Pourquoi alerter sur ce sujet aujourd’hui ?
Il faut le dire, le sujet des morts au travail n’est pas nouveau. La FNATH alerte depuis des années les pouvoirs publics. Des collectifs de familles et proches en colère se sont montés depuis certaines années. Mais l’on constate toutefois une plus grande visibilité aujourd’hui car ces familles endeuillées se manifestent sur les réseaux. Il en résulte une plus grande force de cristallisation.
Comment en sommes-nous arrivés à cette hausse récente des accidents mortels ?
Le message de la FNATH est clair : les pouvoirs publics et politiques font mine de découvrir le problème. Les morts au travail ont toujours existé et elles ont toujours été mises sous le tapis. Rappelons les dispositifs libéraux qui ont réduit les effectifs régulateurs depuis 20 ans, comme les inspecteurs et contrôleurs du travail. Les CHSCT (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ont disparu tandis que la médecine du travail dégringole. On parle de prévention, de QVCT, mais on évite de parler de « santé au travail » alors que c’est l’enjeu fondamental. Les normes faites pour protéger les gens au travail sont considérées comme des obstacles à la production de richesses. Ce qui devait arriver, arrive.
En quoi les jeunes travailleurs ou apprentis sont-ils davantage sujets aux accidents du travail ?
Nous constatons en effet une surmortalité des jeunes. Si vous n’avez pas des gens dédiés à la formation ou à la surveillance des jeunes alors que votre lieu de travail est un chantier ou un atelier potentiellement dangereux, vous avez une catastrophe.
Quelles seraient vos pistes de solutions ?
Cette situation implique de cultiver une autre vision de la santé au travail. Le problème ne se traitera qu’avec un arsenal, une loi cadre et des moyens dédiés. Il faut notamment former des tuteurs formés à la prévention des risques professionnels dans les entreprises pour accompagner les jeunes : il n’existe à l’heure actuelle aucune obligation légale sanctionnée pénalement allant dans ce sens. Interdire certains travaux et certaines tâches aux plus inexpérimentés. Bien sûr, il y a aussi une nécessité d’inclure les sujets de prévention au travail dans les cursus scolaires et professionnalisants pour apprendre à s’en prémunir. En somme, faire germer la culture de prévention avant même l’entrée en poste.
Quel message voudriez-vous transmettre aux nouvelles générations de travailleurs ?
C’est un constat : la sous déclaration des maladies professionnelles et des accidents du travail n’a jamais été aussi haute, alors que la sinistralité augmente. Les accidents au travail sont banalisés depuis la révolution industrielle. C’est un degré de violence. Il faut renverser la charge. La force de travail appartient aux travailleurs : leur corps leur appartient. Ils ne sont pas destinés à être mutilés. Le jour où on aura enseigné ça aux jeunes dans les cours théoriques et pratiques, dans les CAP, BEP ou Bac professionnels, une nouvelle dialectique émergera entre employeurs et salariés. Pourquoi le corps serait sacré pour certaines victimes et pas pour d’autres ? La sanctuarisation du corps doit aussi progresser dans le champ de la santé au travail. Il faut une politique pénale pour la santé au travail ; elle n’existe pas.
En savoir plus :
- Site internet de la FNATH
- « Accidents mortels de jeunes travailleurs : La FNATH appelle à une mobilisation générale », communiqué de la FNATH, juin 2026