À la suite des événements de Fukushima, l’Autorité de sûreté
nucléaire (ASN) a été mandatée par le premier ministre, François
Fillon pour réaliser un audit de l’ensemble des 150 installations
nucléaires françaises (cf. article sur préventica.com
« Audit de
sûreté des installations nucléaires : le cahier des charges
est prêt ») : 58 réacteurs à eau pressurisée, des
installations de recherche et des usines de retraitement du
combustible (parmi lesquelles l'usine de traitement des
combustibles usés de La Hague, dans la Manche ou celle de Melox,
dans le Gard, fabriquant du combustible recyclé MOX, destiné à
alimenter les réacteurs à eau légère de différents pays), sans
oublier le réacteur EPR en construction. De son côté, le Conseil
Européen a exigé la tenue de tests de résistance
(« stress-tests ») afin de se faire une idée de la
capacité de résistance des centrales européennes (143 réacteurs)
aux phénomènes naturels plus ou moins extrêmes. Dans ce cadre,
elle a donc demandé aux exploitants d’engager une démarche
d’évaluation complémentaire de sécurité sur l’ensemble de leurs
sites.
L’heure est à l’analyse des premiers résultats
Fin septembre, soit quelques jours après les événements du centre
de traitement des déchets nucléaires de Marcoule, l’ASN a reçu
les premiers rapports contenant les conclusions des évaluations
complémentaires. Ces dernières concernent pour le moment 80
installations jugées prioritaires. L'ASN et son partenaire
technique l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté
nucléaire) devraient rendre leurs conclusions à la fin de
l’année, après analyse des rapports des 38 inspections
commandées.
Concernant les 70 installations restantes, les exploitants ont un
an supplémentaire pour rédiger leurs rapports (15 septembre
2012).
Les exploitants devaient produire pour le 1er juin 2011, des
notes présentant la méthodologie retenue pour les évaluations,
qui ont été examinées par l’ASN. Elle juge satisfaisantes ces
« démarches méthodologiques » destinées aux
évaluations et concernant l'état des installations, la
robustesse face aux risques d'inondations, le cumul
séisme-inondations ou la gestion des accidents graves.
L’ASN a, par ailleurs, demandé l’examen complémentaire des
conséquences d'une éventuelle rupture des digues du grand canal
d'Alsace, près de la centrale de Fessenheim (68), des digues du
canal de Donzère dans la Drôme et du canal de Provence dans les
Bouches-du-Rhône.
Satisfaction de l’ASN et des exploitants
Si l’ASN est plutôt satisfaite des premiers résultats, il en va
de même pour les exploitants de ces sites sensibles.
EDF, Areva et le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) pour les
principaux, se sont déclarés contents des résultats des études
menées. D’après EDF, les centrales paraissent robustes, les
moyens de secours en cas de perte totale et cumulée des sources
électriques et de refroidissement sont performants. Un
accident du type Fukushima semble, selon les intéressés, à
exclure en France.
Même constat pour Areva. Le groupe estime qu'il n’y a pas
« de risques de nature nouvelle par rapport à ceux déjà pris
en compte à la conception » de l'usine de traitement des
combustibles usés de La Hague.
Réflexion sur de nouvelles procédures
Néanmoins, EDF propose l’installation de systèmes complémentaires pour se prémunir des conséquences dramatiques d’un, peu probable, scénario à la japonaise : installation de pompes autonomes pour garantir la présence d'une source de refroidissement au sein du réacteur, installation sur chaque site d'un groupe électrogène dit « d'ultime secours », création d'une force d'intervention nucléaire rapide…
L’audit, les récentes polémiques autour du réacteur EPR de
Flamanville ainsi que l’accident de Marcoule, ont également eu le
mérite de mettre l’accent sur les aspects socio-organisationnels
et humains du nucléaire français. Au premier plan des
préoccupations, les dérives du recours à « la sous-traitance
en cascade ». En effet, la sous-traitance par les
sous-traitants eux-mêmes, de l’exécution de certaines tâches
sensibles demandant un haut niveau de technicité et de contrôle,
peut entraîner une démultiplication des risques.
Une réflexion a été portée sur la formation des employés et la
transparence des process garants d’un accroissement de la sûreté
des sites, mais aussi d’un meilleur respect de la sécurité des
personnels.
Point de vue non partagé par les associations anti-nucléaires
Ces dernières dénoncent notamment le manque de partialité des
stress-tests. « Aucune crédibilité ne peut être accordée à
l'autoévaluation de ses activités par une entreprise commerciale,
qui n'a donc aucune envie de voir ses installations mises à
l'arrêt », explique l'ONG Observatoire du Nucléaire.
Par ailleurs, la centrale de Fessenheim, doyenne des
installations françaises, inquiète. Ses détracteurs, qui ont
encore manifesté il y a quelques jours dénoncent une vétusté des
installations, le risque d'inondation, de séisme et de pollution
à grande échelle avec la proximité du grand canal d'Alsace, une
dalle béton (sur ce ravier repose le réacteur nº 1) en demande de
consolidation...
L'Autorité de sûreté nucléaire assure que le processus de retour
d’expérience approfondie de l’accident de Fukushima est engagé et
s’étalera sur plusieurs années.
Dans le même temps, le ministre de l’Énergie Éric Besson a
déclaré il y a quelques jours que le gouvernement réfléchit
d’ores et déjà au scénario d'une réduction à 50 % de la part
du nucléaire dans la production d'énergie en France pour 2025.
Pour en savoir plus :
http://www.asn.fr/index.php/S-informer/Actualites/2011/Evaluations-complementaires-de-surete-ECS-Dossier-de-presse-du-14-septembre-2011