Eric
BABUSIAUX,
Ingénieur Conseil,
CRAM ALSACE-MOSELLE
"En
matière de travaux en hauteur,
la priorité est à
la protection collective."
En quelques mots, pouvez-vous nous
expliquer quels sont les principaux
risques auxquels sont confrontés
les salariés lorsqu'ils travaillent
en hauteur ?
Les travaux en hauteur
concernent tous les métiers
du BTP et l'ensemble des professions
liées à la maintenance
industrielle et à la maintenance
des bâtiments.
Le risque de chute avec dénivellation
constitue, avec le risque routier,
la première source d'accidents
mortels dans le BTP et la seconde
dans tous les autres métiers.
Ainsi, le risque de chute de hauteur
est celui qui provoque le plus d'accidents
graves et qui engendre, en plus
des drames humains, les coûts
les plus importants pour l'Assurance
Maladie. Il s'agit ici du risque
de chute avec dénivellation
sans limite de hauteur, car il faut
savoir qu'une chute peut être
extrêmement dangereuse à
50 cm du sol.
Plus précisément,
les chutes avec dénivellation
ont représenté en
France 13% des accidents du travail
avec arrêt en 2005 (18% dans
les métiers du BTP). Nous
avons également dénombré,
cette même année, 48
décès liés
à des chutes.
Les autres risques auxquels sont confrontées les personnes travaillant
en hauteur sont les difficultés
de manutention, les difficultés d'accès et les postures
contraignantes entraînant des problèmes physiques tels que
les lombalgies ou les dorsalgies.
Il est donc fondamental que l'organisation
du travail et du poste soit adaptée
à la tâche effectuée.
Enfin, il me semble important de
souligner que les chutes de grande
hauteur, en extérieur ne
sont pas les seules chutes provoquant
des accidents graves. Il convient
d'ajouter à cela les chutes
d'échelles, d'escabeaux qui
représentent une part non
négligeable des accidents.
Face à ce constat, quelle
politique de prévention adopter
? Et quelles sont les recommandations
de la Cram en la matière
?
Le cadre réglementaire relatif
aux travaux en hauteur a été
bien précisé par le
décret du 1er septembre 2004.
Il préconise la protection
collective par rapport à
la protection individuelle, c'est
à dire qu'il impose l'utilisation
de garde-corps complets placés
à une hauteur comprise entre
1 m et 1,10 m et comportant un moins
une lisse, une sous-lisse à
mi-hauteur et une plinthe de butée
de 10 à 15 cm.
Ce décret restreint également
l'emploi d'échelles, escabeaux
et marchepieds et ne permet leur
utilisation que dans les cas où
l'utilisation d'une protection collective
est impossible.
Par ailleurs, l'évaluation
des risques montre que la protection
collective est à préférer
aux protections individuelles, qui
présentent de nombreux inconvénients
: elles ne sont pas confortables,
présentent une gêne
dans la réalisation des tâches
et exigent une grande rigueur quant
à leur port. D'où
l'intérêt de privilégier
des protections collectives telles
que les échafaudages sur
pieds, les échafaudages roulants
ou encore les nacelles. Il existe,
en effet, un grand nombre de solutions
techniques adaptées à
la plupart des situations.
Est-il possible de mesurer les évolutions
des comportements suite à
l'entrée en vigueur de ce
Décret ?
Nous avons par exemple remarqué,
sur la région, davantage
d'échafaudages sur les chantiers
de maisons individuelles.
Le développement des garde-corps
à montage en sécurité
collective, recommandés par
la CRAM, permet le montage des échafaudages
de manière plus sûre.
Il s'agit d'une véritable
prise de conscience collective de
l'importance de sécuriser
les chantiers et d'améliorer
ainsi les conditions de travail
des ouvriers.
De plus, nous avons constaté
une évolution importante
chez les fournisseurs. Le matériel
est plus performant, notamment en
ce qui concerne les plateformes
individuelles roulantes. D'une façon
générale, il est plus
facile à transporter, à
installer et à utiliser,
ce qui nous amène à
penser que la réglementation
accélère l'évolution
du matériel technique.
A ce titre, l'atelier " Travaux
de couverture " qui se déroulera
dans le cadre de Préventica
Strasbourg sera un exemple très
intéressant d'analyse des
risques en situations concrètes.
Il portera, plus exactement, sur
la mise en uvre en sécurité
de protection collective (hors bas
de pente) en pignon de bâtiment
dans les travaux de toiture. A ne
pas manquer lors de votre visite
à Préventica
|