Le DUERP doit déjà tenir compte des différences d’exposition

Depuis 2014, le Code du travail prévoit que l’évaluation des risques professionnels tienne compte de « l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe ». Cette exigence s’inscrit dans la finalité du DUERP : répertorier les risques auxquels les travailleurs sont exposés et assurer la traçabilité collective de ces expositions. 

 

Il ne s’agit pas d’établir un DUERP pour les femmes et un autre pour les hommes, ni d’appliquer automatiquement une cotation différente selon le sexe. L’objectif est de vérifier si les métiers exercés, la répartition des tâches, l’organisation du travail, les équipements ou les conditions d’exposition créent des situations différentes, et donc des impacts différents. Rendre ces écarts visibles ne revient pas à discriminer : cela permet de mieux adapter la prévention, à partir de faits observés.

 

Pourquoi une évaluation apparemment neutre peut masquer certains risques

Les femmes et les hommes ne sont pas répartis de manière identique entre les secteurs, les métiers et les fonctions. Même lorsqu’ils occupent un poste comparable, les activités réellement effectuées peuvent différer. L’Anact souligne que des méthodes d’évaluation trop centrées sur des données techniques identiques pour tous peuvent contribuer à invisibiliser certains risques. 

 

Dans un entrepôt, par exemple, un même intitulé de poste peut recouvrir la manutention occasionnelle de charges lourdes, la répétition de prises de faible poids, le filmage manuel ou l’étiquetage. Une seule ligne consacrée à la « manutention » risque alors de gommer des différences de fréquence, de durée et de contraintes.

 

Ce constat vaut aussi pour les métiers du soin, de l’accueil, de la propreté ou du service. Gestes répétitifs, postures prolongées, charge émotionnelle, incivilités ou horaires atypiques peuvent être moins visibles que le travail en hauteur ou le port de charges lourdes, sans être moins importants pour la santé. Les travaux de l’INRS confirment que les réalités professionnelles, les expositions et certains effets sur la santé peuvent différer entre les femmes et les hommes. 

 

L’enjeu n’est donc pas de rechercher systématiquement une différence entre les sexes, mais de répondre à une question simple : qui réalise quelles tâches, dans quelles conditions et pendant combien de temps ?

 

 

EPI, ergonomie, risques chimiques et RPS : des angles morts fréquents

Les équipements de protection individuelle constituent un premier exemple concret. Un EPI peut être conforme sans être correctement ajusté à tous les utilisateurs. Des gants trop larges, des chaussures mal adaptées, des lunettes instables, un masque ou un harnais mal ajusté peuvent réduire la protection, gêner les mouvements ou conduire à un port irrégulier. L’INRS rappelle que, pour certains équipements, la qualité de l’ajustement à la morphologie de l’utilisateur conditionne directement leur efficacité. 

 

La prévention doit donc vérifier la diversité des tailles, les possibilités d’essai, le confort en situation réelle et la prise en compte des retours des utilisateurs.

 

L’ergonomie des postes constitue un autre point de vigilance. La hauteur d’un plan de travail, la portée des commandes ou les possibilités de réglage peuvent convenir à certains salariés et générer des efforts supplémentaires pour d’autres. Concevoir un poste autour d’un utilisateur théorique « moyen » peut ainsi laisser de côté une partie de la population de travail.

 

Les risques chimiques doivent également être étudiés au plus près de l’activité. Une liste de produits et des fiches de données de sécurité à jour ne suffisent pas à caractériser l’exposition. Il faut considérer la tâche, la fréquence et la durée d’utilisation, les quantités, le procédé, la ventilation et les protections disponibles. L’INRS recommande ainsi d’analyser les conditions réelles de mise en œuvre des produits avant de hiérarchiser les risques et de construire le plan d’action. 

 

Enfin, l’évaluation doit intégrer les risques psychosociaux et les violences sexistes et sexuelles au travail. L’organisation, les relations de travail, le contact avec le public, l’isolement ou certaines situations de dépendance peuvent accroître l’exposition. Ces risques doivent être analysés à partir de leurs déterminants professionnels, et non renvoyés à de supposées fragilités individuelles. 

 

 

Comment intégrer cette approche dans le DUERP ?

La première étape consiste à observer le travail réel. Les fiches de poste décrivent le travail prescrit, mais elles ne rendent pas toujours compte des tâches informelles, des aléas, des gestes répétés ou des ajustements réalisés au quotidien. Les observations sur le terrain et les échanges avec les salariés permettent de mieux comprendre les conditions effectives d’exposition.

 

Il convient ensuite de réexaminer le découpage des unités de travail, en interrogeant réellement la notion de Groupe Homogène d’Exposition. Une unité trop large peut réunir des personnes dont les tâches, les horaires ou les contraintes diffèrent sensiblement. Affiner l’analyse ne signifie pas multiplier artificiellement les catégories, mais distinguer les situations lorsque cela modifie réellement l’exposition.

Les données disponibles peuvent également éclairer le diagnostic : accidents, maladies professionnelles, presque-accidents, douleurs signalées, absentéisme, remontées terrain ou difficultés liées aux équipements. Leur ventilation par sexe peut révéler un écart, mais celui-ci ne constitue jamais une explication à lui seul. Il doit être rapproché des métiers, des tâches, des parcours et de l’organisation du travail.

 

La démarche gagne enfin à associer les salariés concernés, le CSE et, selon les besoins, le service de prévention et de santé au travail. Cette concertation permet de confronter les données à la réalité du terrain, d’éviter les interprétations hâtives et de définir des actions adaptées : modification d’un poste, évolution de l’organisation, diversification des EPI, prévention des violences ou réduction de l’exposition à la source. 

 

Une action ne doit pas être considérée comme achevée parce qu’un équipement a été acheté ou qu’une consigne a été diffusée. Son efficacité doit être vérifiée auprès des personnes concernées, puis réévaluée dans le DUERP.

 

 

Le rôle du digital dans une évaluation plus précise

Le numérique ne remplace ni l’observation du travail, ni le dialogue avec les équipes, ni l’expertise du préventeur. Il peut toutefois faciliter la structuration des informations, leur mise à jour et le suivi des décisions.

 

Avec Previsoft, les entreprises peuvent organiser leurs évaluations par unité de travail, métier, établissement ou autre périmètre pertinent. Le logiciel permet de construire un référentiel de risques adapté à l’organisation, de décrire les situations dangereuses, de recenser les mesures existantes, de personnaliser les méthodes de cotation et de relier les risques à des plans d’action.

 

La traçabilité des cotations et des mises à jour, l’archivage des versions du DUERP et les tableaux de pilotage facilitent le suivi dans le temps. Le module de remontées terrain permet également de centraliser les observations, de les analyser et de les transformer en actions de prévention. 

 

Previsoft ne produit pas automatiquement une évaluation différenciée entre les femmes et les hommes. Il offre en revanche un cadre pour documenter plus finement les situations de travail, éviter qu’une analyse trop globale ne masque certaines expositions et suivre l’efficacité des mesures engagées.
 

 

Retrouvez Previsoft à Préventica Lyon

Les équipes Previsoft vous donnent rendez-vous à Préventica Lyon, du 6 au 8 octobre 2026 à Eurexpo. La santé des femmes au travail et la digitalisation de la prévention figurent parmi les grands enjeux annoncés pour cette édition. 
 

Retrouvez-nous sur le stand E09 pour échanger sur vos pratiques d’évaluation des risques et découvrir comment Previsoft peut vous aider à structurer votre DUERP, à mieux prendre en compte les réalités du terrain et à piloter vos plans d’action dans la durée.
 

 

Rendre les différences visibles pour mieux prévenir

Le DUERP n’a pas vocation à opposer les femmes et les hommes ni à prévoir systématiquement des mesures distinctes. Il doit, en revanche, rendre visibles les différences de tâches, de conditions de travail et d’exposition lorsqu’elles existent.

 

Un DUERP véritablement représentatif n’est donc pas un document qui ignore les différences. C’est une évaluation fondée sur des critères objectifs, suffisamment précise pour protéger chaque salarié à partir de la réalité de son travail.

 

 

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