Ergonomie
Qu'apporte l'ergonomie à
la prévention ?
Au cours des dernières décennies, le
travail a connu de profondes transformations, autant dans son contenu
(nature des tâches), que dans son organisation et dans les
risques qu'il génère. La combinaison de ces évolutions
(informatisation, automatisation, croissance du secteur des services)
a amené de façon indiscutable:une intensification
du travail, la précarisation des emplois, comme sources de
nouvelles contraintes physiques et psychiques. En somme, en plus
du travail exigeant physiquement, qui continue à exister,
on voit croître le travail exigeant au plan psychologique
et émotionnel. Ceci se traduit par une augmentation globales
des l'astreinte physiques et psychiques, et , en conséquences,
par une recrudescence des altérations de la santé
physique et mentale liées au travail.
Evolutions du travail et
De façon générale, l'évolution technologique
contribue à améliorer la sécurité directe
de l'opérateur dans la mesure où il est éloigné
(ou protégé) du lieu de transformation du produit.
Les installations modernes, tout en étant objectivement plus
fiables que les installations plus anciennes, peuvent néanmoins
être potentiellement plus dangereuses, plus "à
risques". En effet, une action inadéquate (une erreur)
à un poste clé (salle de contrôle, poste de
pilotage, par exemple) peut avoir des conséquences graves
pour l'ensemble de l'installation ou du processus, et pour les hommes
qui travaillent.
La croissance du secteur tertiaire (plus particulièrement
des activités de service ) apparaît aussi le phénomène
le plus évident : presque les 3/4 des salariés travaillent
aujourd'hui dans le tertiaire. Parmi les activités de services,
les 2/3 sont réalisées en contact avec le public et
la moitié des salariés impliqués déclare
vivre des situations de tension avec le public. D'une manière
générale, on constate une augmentation des situations
de tension avec le public, et tous les secteurs d'activité
sont touchés, à un degré plus ou moins important.
Certaine situations de travail, le salles de postes de réponses
aux appels téléphoniques ("call-centers"
) ont fait l'objet de critiques qui illustrent bien la neo-taylorisaton
de ces activités tertiaires et les conséquences négatives
sur la santé .
Ces évolutions, et les constats faits dans le monde entier,
ont fait parler de l'émergence de nouveaux risques.
Intensification du travail
Une tendance lourde à l'intensification du travail (sous
les formes de réduction des délais et d'augmentation
des cadences) se dessine en France depuis 1980. Que ce soit dans
l'industrie, l'agriculture, la construction ou le tertiaire, on
voit croître la proportion de salariés devant travailler
sous la pression de demandes immédiates. Ces contraintes
de temps ont augmenté dans l'ensemble des pays de l'Union
Européenne comme en témoigne une enquête européenne.
Augmentation de la charge mentale
La charge (ou astreinte) mentale du travail est plus difficile à
évaluer que sa pénibilité physique. Néanmoins,
il est possible de quantifier certains de ces facteurs, ou encore
d'en comparer l'expression subjective. Cela a pu être fait
dans l'enquête française "Conditions de travail"
pour certains facteurs : sentiments de responsabilité, urgence,
exigence attentionnelle, interruptions. Ces facteurs montrent une
augmentation importante génératrice de surcharge et
de stress.
Altérations de la santé physique et mentale
Depuis déjà de nombreuses années, les médecins
du travail, les ergonomes, et de façon générale
les différents acteurs de la santé au travail se sont
préoccupés des effets de ces évolutions de
travail sur la santé, et en particulier sur la santé
mentale. Dans le droit fil de la psychopathologie du travail, certains
auteurs avaient déjà dressé le bilan général
des astreintes psychiques des situations à forte contrainte
comme : le travail posté, le travail de nuit, le travail
hospitalier .
Par ailleurs les études épidémiologiques ont
bien établi un lien entre tension au travail et altérations
de la santé.
Les apports de l'ergonomie
Pour répondre à ces évolutions du travail,
à savoir : automatisation, nouvelles formes d'organisation
du travail , nouvelles techniques de management, exigences croissantes
de qualité, transformations des contenus du travail et évolution
des populations au travail (vieillissement
) l'ergonomie mobilise
des connaissances techniques spécifiques (physiologiques,
psychologiques, organisationnelles), sur le fonctionnement de l'homme
au travail, et elle met en uvre une démarche et des
méthodes
Partant de la réalité selon laquelle il existe toujours
un écart entre le travail prescrit et le travail réel,
l'ergonomie a établi clairement depuis longtemps que l'individu
n'est pas neutre face à la tâche à exécuter,
cette tâche ne pouvant se réduire à l'exécution
simple d'une procédure pré-établie.
Face à cet écart entre ce qui lui est demandé
de faire et ce que la situation réelle lui permet de faire,
l'individu élabore des compromis qui tiennent compte notamment,
des objectifs de production, des règles de travail, de ses
compétences, du souci de préserver sa santé
et du plaisir qu'il trouve à réaliser un travail de
qualité.
De façon plus ou moins consciente, il cherche à contourner
ces causes de pénibilité en anticipant, en coopérant,
en adaptant ses outils, ses modes opératoires.
Or, quand l'organisation intensifie le travail, oblige la personne
à travailler dans l'urgence tout en respectant des exigences
croissantes de qualité, ces facteurs de pénibilité
deviennent de plus en plus inévitables.
Au plan psychique, l'absence d'une relative souplesse dans l'organisation
(qui permet de respecter les individualités et de prendre
en compte la subjectivité dans l'activité de travail)
peut rompre l'équilibre et expliquer le caractère
pathogène de certaines situations de travail qualifiées
de génératrices de stress.
Pour la SELF, " l'ergonomie est la mise en uvre de connaissance
scientifiques relatives à l'homme et nécessaires pour
concevoir des dispositifs qui puissent être utilisés
par le plus grand nombre avec le maximum de sécurité,
de confort, et d'efficacité "
L'analyse ergonomique est centrée sur la compréhension
de l'activité, du travail réel des opérateurs,
afin d'en évaluer la charge (physique ou mentale), et les
conséquences réelles (mesurées) ou potentielles(anticipées)
sur la santé/sécurité. Elle peut donc aider
les préventeurs à analyser et comprendre le travail
réel et faciliter le diagnostic et l'évaluation des
risques
Elle peut être appliquée , dans un objectif de diagnostic
et de prévention des , aussi bien au niveau d'un poste de
travail, d'un atelier, d'un service, d'une entreprise, voire d'un
groupe.
Elle est de plus en plus nécessaire dans les interventions
des préventeurs, que ce soit dans l'analyse des accidents,
le diagnostic de pathologies (TMS, stress
) professionnelles,
les projets d'aménagement/réaménagement et
de conception, les changements d'organisation du travail, la formation,
l'évaluation des actions de prévention..
L'ergonomie a fait son entrée dans le Code du Travail depuis
1991, puisque la loi affirme la nécessité "d'adapter
le travail à l'homme, en particulier dans la conception des
postes de travail, dans le choix des équipements et dans
la conception des procédures et des méthodes de travail...".
Dans le même esprit, plusieurs décrets (rédigés
à partir des directives communautaires) s'appuient sur l'obligation
de procéder à une analyse de l'activité de
travail pour atteindre les objectifs de santé et de sécurité
(risques liés au travail sur écran, équipements
de protection individuelle, manutentions manuelles de charges, sécurité
des machines, par exemple).
A titre illustratif, voici quelques exemples de contributions de
l'ergonomie à la prévention des et visant l'amélioration
de la santé et de la sécurité au travail :
- Dans le cadre de la prévention des risques environnementaux,
si la définition de valeurs limites est du ressort du spécialiste
(acousticien, chimiste...) en relation avec le physiologiste ,
l'ergonome intervient pour analyser l'impact de la nuisance sur
l'activité de l'opérateur et pour proposer des aménagements
adaptés au mieux à cette activité.
- Dans la prévention des troubles musculo-squelettiques,
ou de façon générale pour limiter les risques
liés à la charge physique de travail, l'ergonome
intervient, naturellement, en analysant les activités mises
en jeu, en collaboration avec le physiologiste pour la métrologie,
et avec l'organisateur du travail, pour proposer des outils et
des modes d'organisation compatibles avec l'activité.
- Pour tenter de résoudre les problèmes de surcharge
mentale, stress, erreurs...), l'ergonomie utilise les données
de la psychologie cognitive, dans le cadre de la fiabilité
des systèmes. L'ergonome analyse les incompatibilités
éventuelles entre fonctionnement psychique de l'homme et
modes d'organisation ou modes opératoires prescrits, par
exemple dans les situations à forte contrainte psychique
(conduite de systèmes complexes, travail sous forte contrainte
temporelle
)
- Dans le cadre de la conception de systèmes de travail
plus sûrs et plus efficients, l'ergonomie collabore à
la conception des locaux de travail, des systèmes techniques,
des équipements, des machines, mais aussi à la conception
des modes d'organisation et des procédures de travail.
Les conférences de la SELF présenteront des cas concrets
d'apports de l'ergonomie à la prévention.
Michel NEBOIT, Président de la Société
d'Ergonomie de Langue Française
La Société d'Ergonomie de Langue Française
(SELF) , créée en 1963 regroupe plus de 600 membres,
ergonomes d'entreprise, consultants ou chercheurs travaillant à
l'évaluation et à la conception des moyens de travail
et des produits et à l'organisation de leur mise en oeuvre
avec les ingénieurs de bureaux d'études et des services
de méthodes. Elle compte également parmi ses membres
ceux qui, tels les médecins du travail, participent aux diagnostics
des risques et à l'amélioration des conditions de
travail. Elle s'est dotée depuis plusieurs années
d'une commission Prévention de chargée de créer
le lien entre " préventeurs " (institutionnels,
ou d'entreprise), ergonomes , institutions et partenaires sociaux
ayant en charge les politiques de Prévention.
Pour toute information complémentaire:
http://www.ergonomie-self.org.
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