Conception des lieux et des situations de travail :
principes, objectifs et champs d'action
L'ergonomie appliquée à la conception
des lieux de travail
La démarche de conception d'un lieu de travail vise à
prendre en compte la prévention des risques professionnels
lors de la conception de ce lieu (création, aménagement
ou réaménagement) et des situations de travail associées,
quel que soit le secteur d'activité. Elle se fonde sur
des connaissances techniques et sur la définition des besoins
des utilisateurs établie à partir d'une analyse
de leur activité réelle. Cette démarche sera
notamment celle du maître d'ouvrage qui est le premier intéressé
par la performance globale (économique et sociale) de l'outil
de production/travail.
Au regard des limites des actions correctives, d'une efficacité
limitée et souvent coûteuses, la démarche
de conception des lieux et des situations de travail proposée
par l'Institution Prévention (CNAMTS, INRS, CRAM et CGSS)
se définit comme un mode d'action visant à amener
les maîtres d'ouvrage et maîtres d'œuvre à
intégrer la qualité d'usage lors de tout projet
concernant les lieux de travail (création, aménagement
ou réaménagement). Elle se veut être une action
a priori pour prévenir les risques professionnels et améliorer
les conditions de travail : une action à mettre en œuvre,
en conséquence, le plus en amont possible du projet.
L'apport essentiel de l'ergonomie en conception réside
dans sa capacité à mettre précocément
en lumière les enjeux humains et sociaux posés par
tout projet industriel (l'analyse de la demande) et à proposer
une méthode de lecture de la façon dont le travail
est réellement effectué (l'analyse du travail).
Ceci permet d'éclairer les choix de conception, voire d'innover.
- L'analyse de la demande initiale est
une étape déterminante à toute réalisation.
Elle vise à adopter un point de vue différent
de celui essentiellement technique afin de prendre en compte
les conditions de travail, d'hygiène et de sécurité.
Elle permet alors de reconstruire le projet d'action avec le
décideur en terme de moyens et d'objectifs explicites
pour l'ensemble des acteurs concernés. En cours de projet,
et il doit être admis, que les connaissances nouvelles
produites par les analyses de l'activité viennent réinterroger
les hypothèses de départ.
- L'analyse du travail se fonde sur des méthodes
et un ensemble de connaissances scientifiques sur le fonctionnement
humain, l'organisation du travail, la prévention, la
sécurité, la réglementation … Autant
de disciplines qui concourent à la prise en compte de
la santé (physique et mentale) dans la conception des
situations de travail. L'analyse du travail souligne en particulier
les critères de variabilité à prendre en
compte. Elle permet de distinguer avec minutie la différence
entre la définition théorique d'une tâche
et la façon dont elle sera réellement réalisée.
L'analyse du travail doit être réalisée
dans la situation initiale ou dans une situation similaire prise
en référence.
Les connaissances acquises sur la situation globale de travail
et sur les activités de travail doivent être intégrées
dans le cahier des charges ou le document programme.
Les enjeux relatifs à l'intégration de
la prévention dès la conception sont importants
pour l'entreprise. En effet, la non prise en compte de la prévention
peut générer :
- Des surcoûts ultérieurs : plus l'intégration
de la prévention dans le projet est tardive, plus son coût
est élevé,
- Des accidents et des maladies professionnelles,
- Une détérioration de l'image de marque (crédibilité),
- Une dégradation du climat social,
- Une situation irréversible. L'organisation des flux,
les implantations, un carrelage glissant, un escalier mal conçu,
l'éclairage naturel insuffisant en constituent des exemples
courants…
Les 7 paramètres à prendre en compte dans une
démarche d'aménagement
des espaces de travail
Un projet de conception réussi se fonde non seulement
sur une connaissance préalable approfondie des besoins
exprimés sur leur poste de travail par les utilisateurs,
mais aussi sur le respect des exigences dans les domaines techniques
et réglementaires.
Sept points principaux sont à prendre en compte : accès
et circulation, communications, contraintes de temps, nuisances
physiques et chimiques, informations, manutention et efforts,
dimensionnement et postures. Ces principes sont applicables dans
tous les secteurs d'activité.
Exemple
- Posture de travail
La posture est principalement déterminée par :
les caractéristiques et les exigences de la tâche
à effectuer, les contraintes internes (physiologiques,
biomécaniques pour conserver l'équilibre) et les
caractéristiques de l'environnement.
Aucune posture de travail n'est "neutre". Une "mauvaise"
posture (torsions du corps, inclinaisons, déséquilibre)
n'est pas adoptée "librement" par l'opérateur,
mais est le résultat d'un compromis entre les éléments
précités. La posture est donc une des composantes
de la charge de travail qui influe sur la pénibilité
de la situation.
Toute déviation par rapport à la position "idéale"
va entraîner une augmentation de la dépense énergétique
et, à plus ou moins long terme, des raideurs et douleurs
du dos, du cou, des bras selon la posture adoptée. La
posture peut avoir des conséquences pathologiques, en
cas d'efforts importants effectués dans une posture défavorable.
Dimensionnements des postes de travail
Prendre compte de ces données permettra d'optimiser les
éléments et d'éviter les dysfonctionnements
connus. De nombreux exemples peuvent être cités,
où des dimensions d'aires de travail, d'outils, de machine
et les forces a exercer, choisies empiriquement, provoquent
un effort physique inutile ou exagéré, des difficultés
dans la manipulation d'objets. Concevoir un projet d'aménagement
de bureaux par exemple, c'est donc l'adapter à une population
d'utilisateurs futurs et ne pas chercher à faire un produit
pour « l'homme moyen » qui n'existe pas.
L'acheteur tiendra compte des différentes populations.
En d'autres termes si on travaillait avec des chiffres de la
moyenne nationale, seul 1 % de la population serait confortablement
installé dans un siège. Il faut donc rechercher
des produits qui se règlent pour s'adapter aux grands
comme aux petits, aux minces comme aux forts, aux femmes et
aux hommes et aux différentes classes d'âge.
- Le siège de travail
Le siège de travail doit être appréhendé
comme un "outil de travail" à part entière
: le travail assis doit être recherché chaque fois
que cela est possible, des changements de posture sont essentiels
pour la santé et le choix du type de siège est
fonction de la posture de travail la plus fréquente (travail
assis, travail debout)
- Travail sur écran de visualisation.
Le travail sur écran de visualisation est aujourd'hui
incontournable. Or, travailler intensivement devant un écran
peut engendrer des troubles de la santé : fatigue visuelle,
troubles musculosquelettiques, stress... La prévention
de ces troubles passe par un changement dans l'implantation
et l'aménagement du poste, le choix d'un matériel
adéquat, des modifications dans l'organisation du travail...
Sources :
INRS – Dossier : " Comment concevoir et aménager
des postes de travail " www.inrs.fr/dossiers/conceptionposte.html
INRS – Dossier : "Le travail sur écran"
(dossier Web) – www.inrs.fr/dossiers/ecran.html
http://www.actineo.fr/-Ergonomie-
D'autres paramètres doivent être pris
en compte :
Le Bruit
L'audition est sollicitée de façon permanente par
tous les sons émis dans notre proche environnement. Le
terme bruit est utilisé pour désigner les phénomènes
d'acoustiques gênants, indésirables ou qui ont un
effet nocif. Il peut avoir 5 grandes familles d'effets indésirables :
l'affaiblissement de l'ouïe, la réaction non souhaitée
du système nerveux central et autonome, l'entrave à
la communication verbale ou autre, la diminution des performances
et des fonctions cognitives, la gêne.
Le bruit est une nuisance qui concerne tout le monde, dans l'environnement
domestique comme dans l'environnement de travail. Il est à
l'origine de nombreuses surdités mais aussi d'autres pathologies
(stress, fatigue...). De multiples moyens d'action doivent être
mis en place sur le lieu de travail pour limiter l'exposition
des salariés.
L'Eclairage
Une vision normale ne peut s'exercer qu'avec un minimum de lumière.
Un bon niveau d'éclairement permet une bonne productivité
avec notamment une baisse des erreurs, des accidents, une moindre
fatigue visuelle. En plus du niveau moyen d'éclairement
nécessaire, il faut absolument veiller à une bonne
qualité de la lumière émise par les sources
avec : une uniformité de l'éclairement, un
équilibre des luminances pour éviter les éblouissements
notamment
La prise en compte de l'éclairage doit de préférence
être faite dès la décision de transformer
d'anciens locaux ou d'en aménager de nouveaux. En effet,
le nombre, la nature et l'emplacement des luminaires dépendent
de l'implantation des machines, du mobilier et de l'architecture.
La Ventilation / Climatisation / Chauffage
La qualité de l'air, son renouvellement, sa température,
son hygrométrie… sont à des degrés
divers essentiels pour la santé et, dans tous les cas,
des paramètres de confort prépondérants pour
l'activité humaine. Ces derniers constituent des exigences
de base à intégrer dans le processus de conception.
L'Electricité
Les installations électriques doivent être conçues
et réalisées conformément aux dispositions
réglementaires. Elles doivent être adaptées
à l'usage de chaque local, compte tenu des risques spécifiques
d'électrisation, d'électrocution, d'incendie et
d'explosion…
La Signalisation / signalétique / couleurs
Dans un projet de conception, des exigences sont à respecter
en matière de signalisation de santé et de sécurité
et de signalétique fonctionnelle. Les couleurs et les formes
ont une signification en matière de sécurité,
les couleurs contribuant aussi parallèlement au confort
et au bien-être au travail.
La Manutention / le Levage
Les moyens de manutention et de levage à intégrer
dans un programme de conception doivent être définis
en fonction des exigences du processus de production et tenir
compte des besoins des utilisateurs, en se donnant aussi pour
perspective la prévention des risques de lombalgies et
de troubles musculosquelettiques (TMS). L'approche requiert de
faire en préalable une analyse de l'activité réelle
des opérateurs, dans leur situation initiale de travail
ou dans une situation ressemblante prise en référence.
…
Sources :
INRS – Dossier : "Conception des lieux et des
situations de travail" www.inrs.fr/dossiers/
conception.html
http://www.actineo.fr/-Ergonomie-
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