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L’alcoolisme est toujours un sujet tabou en entreprise

Psychiatre clinicien, spécialiste des addictions aux substances psychoactives et des addictions comportementales et de leurs traitements, Michel Reynaud œuvre depuis de nombreuses années pour une meilleure prise en compte des addictions, notamment au travail. Il a créé en 2014 le Fonds Actions Addictions à l’origine des portails Addict'Aide et Addict’Aide Travail.

Les entreprises sont-elles bien préparées pour gérer un problème d’addiction ?
Avant de répondre à votre question, il est important de resituer l’ampleur du phénomène des addictions. On estime que 10 à 30% (selon si on y inclut le tabac ou pas) des Français souffrent d’une addiction. 10%, cela veut dire que dans une entreprise de 10 personnes, on a un risque très important de trouver une personne souffrant d’addiction. Et parfois plus selon les secteurs d’activités, lorsque les conditions de travail sont difficiles.
Dans les grandes entreprises, il existe généralement une politique de santé au travail qui intègre la prévention des addictions. On va savoir plus facilement comment détecter et aider une personne souffrant d’addiction.
Dans les TPE et PME, la plupart du temps, le dirigeant n’est absolument pas préparé à faire face à ce type de situation. Or en cas de problème de comportement sur le lieu de travail, il vaut mieux avoir anticipé plutôt que de gérer une crise.

Comment mettre en place une politique de prévention des addictions ?
La première difficulté est de vaincre le tabou des addictions. Notre société n’est pas à l’aise avec cela, surtout avec l’alcool. Autant la prévention du tabagisme est désormais socialement acceptée et l’entreprise va pouvoir faire passer ses actions facilement dans un objectif de bien-être, autant regarder en face qu’un salarié a un problème d’alcoolisme est plus difficile à accepter.
Pourquoi cette chape de plomb sur les problèmes d’alcool ? Parce que l’alcool est synonyme de convivialité, parce que les troubles du comportement liés à une consommation excessive sont visibles voire dérangeants, parce que cela pose des questions sur les facteurs qui peuvent conduire à cette consommation excessive, parce que c’est mauvais pour l’image de l’entreprise…
Il est très difficile de parler à un collègue que l’on voit en souffrance. Mais c’est beaucoup plus simple s’il y a une vraie politique de prévention des addictions construite à 3 : Employeur, Médecin du Travail et Syndicats. Ensemble, on va pouvoir analyser les facteurs addictogènes dans l’entreprise (stress, souffrance physique ou psychique, usages …), voir comment anticiper, et trouver des relais pour se faire aider sur son territoire, comme les Aract, les consultations d’addictologie des hôpitaux, les CSAPA (Centres de Soin, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie) …

Que faire pour aider un collègue en difficulté ?
Lorsqu’il y a situation de crise et ivresse sur le lieu de travail, il faut le sortir de son poste de travail et éventuellement l'accompagner à la médecine du travail. Et ne pas oublier de l’empêcher de prendre sa voiture et le raccompagner chez lui. C’est le lendemain que l’on pourra essayer de lui parler et poser objectivement les problèmes que pose son comportement sans le stigmatiser.
Il convient également d'avoir des procédures, construites avec les représentants du personnel et connues de l'encadrement, pour les personnes ayant une consommation excessive et chronique.
Il existe aujourd’hui des outils pour aider les entreprises, quelle que soit leur taille, à anticiper ces situations : le portail Addict’Aide Travail propose ainsi des tests d’auto-évaluation, des ressources documentaires, un annuaire géolocalisé des soignants…
La prévention des addictions est un sujet de société important mais il doit aussi devenir un sujet de santé au travail à part entière.

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