Dossier thématique

Confort acoustique
L’exposition prolongée au bruit en milieu de travail, facteur de risques


Un salarié exposé à un niveau de bruit équivalent à 80 dB(A) durant une journée de travail de 8 heures s’expose à un risque auditif. La directive européenne 2003/10/CE, traduite en droit français depuis 2006 (décret n° 2006-892 du 19/07/2006 et arrêté du 19/07/06), fixe d’ailleurs la valeur limite d’exposition quotidienne à 87 dB, incitant à des actions de prévention dès 80 dB(A) : lorsque le niveau d'exposition dépasse 90 dB(A), l'ouvrier a l'obligation de porter des protections. Si le niveau de bruit est supérieur, l'exposition doit être de plus courte durée : ainsi, un niveau sonore de 85 dB(A), 20 heures par semaine est nocif. Un niveau sonore très élevé (supérieur à 135 dB(A)) rend toute exposition dangereuse.
Les risques sont nombreux, plus ou moins graves ou réversibles.


Fatigue auditive

Il s’agit d’une dégradation de l’audition (au niveau du haut médium et de l'aigu) due à une surexposition au bruit (qui peut se situer en dessous des seuils réglementaires). La fatigue auditive s’accompagne souvent de sifflements d’oreilles ou de bourdonnements (acouphènes) temporaires et demande quelques semaines sans surexposition au bruit pour s’atténuer, voire disparaître.


Surdité

Les tableaux nº 42 des maladies professionnelles du régime général et nº 46 du régime agricole reconnaissent la surdité comme une maladie professionnelle, en fonction de critères médicaux, professionnels et administratifs précis.
Ce tableau MP nº 42 a été modifié plusieurs fois, notamment en 1981 et en 2003. Les conditions de reconnaissance ayant été élargies à ces occasions, le nombre de cas déclarés s’est accru brutalement dans les années qui ont suivi : il est actuellement le 4e par ordre d’importance avec environ 1200 surdités reconnues en 2007.

La surdité résulte de la destruction progressive des cellules de l’oreille interne provoquée par l’exposition prolongée à des niveaux de bruit plus ou moins importants, ou à certains solvants. Cette pathologie évolutive est dite de « perception » ; elle est irréversible. En outre, l'appareillage par des prothèses électroniques, ne parvenant pas à restituer la fonction auditive dans son ensemble, est peu efficace.
L’exposition à un bruit bref et très intense (type explosion) peut entraîner une surdité totale ou partielle, mais parfois réversible (selon les dégâts provoqués sur le tympan et les os de l’oreille moyenne).
Une surveillance régulière par un médecin du travail est indispensable : celui-ci détectera la sensibilité ou les pertes d’audition et pourra préconiser des mesures correctives.


Effets non traumatiques

Le bruit est également responsable de certaines pathologies « non traumatiques » ou « extra-auditives » (affectent d’autres fonctions que l'audition). On parle ici d’effets physiologiques et comportementaux.

Le bruit, masquant les signaux d'alerte, perturbant la communication verbale ou réduisant la vigilance (l’attention est portée sur ce qui dérange) peut être, par exemple, à l’origine d’un accident du travail. Par ailleurs, des études ont mis en lumière un lien entre troubles cardiovasculaires, notamment l'hypertension, et un poste de travail bruyant (modification du rythme cardiaque, augmentation de la pression artérielle diastolique ou de la fréquence respiratoire…). Les travailleurs exposés au bruit sont, en effet, plus sujets que les autres à des problèmes cardio-vasculaires et cette tendance s’accroit avec l'ancienneté (cumulée aux types d’activités exercées et d’autres facteurs tel le stress).

Le sommeil est également affecté par le niveau sonore supporté sur le lieu de travail : on observe une dégradation de sa qualité, une réduction du nombre et de la durée de ses cycles. La fonction « récupératrice » du sommeil étant moindre, le salarié est susceptible de développer une fatigue chronique. C'est d'autant plus vrai chez les personnes travaillant de nuit et dormant durant la journée.

Le bruit peut aussi constituer un facteur de stress au travail : chronique, imprévisible et incontrôlable, il agace, irrite, empêche de concentrer, rend anxieux, voir agressif. Il contribue à une perception d’insatisfaction et nuit à la performance des travailleurs.
On admet généralement que 45 à 55 dB(A) est un niveau sonore acceptable pour un travail nécessitant une attention soutenue. Au-delà de ce seuil, il est courant de voir apparaître des céphalées, troubles de l'humeur, de la concentration et de la mémoire, voire des difficultés gastriques ou hormonales (augmentation des corticoïdes, des cathécolamines, hypoglycémie)…

Des experts internationaux, dont l’équipe a été cordonnée par l’OMS Europe, évaluent à 1 million, le nombre de vies en bonne santé perdues chaque année en Europe, en raison des nuisances sonores. Ces effets délétères regroupent les troubles du sommeil, les acouphènes, les troubles de l’apprentissage, les accidents cardiovasculaires et tous les désagréments provoqués par la nuisance sonore. Ces chiffres ne concernent qu’une partie de l’Europe, du fait de l’absence de données dans les pays de l’Europe du Sud-Est et les nouveaux états indépendants.

Enfin, un récent rapport de recherche de l’IRSST mentionne un lien potentiel entre l’exposition à des substances chimiques et l’apparition de problèmes auditifs (cf. article de preventica.com du 22 avril 2011 : « Des produits chimiques susceptibles d’affecter l’audition ! »). En effet, certains produits chimiques seraient susceptibles de provoquer des effets sur l'audition, notamment en augmentant la sensibilité aux bruits.


Egalement dans le dossier Confort acoustique

- Bruits, sons, inconfort acoustique : définitions
- Limiter l'exposition au bruit
- Ce que dit la loi



Documents mis en ligne en mai 2011

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