Si « l’erreur est humaine » comme le veut le dicton, au travail, elle reste néanmoins source d’anxiété et de contrariété qui dépassent bien souvent la simple individualité.
Qu’est-ce qu’une erreur au travail ?

L’erreur au travail est-elle une faute ?
Dans le monde professionnel, une erreur est souvent perçue avec un angle fataliste. Bien qu’elle soit parfois sans conséquence grave, elle est confondue avec l’échec ou l’absence de compétences. Pourtant, le champ de l’analyse des rapports au travail tend depuis quelques années à diluer l’impact de l’erreur au travail, et de ne pas la corréler systématiquement à la « faute », dont l’imaginaire professionnel est lourd. En effet, la faute est graduée juridiquement et avant tout liée à des procédures. Autre caractère à appuyer, l’erreur est involontaire, quand la faute demeure une transgression volontaire. Ainsi, le point de vue choisi pour appréhender une erreur d’un travailleur peut avoir des répercussions bien différentes dans son traitement.
En entreprise, quels facteurs poussent à l’erreur ?
Si certains secteurs se distinguent dans ce domaine, comme le BTP, la logistique, le transport ou l’industrie manufacturière, c’est tout simplement parce qu’ils concentrent bon nombre de facteurs qui peuvent pousser à l’erreur au travail. Nous parlons-là d’horaires contraignants encourageant la fatigue, du grand volume d’éléments à traiter et anticiper, des taches répétitives, du découpage des responsabilités et des interdépendances, tout comme de la fiabilité ou non des équipements. Mais un autre élément pouvant pousser à l’erreur est encore trop sous-estimé : la peur de l’erreur elle-même ! En effet, selon une étude Indeed réalisée en 2019 sur le stress au travail, 46 % des répondants disaient avoir déjà pris « des décisions professionnelles qu’ils ont regrettées » à cause du stress. Cela a de quoi interroger sur les responsabilités des erreurs au travail.
Erreurs au travail : à qui les fautes ?

Derrière l’erreur au travail, la défaillance organisationnelle
Pour alléger la charge du terme « erreur », il faut également rappeler que les facteurs d’un manquement sont nombreux. Si, comme nous l’avons précisé en amont, celui-ci peut découler d’éléments externes et indépendants du salarié concerné (problème technique, accident etc.), il peut aussi être dû à une défaillance de l’entreprise elle-même. L’erreur peut être due à un manque de clarté des consignes, un manque de communication ou d’anticipation de la hiérarchie, comme à la nature exigeante ou flexible/imprévisible d’un poste de travail. Dans ces conditions, même une erreur individuelle peut avoir une origine systémique.
La peur de l’erreur : le tabou contre-productif au travail
Cette donnée est précisément ignorée dans bon nombre d’organisations. Or, les études montrent que 75 % des travailleurs se sentent excessivement sanctionnés lorsqu’ils commettent une erreur. Selon le baromètre national de la Symétrie des Attentions en 2023, 48% des collaborateurs estimaient qu’au sein de leur entreprise, le droit à l’erreur n’était pas reconnu. Voilà pourquoi si peu de collaborateurs osent révéler une erreur sur le terrain. D’abord parce que l’erreur représente une déviation de ce qui est attendu, une divergence par rapport à une norme. Une entreprise existe pour servir des clients, des actionnaires, alors il est très difficile de se sentir en dehors des rails. Viennent ensuite la crainte de conséquences professionnelles et personnelles, la peur du jugement des pairs ou de la stigmatisation au sein du groupe. Enfin, des décennies d’idéologies managériales strictes et « d’infaillibilité » des dirigeants ont imposé l’idée que l’absence d’erreur valait certificat de compétences.
L’erreur au travail : levier de prévention et d’apprentissage

Savoir faire un constat d’échec
Oui, tout le monde fait des erreurs dans son travail. Selon une étude réalisée à l’Université d’Hawaï, après analyse de centaines de millions de feuilles Excel utilisées en entreprise : 80 % contenaient des erreurs. Et non, tout ne s’effondre pas au moment d’une erreur. Au contraire, cette dernière sera plutôt une chance d’apprendre et d’évoluer. Mais pour cela, il faut avant tout savoir faire un constat d’échec froid ainsi que savoir en tirer des enseignements. C’est notamment le rôle des managers et responsables d’entreprises : un feeback constructif et réciproque. Toutefois, un organisme extérieur peut être mandaté pour effectuer un audit organisationnel et mettre en lumière certaines défaillances internes.
Vers la transformation du rapport au travail
Néanmoins, l’objectif ne doit pas être de chercher la petite bête. Viser la perfection peut être contreproductif pour la pérennité de l’activité, même si cela semble contre intuitif. En effet, certaines études révèlent que cela est mauvais pour la santé mentale, vous exposant ainsi davantage aux risques de burnout, d’absentéisme… mais aussi d’erreurs. C’est plutôt la perception, l’accueil et la transformation de l’erreur qu’il faut calibrer. Les organisations ont tout intérêt à proposer un véritable « droit à l’erreur », de miser sur un apprentissage comme prévention plutôt que par les sanctions. Pour cela, n’accablez pas le collaborateur concerné lorsqu’une erreur est constatée, concentrez-vous sur les faits et – si cela est possible - laissez les membres de l’équipe tenter de résoudre le problème par eux-mêmes. Si besoin, transmettez votre feedback à votre salarié. Rien de tel pour montrer qu’une entreprise est un lieu de confiance. Ce nouveau paradigme peut s’avérer crucial pour la productivité et le bien-être des travailleurs. En acceptant l’erreur, la fidélisation des équipes et accrue, la marque employeur valorisée. Tout ce que les nouvelles générations, très sensibles à ces nouvelles questions, attendent du monde du travail aujourd’hui.
En savoir plus :
- « Comment prévenir et éviter les erreurs au travail ? », article Preventica, 2023
- « Santé & Sécurité au travail : Quid du droit à l’erreur ? », replay Webinaire Preventica, 2024
- « Erreurs : causes, conséquences et modes de gestion en santé et sécurité au travail », livre ressources INRS, 2021