Qualité de l'air intérieur et santé
au travail
Dossier préparé par Tribu - Techniques,
Recherches, Innovations pour le Bâtiment et l'Urbain
La qualité de l'air intérieur des bâtiments permet
de satisfaire les exigences de santé et de confort et aide à
la conservation des locaux.
Cette qualité de l'air dépend des concentrations des composants
gazeux, liquides ou solides en suspension. Certains de ces composants
gazeux sont normalement présents dans l'air : oxygène (O2),
gaz carbonique (CO2), ozone (O3), vapeur d'eau (H2O) mais, pour préserver
la qualité de l'air, ils ne doivent pas dépasser un certain
taux de concentration. D'autres polluants ne doivent pas être présents
dans l'air ambiant, tels que des gaz odorants désagréables,
des gaz, des liquides et des solides en suspension nocifs pour la santé,
ou dans tous les cas il faut que leurs concentrations soient inférieures
aux seuils acceptés.
La qualité de l'air est obtenue par la maîtrise des sources
polluantes : produits de construction, équipements de combustion
et équipements aérauliques, activités d'entretien
et de maintenance, environnement extérieur pollué
de manière à les éviter ou à les réduire,
puis par le maintien des concentrations des polluants en deçà
de seuils acceptables grâce à la ventilation des locaux.
COMMENT PRESERVER LA QUALITE DE L'AIR INTERIEUR ?
Dans une pièce confinée, les occupants modifient rien que
par leur respiration la composition de l'air en oxygène et gaz
carbonique. Ils peuvent également exhaler des gaz odorants (bio-effluents)
désagréables. L'air finit par devenir impropre à
la respiration et irrespirable. Il faut par conséquent remplacer
cet air vicié par de l'air extérieur " neuf "
respirable : renouvellement d'air par ventilation.
A cette pollution inéluctable, s'ajoutent des risques de pollutions
de l'air intérieur par d'autres sources polluantes : activités
des occupants, animaux, opérations de nettoyage et d'entretien,
produits de construction, équipements
.et par l'environnement
extérieur (air de renouvellement, air parasite, radon).
Pollution de l'air intérieur par les produits de construction.
Les principales émissions polluantes des produits de construction
sont des particules solides (fibres, poussières
), des composés
organiques volatils (COV) dont le formaldéhyde, des micro-organismes
De plus, certains produits superficiels des parois peuvent absorber
ou retenir des polluants et les " désorber " ou dégager
ultérieurement.
La maîtrise d'uvre doit par conséquent choisir et mettre
en uvre des produits de construction en tenant compte de leur émanation
éventuelle de polluants.
Pollution de l'air intérieur par les équipements.
Tous les équipements à combustion ont maintenant des systèmes
de sécurité normalisés néanmoins environ 8
000 intoxications oxycarbonées, dont 400 morts, sont encore comptabilisées
chaque année, en France. Il faut donc s'assurer de la normalisation
des équipements à combustion installés et contrôler
leur système de sécurité. Il faut aussi sensibiliser
les gestionnaires et les usagers à l'importance de l'entretien
et de la maintenance : appareil de combustion, conduits d'alimentation
en combustible, alimentation en air, conduit de fumée
.
Les équipements aérauliques pour la ventilation, le chauffage,
le refroidissement et le traitement de l'air peuvent être le siège
du développement de micro-organismes plus ou moins dangereux pour
la santé (légionella). L'entretien de ces équipements
est également primordial ; la maîtrise d'uvre doit
faire en sorte de faciliter cet entretien.
Pollution de l'air intérieur par les opérations d'entretien
et de maintenance.
Ces activités peuvent utiliser des sources polluantes : produits
d'entretien, peintures, vernis, colles
ou activer malencontreusement
des sources polluantes des produits de construction jusqu'alors confinées.
Ces pollutions peuvent être nocives pour le personnel d'entretien
et les usagers. La maîtrise d'uvre doit par conséquent
favoriser les parois et les revêtements qui s'entretiennent facilement
et qui ne nécessitent pas des produits d'entretien nocifs.
Pollution de l'air intérieur par le radon.
Ce gaz radioactif provient essentiellement du sol. L'Organisation mondiale
de la santé (OMS) admet pour les constructions neuves un niveau
de 200 becquerels par mètre cube d'air (Bq/m3). Lors d'une construction
dans une zone à risque (granitique), la maîtrise d'ouvrage
et la maîtrise d'uvre doivent vérifier le risque et
prendre si nécessaire des mesures préventives : étanchéification
des parois en contact avec le sol, conduit d'extraction en attente de
l'air du sol ou du vide sanitaire ou de la cave, recours à un système
de ventilation du volume habité par soufflage.
Pollution de l'air intérieur par l'air extérieur.
L'air extérieur, utilisé pour renouveler l'air extérieur,
peut présenter des concentrations non négligeables de polluants
nuisibles à la santé ou malodorants, tels que des particules
solides, des oxydes de carbone (COx), de soufre (SOx) et d'azote (NOx),
hydrocarbures (HC), ozone (O3), composés chlorés et fluorés,
métaux lourds. Pour préserver les bâtiments de cette
pollution, il est possible d'utiliser un système de ventilation
à double flux mettant les bâtiments en légère
surpression, de dépolluer l'air capté par filtration ou
par absorption, confiner les locaux lors de pollutions accidentelles de
l'air extérieur.
Pollution de l'air intérieur par une trop forte humidité.
Une des causes de la dégradation de l'enveloppe d'un bâtiment
est la condensation d'humidité sur les faces intérieures
des parois donnant sur l'extérieur, en particulier à hauteur
des ponts thermiques. Cette humidité détériore au
bout d'un moment les revêtements et les couches superficielles des
parois, ainsi que les performances des isolants. A terme, les condensations
durables favorisent le développement de moisissures, sources de
polluants de l'air intérieur. Pour éviter les risques de
condensation, il faut renforcer l'isolation afin de supprimer les ponts
thermiques et renforcer le système de ventilation existant.
L'humidité relative de l'air doit permettre à la température
de rosée de l'air (température à laquelle la vapeur
d'eau contenue dans l'air humide se condense) d'être toujours supérieure
à la plus faible température superficielle des parois du
local ou de la pièce. La maîtrise de l'humidité relative
peut être obtenue par un système de ventilation, voire dans
certains cas à un système de déshumidification ou
de climatisation qui intègre cette fonction.
Le rôle de la maîtrise d'ouvrage
Rechercher les sources de pollution éventuelles existantes liées
au contexte (site pollué sol ou air, radon)
Inciter à éviter ou à réduire les sources
polluantes
Prescrire une ventilation efficace des locaux
Le rôle de la maîtrise d'uvre
Rechercher des produits de construction les moins polluants possible
Choisir des équipements normalisés
Contrôler la conformité des installations des équipements
aux règles de l'art
Favoriser un entretien et une maintenance les moins polluants possibles
Prendre des mesures préventives en cas de présence de pollutions
: radon, sous-sol pollué, air extérieur pollué
Faire installer un système de ventilation performant et adapté
au contexte
AVEC QUELLES SOLUTIONS TECHNIQUES ?
Un système de ventilation est indispensable mais il faut chercher
à concilier au mieux qualité de l'air intérieur et
maîtrise des consommations d'énergie. Si un recyclage de
l'air est effectué, une filtration de qualité est obligatoire.
Pour obtenir une qualité de l'air satisfaisante, il faut que le
débit volumique de renouvellement d'air soit suffisant. En revanche,
pour la maîtrise de l'énergie, le débit volumique
de renouvellement d'air doit être aussi faible que possible pour
réduire au mieux les besoins de chauffage de l'air neuf. Pour essayer
de résoudre au mieux cette contradiction en privilégiant
quand même la santé, la maîtrise d'uvre doit
veiller à l'étanchéité de l'enveloppe des
bâtiments, comme l'incite la nouvelle réglementation thermique
(RT 2000), et opter pour des systèmes de ventilation optimisés
: ventilation auto réglable, ventilation " hygroréglable
", ventilation asservie au CO2, à la présence
VMC simple flux par extraction. Le principe consiste à
extraire l'air pollué des pièces dites de service au travers
de bouches d'extraction activées par un ventilateur. Le bâtiment
est ainsi mis sous dépression et l'air neuf pénètre
par les entrées d'air des pièces principales. Un transfert
de l'air des pièces principales vers les pièces de service
permet le renouvellement d'air. Un jour est à cet effet réservé
en partie basse des portes intérieures. Les bouches d'extraction,
qui peuvent être à double-débit par exemple dans les
toilettes et les cuisines, sont reliées à la turbine d'extraction
par des gaines souples (maisons individuelles) ou un réseau de
conduits en tôle galvanisée. L'étanchéité
des conduits doit respecter des exigences européennes (classification
Eurovent A, B et C la plus performante).
VMC double flux par soufflage. Le principe consiste à souffler
de l'air au moyen d'un ventilateur dans toutes des pièces. L'air
intérieur en surpression est alors évacuée par des
conduits. Ce système permet de filtrer et traiter l'air extérieur
avant qu'il ne pénètre dans les locaux. Ce type de ventilation
est cependant peu utilisé en France.
VMC hygroréglable. Les bouches d'entrée d'air et
les bouches d'extraction d'une VMC simple flux peuvent être prescrites
auto réglables, elles assurent ainsi un débit constant quelles
que soient les conditions climatiques et les variations de pression pouvant
intervenir sur le réseau. Les bouches ajustent de manière
encore plus précise les débits aux besoins quand elles sont
asservies au taux d'humidité présent dans les pièces,
ce qui à la fois évite les risques de condensation et permet
des économies d'énergie. L'hygrométrie de l'air est
mesurée par des détecteurs d'humidité qui actionnent
les bouches en conséquence. Les entrées d'air et les bouches
d'extraction peuvent être " hygroréglables " ou
seulement les bouches d'extraction.
VMC double flux. Une ventilation mécanique double flux
comprend une centrale qui se charge d'insuffler l'air neuf et d'extraire
l'air vicié. Les entrées d'air dans les pièces ou
locaux principaux et les bouches d'extraction dans les pièces ou
locaux de service sont raccordées, par des gaines, à la
centrale qui possède une prise d'air neuf sur l'extérieur.
Cette conception et ce fonctionnement offrent la possibilité de
récupérer, en hiver, les calories transportées par
l'air vicié afin de préchauffer l'air neuf. L'installation
intègre alors un récupérateur de chaleur, le plus
souvent un échangeur à plaque, dans lequel passe l'air vicié
extrait. Ce système permet à la fois de filtrer et traiter
l'air neuf et de réduire les frais de chauffage par rapport à
un simple flux.
VMC asservie au CO2 ou à la présence. Un système
de ventilation peut être également asservi à la concentration
intérieure de CO2, le dioxyde de carbone étant reconnu comme
un indicateur de la qualité de l'air intérieur. Le taux
de CO2 dépend du nombre de personnes mais aussi de certaines activités
(zones fumeur). Ce principe permet d'obtenir une qualité de l'air
constante, quel que soit le niveau d'occupation. Une VMC asservie au CO2
peut être monozone, la modulation de débit est alors assurée
par une action sur le ventilateur au moyen d'un variateur de fréquence
ou multizone en fonctionnant différemment dans chaque pièce
grâce à un registre motorisé.
Avec d'autres systèmes, la quantité d'air évacuée
ou soufflée est fonction du nombre de personnes présentes.
Les bouches sont alors asservies à une barrière de comptage
qui incorpore une sonde de détection et un compteur/décompteur
ou s'arrêtent de automatiquement de fonctionner lorsqu'elles ne
détectent plus de présence. Le débit est dimensionné
en fonction de l'occupation habituelle du local mais peut être modifié
en cas de changement. Ces systèmes de gestion automatique de l'intermittence
permettent des économies d'énergie et d'entretien.
Par ailleurs, les ventilateurs de désenfumage sont bien entendu
très importants dans le tertiaire. Il existe maintenant des systèmes
intégrant tous les éléments : ventilateur, accessoires,
coffre de relaye et de nombreux composants électroniques optimisant
leur fonctionnement.
Ventilation naturelle assistée. Lors d'une ventilation
non assistée mécaniquement, la circulation de l'air est
provoquée par le tirage thermique et les pressions du vent sur
le bâtiment. Ce type de ventilation est plus aléatoire car
le débit d'air extrait est sensiblement influencé par les
conditions climatiques extérieures et l'étanchéité
à l'air du bâti. Ce débit est souvent trop important
en hiver et trop faible en demi-saison. Certains industriels de la ventilation
ont conçu des dispositifs pour la réguler et la stimuler.
Il existe par exemple des systèmes de ventilation naturelle assistée
au moyen d'entrées d'air et de grilles d'extraction " hygroréglables
" : la surface de passage à l'air augmente avec l'humidité
ambiante. Elle peut être également assistée mécaniquement
en adaptant un extracteur " stato-mécanique " au dispositif
existant.
Aspects réglementaires
- Loi n° 96-1236 du 30 décembre 1996 sur l'air et l'utilisation
rationnelle de l'énergie (à détailler)
- Décret du 6 mai 1998 relatif à la surveillance de la qualité
de l'air
- Arrêté du 16 novembre 2000 relatif au chauffage et à
la ventilation des locaux.
- Directive du 22 avril 1999 relative aux valeurs limites pour le dioxyde
de soufre, le dioxyde d'azote, le plomb et les particules dans l'air ambiant.
- Directive 96/62/CE du Conseil du 27 septembre 1996 concernant l'évaluation
de la qualité de l'air ambiant
- Directive " produits de construction " de 1993 sur la limitation
des polluants dans l'air (pas encore transcrite en droit français).
- Directive " biocide ", du 16 février 1998, réglementant
l'usage des insecticides par le grand public. Liste des produits interdits
en cours d'élaboration.
- Article R 111-9 du Code de la construction et de l'habitation spécifie
l'obligation de renouveler l'air des locaux.
Modalités d'application précisées par les arrêtés
du 24 mars 1982 et du 28 octobre 1983 relatif à l'aération
des logements.
- Arrêté du 12 mars 1978 relatif au dispositif de renouvellement
d'air dans les bâtiments autres que les bâtiments d'habitation.
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