la charte ?

Les conduites addictives ont un impact sur la santé des collaborateurs, sur la marque employeur et la fidélisation, mais également sur la performance collective. Consommer du cannabis augmente de 60 % le risque d’arrêts maladie courts. Une consommation excessive d’alcool multiplie par deux le risque d’accidents graves. S’emparer de ce sujet, signer la charte, c’est garantir le bon fonctionnement de son organisation, responsabiliser sa structure et interroger nos comportements individuels. La prévention infuse tout aussi bien au travail qu’à la maison. Nous croyons au ruissellement des bonnes pratiques.

 

 

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