Les risques psychosociaux
Actualité
La responsabilité des entreprises montrée
du doigt par 10 propositions et un classement gouvernemental. Mais
ou en est-on exactement ?
En France, les consultations pour risque psychosocial sont devenues
en 2007 la première cause de consultation pour pathologie
professionnelle. Selon le Ministère du travail, les maladies
professionnelles sont en augmentation constante : 43 000 cas étaient
recensés en 2007,
45 000 en 2008. Le stress professionnel a, par ailleurs, coûté
entre 2 et 3 milliards d'euros en 2007, selon une étude de
l'Inres. Face aux situations dramatiques intervenues dans de nombreuses
entreprises, le gouvernement avait prévenu qu’il prenait
les choses en main. A l’occasion du Conseil d’Orientation
sur les Conditions de travail du 9 octobre 2009, Xavier Darcos a
souhaité accélérer le processus de transposition
de l’accord national interprofessionnel sur le stress du 2
juillet 2008 au niveau le plus opérationnel, celui des entreprises,
en invitant ces dernières, lorsque leur effectif dépasse
1000 salariés, à engager des négociations,
un diagnostic et/ou un plan d’action au plus tard le 1er février
2010.
Il a également demandé, en novembre, à trois
praticiens de lui faire des propositions. Le 17 février,
le rapport «Bien-être et efficacité au travail»
était rendu public. Le lendemain, le gouvernement publiait
sa très controversée liste des 1 500 entreprises les
plus vertueuses en matière de lutte contre le stress.
Elaboré par Henri Lachmann (Président du conseil
de surveillance de Schneider Electric), Christian Larose (Président
de la section du travail du Conseil économique, social et
environnemental de la CGT) et Muriel Pénicaud (DRH de Danone),
le rapport «Bien-être et efficacité au travail»
élabore dix propositions pour réduire le stress en
entreprises. Certaines sont très novatrices.
Durant presque une année, patrons, syndicats, et experts
ont été consultés pour proposer des solutions
«concrètes, crédibles et applicables»,
notamment concernant la question, centrale, de la santé psychologique
au travail. Les causes du stress professionnel sont connues : réorganisations,
restructurations, peur du chômage et incertitude de l’avenir
… Les auteurs ont donc choisi d’aborder le sujet sans
se limiter à la seule question du stress, mais en prenant
en compte le «bien-être des salariés et leur
valorisation comme principale ressource de l’entreprise».
C’est là toute l’originalité de l’approche
qui insiste sur la responsabilité des directions d’entreprise
et du management. La performance sociale ne peut plus aujourd’hui
se dissocier de la performance sociale. Pour cela il faut tenir
compte des indicateurs de santé, de sécurité
et de conditions de travail (Turn over, accident du travail, satisfaction
des salariés, promotion interne ...). Les organisations patronales
n’ont pas accueilli le rapport avec beaucoup d’enthousiasme.
Les dix propositions
L'implication de la direction générale et du
conseil d'administration est indispensable,
La santé des salariés est d'abord l'affaire
des managers, elle ne s'externalise pas,
Il faut donner aux salariés les moyens de se réaliser
dans leur travail,
Il faut impliquer les partenaires sociaux dans la construction
des conditions de santé,
La mesure de la santé psychologique des salariés
est une condition de son amélioration,
Préparer et former les managers au rôle de manager
doit faire partie intégrante de leur formation initiale,
Il ne faut pas réduire le collectif de travail à
une addition d'individus,
Tout projet de réorganisation ou de restructuration
doit mesurer l'impact et la faisabilité humaine du
changement,
La santé au travail ne se limite pas aux frontières
de l'entreprise, qui a un impact en particulier sur ses fournisseurs,
La détection et l'accompagnement des situations de
stress sont une nécessité.
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Hasard du calendrier, dès le lendemain de la publication
du rapport, le gouvernement présentait sur son site www.travailler-mieux.gouv.fr,
la liste des 1500 entreprises de plus de 1 000 salariés et
leurs implications dans le domaine du stress au travail. Ce classement,
construit sur le principe américain du «Name and Shame»,
s’inscrit dans le cadre du plan d’urgence présenté
par le Ministre au Conseil d’Orientation sur les Conditions
de Travail du 9 octobre 2009.
Sur les 900 entreprises qui ont répondu :
- 33% (classées en vert) ont déclaré avoir
signé un accord de fond, de méthode ou un plan d’action
concerté impliquant les organisations syndicales et/ou
les représentants du personnel.
- 5% (classées en orange) ont déclaré avoir
engagé une ou plusieurs réunions de négociation
d’un accord de fond ou de méthode sans qu’il
y ait eu signature ou avoir engagé des discussions avec
les représentants du personnel sur un projet de diagnostic
partagé et/ou un plan d’action. Elles ont vocation
à passer dans le vert dans les prochains mois au fur et
à mesure de l’aboutissement des négociations.
- 600 entreprises n’ont pas répondu et sont donc
classées en rouge.
Pour le Ministre du Travail, Xavier Darcos, les entreprises françaises
ont bien réagi en acceptant de déclarer leurs démarches
dans le domaine. En réalité, avec son triple classement,
la liste est loin de faire l’unanimité. Accueil mitigé,
on s’en doute, des entreprises classées en rouge et
orange. L'Anact (Agence nationale pour l'amélioration des
conditions de travail) a notamment mis en garde contre la "précipitation"
que pourrait engendrer cette notation des "bons et mauvais
élèves", précipitation qui pourrait conduire
à "des accords un peu vides" ou "sans réflexion
sur la situation propre à l'entreprise.
Au-delà de l’effet d’annonce, la question est
maintenant de savoir si le gouvernement peut réellement impacter
sur l’engagement des entreprises. Cela va-t-il suffire à
améliorer les conditions de travail des français ?
Premier couac, 24H après la mise en ligne du classement,
le gouvernement a retiré de son site les listes orange et
rouge, à la demande des entreprises mal classées.
Et même la liste verte est aujourd’hui remise en question
par le remaniement ministériel. Dans l'entourage d'Eric Woerth,
on reconnaît que le nouveau Ministre du Travail « ne
souhaite pas poursuivre la mise en ligne ». Cela dit, pour
l'heure, rien n'est officiel et le site web existe toujours. Difficile,
en effet, de tourner la page sans risquer de se faire accuser de
négliger un des grands sujets sociaux du moment. Le gouvernement
reconnaît « qu’il existe des bonnes pratiques
qui méritent d'être valorisées » et on
ajoute que le Ministre « fera prochainement connaître
ses intentions », en précisant qu'il « compte
évidemment garder un angle d'action sur les risques psychosociaux,
notamment dans le cadre du second plan santé au travail ».
Sources :
- www.travailler-mieux.gouv.fr/Etat-d-avancement-de-la-prevention.html
- Le rapport «Bien-être et efficacité au travail»
sur www.gouvernement.fr/premier-ministre/...
- Plan d’urgence sur la prévention des risques psychosociaux
: www.travailler-mieux.gouv.fr/Plan-d-urgence-sur-la-prevention.html
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