Christian Viguié - Delta Drone : Il faut désacraliser l’univers du drone

Il faut désacraliser l’univers du drone

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09/12/2020 - Magali Rossignol
Christian Viguié - Delta Drone
Christian Viguié
PDG
Delta Drone

La proposition de loi relative à la sécurité globale prévoit notamment d’introduire la possibilité d’effectuer des prises de vue aérienne par drone à des fins de maintien de l’ordre. Une mesure vivement critiquée par certains acteurs, mais à nuancer selon l’un des leaders français du drône.

Selon vous, pourquoi l’utilisation des drones inquiète-t-elle encore le grand public ?
Il existe tout d’abord une grande confusion entre le monde du loisir, le secteur professionnel et le domaine militaire lorsqu’il est question de drones. Cela crée l’illusion qu’un drone peut tout faire, et cela très facilement. Pour le profane, ça a donc quelque chose de fascinant, mais cela éveille aussi des fantasmes et des craintes. La réalité est bien sûr plus complexe.
Il faut désacraliser l’univers du drone : il ne sait pas tout faire. Fondamentalement, ce n’est qu’un outil au service de l’homme, au même titre qu’un ordinateur. Ce sont ses applications qui vont déterminer son usage, ses capacités, sa réglementation. Tout le monde n’est pas d’ailleurs pas habilité à se servir d’un drone, les règles d’utilisation sont très strictes et il y a un long apprentissage à faire.
Au sein de notre entreprise Delta Drone, nous sommes limités à 1km de distance et 150m d’altitude pour l’utilisation de nos appareils. Nos drones sont toujours inclus dans une solution professionnelle complète et ne sont qu’un élément de l’offre. Une solution dédiée à l’inventaire est extrêmement différente d’une solution dédiée à la sécurité, par exemple.

Comment évoluent les pratiques et la réglementation aujourd’hui ?
Le débat actuel sur les aspects réglementaires porte principalement sur le marché de la sécurité. Il faut tout d’abord distinguer deux branches : la sécurité privée, et la sécurité publique.
Pour la sécurité privée, l’utilisation de la vidéosurveillance mobile n’est qu’une troisième couche qui vient s’ajouter aux agents de sécurité et aux moyens de surveillance fixe. Celle-ci obéit aux règles aéronautiques et prendre diverses formes en fonction des besoins du site privé. Mais en aucun cas le drone ne peut sortir de la zone de surveillance.
Concernant la sécurité publique, c’est là où le projet de loi actuel pose question, puisque nous nous trouvons dans l’espace public. Nous, dronistes, sommes au service des autorités publiques, mais nous n’avons aucune qualification pour être détenteurs des images. Il y a un flux, mais pas de consultation des images chez nous. Nous ne sommes qu’un « passeur d’informations ». En tant que développeurs de solutions, nous avons les moyens technologiques de flouter les individus automatiquement grâce à l’IA, ou encore de limiter le temps d’archivage, mais cela dépend des autorités publiques. Le débat reste entier, c’est évident, mais cela reste entre l’État et les citoyens. Les constructeurs ne sont pas partie prenante, mais nous nous efforçons de créer des outils fiables et conformes aux exigences.

Quelles sont les perspectives pour les secteurs du drone ?
L’aide de la technologie est nécessaire pour gérer des situations risquées ; elle permet de limiter le risque humain. Le drone a cet avantage d’être un œil déporté, pour accéder aux endroits qui présentent des risques pour les personnes.
Il paraît évident que l’univers du drone va connaître une croissance exponentielle. Mais il y aura une « sélection naturelle » entre les entreprises qui respecteront les règles de l’art et de la conception. Commercialiser des drones demande de créer des systèmes complets, adaptés à l’utilisation finale. Cela exige beaucoup d’argent, à investir dans la R&D et la montée en compétences. Ce mur financier va très probablement décourager de nombreuses start-up qui souhaitent intégrer le marché aujourd’hui.
Pour notre part, il nous a fallu presque 10 ans pour explorer, expérimenter et s’imposer. Mais nous sommes face à un secteur tout neuf, où tout est à construire.