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A l’heure de l’ubérisation, la santé au travail doit complètement se réinventer

Connaissant bien les Services de Santé au Travail pour avoir dirigé l’AST67 pendant plusieurs années, Jean-Paul Thonier intervient aujourd’hui auprès de différents acteurs de santé au travail pour les conseiller sur leur stratégie, dans une économie en pleine mutation.

Le système de santé au travail français est-il voué à la disparition ?
Le système de santé au travail en France a été structuré en 1946, au lendemain de la seconde guerre mondiale, à une époque où notre économie était essentiellement industrielle et les carrières souvent menées dans une seule et même entreprise. Pendant 70 ans, les services de santé au travail ont vécu sur la sacro sainte idée de la visite médicale d’aptitude et d’une logique de réparation des dégâts du travail.
En 2011, la loi Lefrand puis en 2016 la loi El Khomri ont bouleversé la donne. Les  services de santé au travail sont obligés aujourd’hui de se réformer à marche forcée.
Parallèlement, on assiste à l’émergence de nouvelles formes d’activités et d’organisation du travail qui échappent au champ traditionnel de la santé au travail.
La plateformisation de l’économie soulève des questions importantes sur la protection de ces nouveaux travailleurs : qui a la responsabilité de leur santé puisqu’ils sont leur propre employeur ? Quelles évolutions doit connaître notre système pour faire face à ces nouveaux enjeux ?

Au  delà du phénomène de l’ubérisation, vous pointez le fait que plusieurs centaines de milliers de travailleurs sont complètement hors système  de prévention ?
Effectivement, lorsque nous avons mené cette étude sur ubérisation du travail et santé, nous avons voulu mettre en lumière toute cette population des indépendants qui échappe complètement au système de prévention, et cela bien avant que le statut d’autoentrepreneur existe. Alors que leurs salariés sont très bien protégés, des centaines de milliers de commerçants, artisans, professionnels libéraux sont les grands laissés pour compte de la santé au travail.

Plus largement, vous plaidez pour une réforme profonde de la santé au travail en France ?
C’est indispensable. La loi ANI a fait surgir les assurances et les mutuelles dans le monde de la santé au travail avec de nouvelles approches.  Les entreprises évoluent et en viennent de plus en plus à considérer le bien-être au travail comme un facteur de performance.
Les services de santé au travail et plus globalement la santé publique doivent s’inscrire dans ce mouvement et proposer une nouvelle réflexion sur la prise en compte de la santé dans le monde du travail. Inspirons-nous de ce qui ce fait au Québec où l’entreprise considère la santé du travailleur dans sa globalité.
La santé au travail est en pleine mutation, les services de santé au travail doivent faire tomber les barrières intellectuelles et institutionnelles s’ils ne veulent pas disparaitre.

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