Lalou Roucayrol - Lalou Multi : Navigation : des métiers à risques
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Navigation : des métiers à risques

ORGANISATION DE LA PREVENTION ||
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21/03/2022
Lalou Roucayrol - Lalou Multi
Lalou Roucayrol
Skipper professionnel de course au large, gérant
Lalou Multi

En mer, les risques sont nombreux, mais les skippers professionnels de course au large peinent parfois à faire reconnaître les spécificités de leurs disciplines. Le point avec Lalou Roucayrol, skipper professionnel depuis 37 ans.

Sous quels statuts les navigateurs exercent-ils ?
Tout d’abord, il y a une grande différence entre un skipper d’un bateau de plaisance, qui a généralement un statut de salarié, mais surtout un diplôme délivré par la marine marchande, et des skippers de course au large. Ces derniers n’ont pas besoin de diplôme. Pour ma part, je pratique ce métier depuis 37 ans avec différentes casquettes, mais je n’ai le droit à aucune validation des acquis de l’expérience (VAE) par rapport à cela. Il y a un véritable vide juridique : la marine marchande ne reconnaît pas notre activité et cela complique les choses.

La plupart du temps, les skippers de course au large sont gérants de leur propre société, qui va facturer une prestation auprès d’un sponsor, qui est généralement propriétaire du bateau. Il arrive aussi que les skippers soient salariés de la société. La plupart du temps, ils sont donc soumis au régime général de l’assurance maladie, sous l’égide de la délégation de plaisance professionnelle. C’est une sorte de fourre-tout, dans lequel vous retrouvez aussi bien des fabricants de bateaux en polyester que des mécaniciens navals, des électriciens navals, etc. C’est une sorte de melting pot, dans lequel nous sommes intégrés. Pour les déclarations, cela peut donc être relativement simple et standard. Mais en général, lorsqu’on est en mer, s’occuper des déclarations peut attendre quelques jours voire quelques semaines, ce qui est clairement lié à notre fonction.

Quels sont les risques professionnels majeurs que rencontre votre métier ?
Le risque majeur, c’est la disparition pure et simple, en passant par-dessus bord sans pouvoir être récupéré. Malheureusement, dans ma carrière, j’ai perdu beaucoup de confrères comme cela. Ensuite, notamment pour les multicoques, il y a un risque de chavirage qui peut conduire à un choc physique. Cela amène parfois à l’amputation d’un doigt, l’ouverture d’arcades ou encore à se casser les dents. Notre profession est également très concernée par les rhumatismes ; le fait d’être dans le froid en permanence crée des traumatismes articulaires. On se foule assez régulièrement les poignets et les chevilles également, car nous sommes toujours sur des sols glissants ou mouvants. Enfin il y a un point peut-être plus difficile à être reconnu, c’est le stress que l’on subit. Sur un multicoque, il y a un stress quasi permanent, car nous sommes sur des machines qui vont très vite et demandent une attention constante.

Comment se prémunir de ces risques ?
Il faut d’abord savoir qu’au départ de chaque course on oblige les skippers à suivre une formation dans laquelle sont rappelés les gestes de premiers secours, mais aussi des informations pour bien agir dans une situation de survie. Donc cela garantit un socle de connaissance, même si cette formation est un peu large et pas forcément très ciblée.

Au sein de notre écurie, nous sommes tous équipés d’un petit kit que nous portons en permanence qui contient notamment une balise AIS, une lampe frontale, un bâton Cyalume, un sifflet, un couteau… Ce qui permet au moins à un homme à la mer de se faire repérer.
Après il y a les équipements de base. On navigue toujours avec des chaussures fermées. Certains utilisent également des gants. Il faut se protéger face aux intempéries, au froid et à l’humidité donc sélectionner des vêtements adaptés et de qualité. Choisir des lunettes adaptées pour protéger ses yeux de l’air marin et de la réverbération. Le précepte de base, pour tous les métiers de la navigation, c’est « une main pour soi, une main pour le bateau ». C’est-à-dire que lorsque l’on doit se déplacer sur le bateau, une main travaille tandis que l’autre garantit la tenue et la sécurité.

De manière plus générale, j’aimerais bien que notre profession soit plus reconnue au niveau des instances, pour permettre aux sportifs que nous sommes d’avoir accès à des VAE, à des professions proches de nos affinités, à une meilleure prise en charge de nos spécificités.

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